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    Théâtre - Voir dans le noir

    5 novembre 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Limbes
    • D'après les textes Purgatoire, Calvaire et Résurrection de W. B. Yeats.
    • Mise en scène, traduction et adaptation: Christian Lapointe. Production du Théâtre Péril et du Théâtre français du Centre national des arts, en codiffusion avec les Productions Recto-Verso.
    • Présentée à la salle Multi du Complexe Méduse de Québec jusqu'au 7 novembre, au Centre national des arts à Ottawa du 2 au 5 décembre, au Théâtre de la Chapelle à Montréal du 19 au 30 janvier 2010.
    C'est à un théâtre de l'avènement plutôt que de l'événement que nous convie Christian Lapointe avec Limbes. Un théâtre exigeant où la parole se fait chair. Où le jeu exige des acteurs que la célébration dramaturgique se déroule telle une célébration eucharistique. C'est un théâtre rituel et monastique. Un théâtre où la biomécanique de Meyerhold rejoint le nô et le butô japonais, où les sentiers poétiques et politiques croisent le fer à la frontière du tragique recommencement de ce que nous sommes depuis le début des temps: victimes et complices de notre propre chute.

    Bien que la construction de Limbes soit faite à partir de trois textes de Yeats — Calvaire (1920), Résurrection (1930) et Purgatoire (1939) —, l'oeuvre de Lapointe trouve sa cohérence dans la déconstruction qui s'opère dans la seconde partie du déroulement. Ainsi, cohérence oblige, la pièce sera jouée deux fois: une première fois dans l'esprit de la lettre, la noblesse du jeu, l'art du masque, du cérémonial, du verbe, du tragique et des grandes traditions scéniques; la seconde suivant l'art sacrificiel (réel et rare) du bouffon, incarnation de la conscience ironique, du condamné à mort coupable de lèse-société et qui représente ce qui doit être intégré pour que naisse l'ordre nouveau à partir de ce noyau qu'est l'humain.

    Rien ici n'est laissé au hasard, et encore moins à la grâce divine. Les masques de Danielle Boutin et les costumes de Dominic Thibault servent magnifiquement le propos. Le généreux abandon des acteurs rejoint leur maîtrise du jeu, et il serait cruel de passer sous silence le fait qu'ils redonnent à l'art du masque sa dignité autant dans la tradition que dans sa caricature. La musique marque une présence incontournable et mémorable. La scénographie de Jean-François Labbé, judicieusement symbolique, se prête admirablement à l'ensemble. Projections et éclairages, humbles et discrets, s'insèrent bellement.

    L'esthétisme de Limbes est incontournable. La force de la pensée qui la constitue, indéniable. Mais aux exigences de l'esthétisme sont parfois sacrifiées les émotions qui, pourtant, lui ont donné naissance.

    Avec Limbes, le Théâtre Péril et le périple théâtral de Lapointe marquent dix années de travail. Un moine, on oublie lequel, a dit: «Ce n'est pas le chemin qui est difficile, mais le difficile qui est le chemin.» Limbes loge à cette enseigne et rejoint en son sens cette phrase de Jovette Marchessault: «Le sang est le plus beau théâtre.»

    ***

    Collaboratrice du Devoir













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