Théâtre - Impudicité, lucidité et connivence
Evelyne de la Chenelière et Violette Chauveau échangent autour de L'Imposture
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
La comédienne Violette Chauveau, à gauche, et l'auteure Évelyne de la Chenelière
C'est une superbe distribution qui portera à la scène dès mardi au Théâtre du Nouveau Monde le plus récent texte d'Evelyne de la Chenelière, L'Imposture. David Boutin, Sophie Cadieux, Francis Ducharme, Jacinthe Laguë, Hubert Proulx, Yves Soutière et Erwin Weche entoureront Violette Chauveau, qui donnera vie au personnage d'Ève, une écrivaine. Entre la vie, les souvenirs et le nouveau bouquin de cette romancière à succès, les frontières semblent souvent poreuses.
Sept ans après l'aventure de Henri & Margaux au Nouveau Théâtre Expérimental, la dramaturge et comédienne renouerait-elle ici avec l'autofiction, voire l'autobiographie? «Je ne me raconte pas dans cette pièce, ce n'est pas une mise en écriture de moi en tant qu'individu», se défend en souriant de la Chenelière pendant que Chauveau, malicieuse, souligne la ressemblance entre les deux prénoms.
«Cela dit, c'est probablement ma pièce la plus impudique à ce jour, enchaîne l'auteure de Bashir Lazar et Des fraises en janvier. Je souhaitais créer un personnage féminin d'aujourd'hui, qui n'a pas à choisir entre l'accomplissement personnel et professionnel et les obligations familiales. On ne demande plus aux femmes de sacrifier l'un de ces aspects de leur vie, il faut sans cesse concilier les deux, d'où ce sentiment d'imposture, car les postures, justement, sont tellement multiples qu'on peine à se sentir exactement à sa place à chaque instant.»
Selon Violette Chauveau, de tels personnages sont rares dans la littérature, c'est pourquoi elle est honorée de participer à cette aventure. «Ève est à la fois adorable et monstrueuse, elle pille son vécu et celui de son entourage pour écrire, mais elle est aussi très lucide, comme Evelyne», raconte celle qui revient sur les planches du TNM où elle a déjà joué Goldoni, Molière, Kafka, Feydeau et Beaumarchais. Elle souligne également que le sujet est abordé avec beaucoup d'élégance, dans une parole féministe au sens large qui met à jour les contradictions de chacun, évitant ainsi le militantisme.
Ce regard critique que pose Evelyne de la Chenelière sur sa société, il est toujours humaniste, porteur d'une foi en l'homme, optimiste sans être rose bonbon. «Même si je voulais me laisser aller au cynisme, j'en serais incapable, confie-t-elle. On écrit ce qu'on peut, tel que l'on est, et si je porte en moi une capacité d'indignation, je ne peux pas condamner, ce serait artificiel pour moi. Ça reviendrait à m'exclure de tous les vices, alors que je suis perpétuellement en train de combattre en moi ce que je critique: la mollesse, la lâcheté...»
La metteure en scène Alice Ronfard est de nouveau aux commandes, elle qui avait monté l'hiver dernier Les Pieds des anges à Espace GO, une pièce pour laquelle de la Chenelière a récemment été mise en nomination pour le nouveau prix Michel-Tremblay ainsi que pour les Prix littéraires du gouverneur général. «Alice et Evelyne, ça se voit qu'elles ont déjà travaillé ensemble, analyse Violette Chauveau. Elles ont cette connivence, cette compréhension mutuelle. Alice s'est emparée du texte, elle a proposé une mise en forme qui lui est propre, mais qui convient fort bien à la parole de la dramaturge.» La comédienne souligne également avec chaleur le caractère organique du travail de création en insistant sur le fait que tous, acteurs comme concepteurs, ont su trouver leur place.
De la Chenelière, Chauveau, Ronfard: trois artistes pour qui le passage au Nouveau Théâtre Expérimental a constitué une étape importante, «fondamentale, même» diront-elles. Et comment traduit-on cette liberté, cette folie sur la scène du TNM? Selon Chauveau, on sent dans toute l'équipe le goût du risque à tout prix, et advienne que pourra. «Plus concrètement, il y a dans le texte des zones de flottement qui, sans être de l'improvisation, relèvent de la vie. On se rapproche alors de ce qu'on faisait avec Robert Gravel, cet état de non-jeu qu'il affectionnait, cette responsabilité de l'acteur qui vient avec la liberté qu'on lui accorde», raconte celle qui incarna Thérèse dans la version intégrale de Thérèse, Tom et Simon du regretté comédien et auteur.
Liberté dont a également bénéficié Evelyne de la Chenelière dans son propre processus de création. «Lorsque Lorraine Pintal m'a offert de me soutenir dans mon écriture, l'offre n'était pas assortie d'une garantie de production. Je n'ai donc jamais eu la sensation d'être menottée, d'avoir à écrire pour un public précis. Heureusement, L'Imposture a beaucoup plu à Lorraine, qui m'appuie et accorde à Alice une confiance totale.»
Pour Violette Chauveau, qui a joué les classiques mais qui s'investit plus souvent qu'à son tour dans la création québécoise, porter la parole des auteurs d'ici à la scène reste vital. «Les mots d'Evelyne me parlent en tant que femme, en tant que citoyenne, comme le font les voix d'Olivier Kemeid ou d'Olivier Choinière. Il y a une nécessité de faire entendre ses paroles fortes qui ont le courage de s'adresser à leurs contemporains.»
***
L'Imposture
Texte d'Evelyne de la Chenelière. Mise en scène d'Alice Ronfard. Une production du Théâtre du Nouveau Monde présentée du 17 novembre au 12 décembre.
Sept ans après l'aventure de Henri & Margaux au Nouveau Théâtre Expérimental, la dramaturge et comédienne renouerait-elle ici avec l'autofiction, voire l'autobiographie? «Je ne me raconte pas dans cette pièce, ce n'est pas une mise en écriture de moi en tant qu'individu», se défend en souriant de la Chenelière pendant que Chauveau, malicieuse, souligne la ressemblance entre les deux prénoms.
«Cela dit, c'est probablement ma pièce la plus impudique à ce jour, enchaîne l'auteure de Bashir Lazar et Des fraises en janvier. Je souhaitais créer un personnage féminin d'aujourd'hui, qui n'a pas à choisir entre l'accomplissement personnel et professionnel et les obligations familiales. On ne demande plus aux femmes de sacrifier l'un de ces aspects de leur vie, il faut sans cesse concilier les deux, d'où ce sentiment d'imposture, car les postures, justement, sont tellement multiples qu'on peine à se sentir exactement à sa place à chaque instant.»
Selon Violette Chauveau, de tels personnages sont rares dans la littérature, c'est pourquoi elle est honorée de participer à cette aventure. «Ève est à la fois adorable et monstrueuse, elle pille son vécu et celui de son entourage pour écrire, mais elle est aussi très lucide, comme Evelyne», raconte celle qui revient sur les planches du TNM où elle a déjà joué Goldoni, Molière, Kafka, Feydeau et Beaumarchais. Elle souligne également que le sujet est abordé avec beaucoup d'élégance, dans une parole féministe au sens large qui met à jour les contradictions de chacun, évitant ainsi le militantisme.
Ce regard critique que pose Evelyne de la Chenelière sur sa société, il est toujours humaniste, porteur d'une foi en l'homme, optimiste sans être rose bonbon. «Même si je voulais me laisser aller au cynisme, j'en serais incapable, confie-t-elle. On écrit ce qu'on peut, tel que l'on est, et si je porte en moi une capacité d'indignation, je ne peux pas condamner, ce serait artificiel pour moi. Ça reviendrait à m'exclure de tous les vices, alors que je suis perpétuellement en train de combattre en moi ce que je critique: la mollesse, la lâcheté...»
La metteure en scène Alice Ronfard est de nouveau aux commandes, elle qui avait monté l'hiver dernier Les Pieds des anges à Espace GO, une pièce pour laquelle de la Chenelière a récemment été mise en nomination pour le nouveau prix Michel-Tremblay ainsi que pour les Prix littéraires du gouverneur général. «Alice et Evelyne, ça se voit qu'elles ont déjà travaillé ensemble, analyse Violette Chauveau. Elles ont cette connivence, cette compréhension mutuelle. Alice s'est emparée du texte, elle a proposé une mise en forme qui lui est propre, mais qui convient fort bien à la parole de la dramaturge.» La comédienne souligne également avec chaleur le caractère organique du travail de création en insistant sur le fait que tous, acteurs comme concepteurs, ont su trouver leur place.
De la Chenelière, Chauveau, Ronfard: trois artistes pour qui le passage au Nouveau Théâtre Expérimental a constitué une étape importante, «fondamentale, même» diront-elles. Et comment traduit-on cette liberté, cette folie sur la scène du TNM? Selon Chauveau, on sent dans toute l'équipe le goût du risque à tout prix, et advienne que pourra. «Plus concrètement, il y a dans le texte des zones de flottement qui, sans être de l'improvisation, relèvent de la vie. On se rapproche alors de ce qu'on faisait avec Robert Gravel, cet état de non-jeu qu'il affectionnait, cette responsabilité de l'acteur qui vient avec la liberté qu'on lui accorde», raconte celle qui incarna Thérèse dans la version intégrale de Thérèse, Tom et Simon du regretté comédien et auteur.
Liberté dont a également bénéficié Evelyne de la Chenelière dans son propre processus de création. «Lorsque Lorraine Pintal m'a offert de me soutenir dans mon écriture, l'offre n'était pas assortie d'une garantie de production. Je n'ai donc jamais eu la sensation d'être menottée, d'avoir à écrire pour un public précis. Heureusement, L'Imposture a beaucoup plu à Lorraine, qui m'appuie et accorde à Alice une confiance totale.»
Pour Violette Chauveau, qui a joué les classiques mais qui s'investit plus souvent qu'à son tour dans la création québécoise, porter la parole des auteurs d'ici à la scène reste vital. «Les mots d'Evelyne me parlent en tant que femme, en tant que citoyenne, comme le font les voix d'Olivier Kemeid ou d'Olivier Choinière. Il y a une nécessité de faire entendre ses paroles fortes qui ont le courage de s'adresser à leurs contemporains.»
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L'Imposture
Texte d'Evelyne de la Chenelière. Mise en scène d'Alice Ronfard. Une production du Théâtre du Nouveau Monde présentée du 17 novembre au 12 décembre.
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