Théâtre - Faire sentir la beauté du monde
Questembert — C'est sous une alternance de soleil et de pluie que s'est ouverte ici, au bout du monde, en plein coeur des arrière-pays bretons, la cinquième édition de Festi'mômes, ce festival de théâtre tout entier consacré à la petite enfance. J'ai vu quatre spectacles jusqu'ici et je vous ai déjà causé de deux autres qui viendront plus tard en semaine — Moi seul de Laurent Dupont et La Mer en pointillés de Serge Boulier. Tous ils viennent illustrer à la fois la richesse du répertoire qui se tisse d'une année à l'autre pour les tout petits spectateurs et ce choix politique, disons-le, de la culture en région... ces deux facteurs expliquant notre présence ici. Nous reviendrons plus tard et de façon plus précise sur le versant «volonté politique», mais jetons plutôt pour tout de suite un regard sur la programmation étonnante de cette édition de Festi'môme.
Ce qui frappe d'abord dans ce que l'on propose ici aux tout-petits, c'est le mélange entre la création et ce que l'on peut déjà appeler les classiques du théâtre pour la petite enfance. La chose est d'autant plus pertinente pour nous que ces six spectacles sont des productions de compagnies qui sont déjà passées au Québec, certaines deux et même trois fois plutôt qu'une.
Samedi dernier, tout a commencé avec deux tout nouveaux spectacles de «vieux habitués» de chez nous. La compagnie Ramodal — que l'on a vue au festival Petits bonheurs et aux Gros Becs, à Québec — proposait son plus récent travail, Au bord de l'autre et la compagnie Éclats (qui a suivi chez nous le même parcours) rivalisait d'audace avec Ma, un spectacle lyrique pour les enfants de six mois et plus. Dans les deux cas, on parle d'oeuvres majeures.
Avec Au bord de l'autre, Ramodal s'adresse aux tout-petits dès 18 mois... même si, dans la grande salle de l'Asphodèle de Questembert reconvertie en petit lieu intime, on pouvait voir aussi de nombreux bébés beaucoup plus jeunes tout aussi captivés et séduits par le spectacle. Cette espèce de son et lumière pour bébés se construit tout au long sur des images toutes simples renvoyant directement à la beauté du monde: une goutte d'eau qui tombe lourdement sur une pierre, des bâtons qui s'envolent après s'être littéralement transformés devant nous en grands oiseaux, des jeux simples avec du sable et de l'eau... Tout cela toujours esthétiquement stupéfiant de beauté, sur un fond de sonorités mettant en relief un monde «premier», plein, qui culmine alors que l'on parvient à piéger la lumière, la couleur et la pulsation même de la beauté. Trente-cinq minutes de poésie concrète et de pur bonheur. Un des plus beaux cadeaux que les parents puissent s'offrir en ayant en plus le prétexte que c'est pour leurs enfants qu'ils sont là!
Le même jour, dans la toute petite salle de la commune de La Vraie Croix — durant le festival chaque commune de la communauté accueille au moins un spectacle —, Sophie Grelier créait Ma, une oeuvre lyrique construite sur les cinq Chants du Capricorne du compositeur italien contemporain Giacinto Scelsi. Cette oeuvre audacieuse chantée par la cantatrice Muriel Ferraro quittait le festival hier pour l'Opéra de Bordeaux; son caractère audacieux s'explique par le fait que le compositeur a voulu aborder le prélangage des enfants. On y entend la voix forte et nuancée de la cantatrice explorer la fibre émotive inscrite dans ces phonèmes plus ou moins désordonnés qui ouvrent la voie aux tout premiers mots. Sophie Grelier a théâtralisé la démarche en l'inscrivant dans une sorte de cocon dont sortira la chanteuse pour observer une chenille qui se transformera en papillon. Comme on assistait à la création, la tension était palpable, mais il fallait voir la qualité d'écoute des tout-petits pour saisir que Sophie Grelier et son équipe ont visé juste. On pourra se faire son idée là-dessus dès la saison prochaine puisque le spectacle fera partie de la programmation des Gros Becs, à Québec.
Dimanche, à Berric cette fois, j'ai aussi pu voir un des classiques du théâtre jeunesse français: Bynocchio de Mergerac du Bouffou Théâtre que l'on a pu voir à Petits bonheurs il y a déjà cinq ans. Cette jouissive folie signée Serge Boulier n'a pas pris une ride depuis sa création et c'était un bonheur de voir les deux nouveaux interprètes du spectacle Raoul Pourcelle et Frédéric Bargy mettre toute la salle dans leur petite poche arrière avec ce «conte mêlé» façon Boulier. Irrésistible!
Autre rendez-vous classique, à Malansac dimanche encore, avec l'ancêtre — il ne me la pardonnera pas — du théâtre d'objets, Christian Carignon qui présentait son Théâtre de cuisine conçu pour les enfants de quatre ans. Ce spectacle créé il y a déjà 30 ans est une sorte de petit trésor d'invention et il n'est pas étonnant que tant de démarches différentes soient sorties de cette petite table de cuisine jonchée d'objets hétéroclites habités chacun, oui, par une âme particulière.
Le festival se poursuit toute la semaine et propose même, vendredi, une conférence de Christian Carignon sur le théâtre d'objets et une rencontre fort attendue avec le pédopsychiatre Patrick Ben Soussan sur le thème de l'art pour les bébés animée par le collègue Cyrille Planson. On aura très certainement l'occasion d'y revenir dans la prochaine chronique...
En vrac
- L'Illusion, théâtre de marionnettes accueille le marionnettiste Marek Becka et le scénographe Robert Smolik, tous deux de la compagnie Buchty a Loutky de la République tchèque. Ils offriront à compter de jeudi et jusqu'au 17 novembre un stage de formation sur le thème L'acteur-la marionnette-l'espace. Le stage est offert dans le cadre des célébrations entourant le 30e anniversaire de L'Illusion et se déroulera dans les locaux du petit théâtre de la rue de Bienville, en plein coeur du Plateau. On se renseigne au 514 523-1303.
- Puisqu'il est question de marionnettes, signalons la première, jeudi au Théâtre La Chapelle, de Lui, fantaisie existentielle un texte de Marc-Antoine Cyr mis en scène par Marcelle Hudon. C'est Pier Dufour de la compagnie Kobol qui agira comme marionnettiste-interprète. On en apprendra davantage au 514 382-4844.
- L'Arrière Scène de Beloeil présente dimanche à 15h Le Grand voyage de Petit Rocher un texte de Robert Bellefeuille et Chantal Lavallée; c'est une production du Théâtre de la Vieille 17 mise en scène par Robert Bellefeuille. On vous en parle comme ça parce que l'aventure de Petit Rocher, un caillou vous l'avez deviné, commence en Bretagne alors qu'il veut rejoindre un grand rocher percé de l'autre côté de l'Atlantique.
Ce qui frappe d'abord dans ce que l'on propose ici aux tout-petits, c'est le mélange entre la création et ce que l'on peut déjà appeler les classiques du théâtre pour la petite enfance. La chose est d'autant plus pertinente pour nous que ces six spectacles sont des productions de compagnies qui sont déjà passées au Québec, certaines deux et même trois fois plutôt qu'une.
Samedi dernier, tout a commencé avec deux tout nouveaux spectacles de «vieux habitués» de chez nous. La compagnie Ramodal — que l'on a vue au festival Petits bonheurs et aux Gros Becs, à Québec — proposait son plus récent travail, Au bord de l'autre et la compagnie Éclats (qui a suivi chez nous le même parcours) rivalisait d'audace avec Ma, un spectacle lyrique pour les enfants de six mois et plus. Dans les deux cas, on parle d'oeuvres majeures.
Avec Au bord de l'autre, Ramodal s'adresse aux tout-petits dès 18 mois... même si, dans la grande salle de l'Asphodèle de Questembert reconvertie en petit lieu intime, on pouvait voir aussi de nombreux bébés beaucoup plus jeunes tout aussi captivés et séduits par le spectacle. Cette espèce de son et lumière pour bébés se construit tout au long sur des images toutes simples renvoyant directement à la beauté du monde: une goutte d'eau qui tombe lourdement sur une pierre, des bâtons qui s'envolent après s'être littéralement transformés devant nous en grands oiseaux, des jeux simples avec du sable et de l'eau... Tout cela toujours esthétiquement stupéfiant de beauté, sur un fond de sonorités mettant en relief un monde «premier», plein, qui culmine alors que l'on parvient à piéger la lumière, la couleur et la pulsation même de la beauté. Trente-cinq minutes de poésie concrète et de pur bonheur. Un des plus beaux cadeaux que les parents puissent s'offrir en ayant en plus le prétexte que c'est pour leurs enfants qu'ils sont là!
Le même jour, dans la toute petite salle de la commune de La Vraie Croix — durant le festival chaque commune de la communauté accueille au moins un spectacle —, Sophie Grelier créait Ma, une oeuvre lyrique construite sur les cinq Chants du Capricorne du compositeur italien contemporain Giacinto Scelsi. Cette oeuvre audacieuse chantée par la cantatrice Muriel Ferraro quittait le festival hier pour l'Opéra de Bordeaux; son caractère audacieux s'explique par le fait que le compositeur a voulu aborder le prélangage des enfants. On y entend la voix forte et nuancée de la cantatrice explorer la fibre émotive inscrite dans ces phonèmes plus ou moins désordonnés qui ouvrent la voie aux tout premiers mots. Sophie Grelier a théâtralisé la démarche en l'inscrivant dans une sorte de cocon dont sortira la chanteuse pour observer une chenille qui se transformera en papillon. Comme on assistait à la création, la tension était palpable, mais il fallait voir la qualité d'écoute des tout-petits pour saisir que Sophie Grelier et son équipe ont visé juste. On pourra se faire son idée là-dessus dès la saison prochaine puisque le spectacle fera partie de la programmation des Gros Becs, à Québec.
Dimanche, à Berric cette fois, j'ai aussi pu voir un des classiques du théâtre jeunesse français: Bynocchio de Mergerac du Bouffou Théâtre que l'on a pu voir à Petits bonheurs il y a déjà cinq ans. Cette jouissive folie signée Serge Boulier n'a pas pris une ride depuis sa création et c'était un bonheur de voir les deux nouveaux interprètes du spectacle Raoul Pourcelle et Frédéric Bargy mettre toute la salle dans leur petite poche arrière avec ce «conte mêlé» façon Boulier. Irrésistible!
Autre rendez-vous classique, à Malansac dimanche encore, avec l'ancêtre — il ne me la pardonnera pas — du théâtre d'objets, Christian Carignon qui présentait son Théâtre de cuisine conçu pour les enfants de quatre ans. Ce spectacle créé il y a déjà 30 ans est une sorte de petit trésor d'invention et il n'est pas étonnant que tant de démarches différentes soient sorties de cette petite table de cuisine jonchée d'objets hétéroclites habités chacun, oui, par une âme particulière.
Le festival se poursuit toute la semaine et propose même, vendredi, une conférence de Christian Carignon sur le théâtre d'objets et une rencontre fort attendue avec le pédopsychiatre Patrick Ben Soussan sur le thème de l'art pour les bébés animée par le collègue Cyrille Planson. On aura très certainement l'occasion d'y revenir dans la prochaine chronique...
En vrac
- L'Illusion, théâtre de marionnettes accueille le marionnettiste Marek Becka et le scénographe Robert Smolik, tous deux de la compagnie Buchty a Loutky de la République tchèque. Ils offriront à compter de jeudi et jusqu'au 17 novembre un stage de formation sur le thème L'acteur-la marionnette-l'espace. Le stage est offert dans le cadre des célébrations entourant le 30e anniversaire de L'Illusion et se déroulera dans les locaux du petit théâtre de la rue de Bienville, en plein coeur du Plateau. On se renseigne au 514 523-1303.
- Puisqu'il est question de marionnettes, signalons la première, jeudi au Théâtre La Chapelle, de Lui, fantaisie existentielle un texte de Marc-Antoine Cyr mis en scène par Marcelle Hudon. C'est Pier Dufour de la compagnie Kobol qui agira comme marionnettiste-interprète. On en apprendra davantage au 514 382-4844.
- L'Arrière Scène de Beloeil présente dimanche à 15h Le Grand voyage de Petit Rocher un texte de Robert Bellefeuille et Chantal Lavallée; c'est une production du Théâtre de la Vieille 17 mise en scène par Robert Bellefeuille. On vous en parle comme ça parce que l'aventure de Petit Rocher, un caillou vous l'avez deviné, commence en Bretagne alors qu'il veut rejoindre un grand rocher percé de l'autre côté de l'Atlantique.
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