Théâtre - L'illusion sécuritaire
Pour sa première visite professionnelle à Montréal, le Belge Olivier Coyette réunit des artistes québécois et belges autour d'un percutant texte russe
Photo : Le Devoir
Peu connu du public québécois, Olivier Coyette affiche pourtant à 34 ans une feuille de route assez impressionnante. Formé au Conservatoire d'art dramatique de Bruxelles, il est également acteur, auteur dramatique, diplômé en philologie romance et poète public.
À retenir
- Terrorisme
- Un texte d'Oleg et Vladimir Presnyakov mis en scène par Olivier Coyette
- Une coproduction du Théâtre du Grand Jour et du Théâtre de Poche (Bruxelles)
- Présentée aux Écuries (7285, rue Chabot) du 24 novembre au 12 décembre.
Si les actes violents revendiqués par des groupuscules armés occupent bien souvent l'espace-média, il existe des formes plus insidieuses de terrorisme vécues au jour le jour par le citoyen ordinaire. Comment rester aux aguets devant la sourde violence du monde tout en ne se laissant pas enfermer dans une existence en apparence sécuritaire? Voilà la question que soulèvent les jeunes dramaturges Oleg et Vladimir Presnyakov. Grâce au Théâtre du Grand Jour (Cette fille-là, Moi, chien créole) et à ses partenaires belges du Théâtre de Poche, nous aurons la rare occasion d'entendre à Montréal un texte russe contemporain, traduit en français par Anne-Catherine Lebeau.
«Je reste convaincu que le théâtre doit davantage poser des questions qu'apporter des réponses, et on peut susciter ce questionnement-là aussi bien par le fond que par la forme, par la provocation, la surprise ou le dérèglement du réel», déclare le metteur en scène Olivier Coyette, qui dirige pour l'occasion une équipe d'acteurs québécois, dont Monique Miller et Jacques Laroche, et belges. Ils incarnent les personnages de Terrorisme, texte dramatique articulé en six séquences illustrant chacune une situation de la vie quotidienne où la peur de l'Autre et le malaise identitaire engendrent tension, haine et parfois violence.
«Je crois que ce que les Presnyakov tentent de nous dire, poursuit Coyette, c'est qu'on est susceptibles de s'endormir dans une sorte de rêve sécuritaire, une illusion de stabilité qui fait qu'on ne traverse même plus la rue. Il ne faut pas seulement être vigilant politiquement et savoir exercer son sens critique, il y a aussi un message dans la pièce qui nous exhorte à vivre notre vie, à ne pas rester prisonniers de notre peur.»
En équipe
Peu connu du public québécois, Olivier Coyette affiche pourtant à 34 ans une feuille de route assez impressionnante. Formé au Conservatoire d'art dramatique de Bruxelles, il est également acteur, auteur dramatique, diplômé en philologie romane et poète publié. «Plus jeune, se souvient-il, la poésie m'a permis d'expérimenter avec les formes, mais j'ai rapidement découvert le bonheur de travailler avec les autres. L'écriture fait toujours partie de ma vie, j'écris tous les jours, mais je suis devenu un homme de théâtre parce que j'adore travailler en équipe et développer un langage commun; c'est difficile, mais aussi très beau, surtout quand ça rejoint le spectateur.»
Dans Terrorisme, nous rencontrons notamment des collègues de travail secoués par le suicide d'une employée, un couple qui arrive difficilement à s'exciter et des militaires qui ont choisi l'un des leurs comme souffre-douleur. Dans ces histoires qui finissent par s'entrecroiser règne toujours un malaise identitaire que les personnages peinent à identifier mais qui les poussent à se confesser. «On vit selon des codes, des schémas comportementaux qui nous empêchent de nous affirmer, et c'est cette méconnaissance de nous-mêmes qui nous empêche bien souvent d'aller vers l'autre, croit l'artiste, qui travaille souvent en résidence au Théâtre de Poche de Bruxelles. Dans notre société, les repères sont de plus en plus flous, les gens sont en quelque sorte laissés à eux-mêmes.»
Les auteurs se permettent une liberté dans le ton et juxtaposent les genres, ce que Coyette identifie comme des bascules dans le texte: «On passe de la comédie au drame, d'une satire excessive, voire caricaturale, à la sobriété, de la joie au glauque.» Les Presnyakov introduisent même quelques touches de surréalisme dans cet univers somme toute assez réaliste, comme cet enfant-robot qui se balance sous les yeux de sa grand-mère. «Nous avons travaillé sur ces éléments d'anormalité qui passent inaperçus aux yeux des personnages ainsi que sur la gémellité qui unit certains d'entre eux, qui apparaissent comme des doubles, des déclinaisons de la même figure», raconte Olivier Coyette. Selon lui, cette dimension d'étrangeté a permis de révéler la cohérence du texte jusque dans ses zones les plus éclatées.
Mélange des cultures
Le metteur en scène est ravi d'avoir pu travailler avec une équipe où les cultures se mélangent. Lors du processus de création de cette coproduction, les acteurs ont d'abord répété à Bruxelles quelques semaines à la fin du printemps, puis à Montréal depuis le début du mois. «Le processus de répétition est important pour moi, j'aime ce qui s'y développe. Quand j'écris mes propres textes, je pense aussi aux acteurs, c'est un plaisir de les voir s'emparer de la matière.»
Très au fait de l'évolution de la dramaturgie québécoise depuis les années 60, Olivier Coyette se réjouit de voir le milieu théâtral d'ici s'ouvrir et échanger avec des artistes originaires d'ailleurs. «Avec Sylvain Bélanger, du Théâtre du Grand Jour, et tous les acteurs et concepteurs du spectacle, on répond en quelque sorte à l'invitation des frères Presnyakov d'aller vers l'autre, de s'affirmer, de ne pas avoir peur de se tromper, de prendre un risque.» Osons voir ici le signe d'un mouvement qui ne fera que prendre de l'ampleur.
Collaborateur du Devoir
«Je reste convaincu que le théâtre doit davantage poser des questions qu'apporter des réponses, et on peut susciter ce questionnement-là aussi bien par le fond que par la forme, par la provocation, la surprise ou le dérèglement du réel», déclare le metteur en scène Olivier Coyette, qui dirige pour l'occasion une équipe d'acteurs québécois, dont Monique Miller et Jacques Laroche, et belges. Ils incarnent les personnages de Terrorisme, texte dramatique articulé en six séquences illustrant chacune une situation de la vie quotidienne où la peur de l'Autre et le malaise identitaire engendrent tension, haine et parfois violence.
«Je crois que ce que les Presnyakov tentent de nous dire, poursuit Coyette, c'est qu'on est susceptibles de s'endormir dans une sorte de rêve sécuritaire, une illusion de stabilité qui fait qu'on ne traverse même plus la rue. Il ne faut pas seulement être vigilant politiquement et savoir exercer son sens critique, il y a aussi un message dans la pièce qui nous exhorte à vivre notre vie, à ne pas rester prisonniers de notre peur.»
En équipe
Peu connu du public québécois, Olivier Coyette affiche pourtant à 34 ans une feuille de route assez impressionnante. Formé au Conservatoire d'art dramatique de Bruxelles, il est également acteur, auteur dramatique, diplômé en philologie romane et poète publié. «Plus jeune, se souvient-il, la poésie m'a permis d'expérimenter avec les formes, mais j'ai rapidement découvert le bonheur de travailler avec les autres. L'écriture fait toujours partie de ma vie, j'écris tous les jours, mais je suis devenu un homme de théâtre parce que j'adore travailler en équipe et développer un langage commun; c'est difficile, mais aussi très beau, surtout quand ça rejoint le spectateur.»
Dans Terrorisme, nous rencontrons notamment des collègues de travail secoués par le suicide d'une employée, un couple qui arrive difficilement à s'exciter et des militaires qui ont choisi l'un des leurs comme souffre-douleur. Dans ces histoires qui finissent par s'entrecroiser règne toujours un malaise identitaire que les personnages peinent à identifier mais qui les poussent à se confesser. «On vit selon des codes, des schémas comportementaux qui nous empêchent de nous affirmer, et c'est cette méconnaissance de nous-mêmes qui nous empêche bien souvent d'aller vers l'autre, croit l'artiste, qui travaille souvent en résidence au Théâtre de Poche de Bruxelles. Dans notre société, les repères sont de plus en plus flous, les gens sont en quelque sorte laissés à eux-mêmes.»
Les auteurs se permettent une liberté dans le ton et juxtaposent les genres, ce que Coyette identifie comme des bascules dans le texte: «On passe de la comédie au drame, d'une satire excessive, voire caricaturale, à la sobriété, de la joie au glauque.» Les Presnyakov introduisent même quelques touches de surréalisme dans cet univers somme toute assez réaliste, comme cet enfant-robot qui se balance sous les yeux de sa grand-mère. «Nous avons travaillé sur ces éléments d'anormalité qui passent inaperçus aux yeux des personnages ainsi que sur la gémellité qui unit certains d'entre eux, qui apparaissent comme des doubles, des déclinaisons de la même figure», raconte Olivier Coyette. Selon lui, cette dimension d'étrangeté a permis de révéler la cohérence du texte jusque dans ses zones les plus éclatées.
Mélange des cultures
Le metteur en scène est ravi d'avoir pu travailler avec une équipe où les cultures se mélangent. Lors du processus de création de cette coproduction, les acteurs ont d'abord répété à Bruxelles quelques semaines à la fin du printemps, puis à Montréal depuis le début du mois. «Le processus de répétition est important pour moi, j'aime ce qui s'y développe. Quand j'écris mes propres textes, je pense aussi aux acteurs, c'est un plaisir de les voir s'emparer de la matière.»
Très au fait de l'évolution de la dramaturgie québécoise depuis les années 60, Olivier Coyette se réjouit de voir le milieu théâtral d'ici s'ouvrir et échanger avec des artistes originaires d'ailleurs. «Avec Sylvain Bélanger, du Théâtre du Grand Jour, et tous les acteurs et concepteurs du spectacle, on répond en quelque sorte à l'invitation des frères Presnyakov d'aller vers l'autre, de s'affirmer, de ne pas avoir peur de se tromper, de prendre un risque.» Osons voir ici le signe d'un mouvement qui ne fera que prendre de l'ampleur.
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