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    Théâtre - La réforme des «papas»

    18 novembre 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    La Réforme Pinocchio

    Texte: le collectif Les Fleurs, sous la plume de Jean-René Moisan. Distribution: Marc Auger, Benoît Cliche, Jean-Michel Girouard, Éliot Laprise, Jean-René Moisan, Lucien Ratio, Israël Gamache. Mise en scène: Jean-Michel Déry.

    Présenté à Premier Acte jusqu'au 28 novembre.
    Présentée par le théâtre Les Fleurs, La Réforme Pinocchio s'articule autour de la prémisse suivante: dans une société qui pourrait être la nôtre, les futurs aspirants à la productivité étatique se font rares. La réforme de l'État et des «papas» vise à contrer ce qui aura bercé le cerveau mou des petits depuis leur naissance.

    Il y avait là une promesse de création audacieuse, une sorte de riposte au règne pacifié de la télé éducative, et une ribambelle de symboles pour dénoncer la productivité et la sempiternelle «création de la richesse» qui nous sont servies par la voix des politiques comme un pâté chinois pour abrutis.

    Une démarche annonçant un parallèle entre la langue de bois et le nez appareillé.

    Des accessoires de choix: chaise d'aisance impériale, «wagonnette» rouge pour l'héritier au trône, couches et poudre pour les foufounes, beurre d'arachides — arsenic contemporain pour allergiques — huile pour la mise en valeur de l'apparat musculaire des tenants du culte du corps. De précieux archétypes: l'Empereur et son rejeton débile, Narcisse à titre de conseiller, Autorité, chargé du lynchage des «attardés», les Gardiennes, des corps en petite tenue dont la tête est une télé, Spanki Winki, une mascotte débilitante, responsable du retard langagier et intellectuel des petits, Scandale, qui, du fond de son cachot, a préservé le germe de la pensée libre et de l'accès à l'imaginaire.

    Il y avait là un bouquet de jeunes acteurs désireux de dénoncer l'abrutissement et le nivellement, aspirant à «l'éveil des consciences» ou, à tout le moins, à brasser la cage de la masse. Il y avait là des idées, de la volonté et un recours à de grands textes (de Nietzsche à Saint-Ex en passant par l'Ancien Testament, Christian Lapointe, Shakespeare et Collodi). Mais il arrive que le désir d'aller vers un théâtre de progression mène, par la démonstration, à sa régression. On peut évoquer les grands courants, théâtre de la cruauté, Living Theatre, théâtre des opprimés, opter pour l'humour vindicatif, ou l'absurde, reste que le talent et la volonté parfois ne suffisent pas.

    Une mention pour la réussite des choeurs, la trame sonore, les éclairages au sol, réussis, les montages vidéo et projections d'excellente facture.

    Ferré disait que l'artiste tue mentalement tout ce qui n'est pas lui, tout ce qui n'a jamais été lui, tout ce qui SERA LUI aussi. L'artiste renaît sans cesse de ses cendres et le théâtre n'est jamais accessoire.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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