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Prix Denise-Pelletier - Les temps d'une vie bien remplie

Roland Lepage va sur scène pour une septième décennie

Michel Bélair   7 novembre 2009  Théâtre
Roland Lepage
Photo : Rémy Boily
Roland Lepage
Il y a un peu plus de 65 ans, Roland Lepage est monté sur une scène de théâtre pour la première fois: ce fut le coup de foudre! Esquisse (trop rapide) du parcours d'un homme passionné qui reçoit cette année le prix Denise-Pelletier.

Cela se passait à Québec, à la toute fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans un spectacle présenté par la petite troupe qu'animaient Pierre Boucher et Paul Hébert: Roland Lepage avait alors 16 ans et «trippait» comme un excité sur le latin, le grec et les arts en général... Ce qui lui donne, faites le calcul, 81 ans aujourd'hui, au moment où il se prépare à sauter dans une toute nouvelle création, en janvier au Périscope, avec la petite compagnie Les Nuages en pantalon: Il y aura, de Jean-Philippe Joubert, un spectacle solo.

Un géant discret

Roland Lepage raconte de façon tellement passionnante les grandes étapes de son parcours que nous avons passé plus d'une heure ensemble au téléphone la semaine dernière, sans sentir une seconde le temps nous filer entre les doigts. Il m'a tout dit! Surtout sa passion pour la vie, la culture, l'art en général et le théâtre en particulier. Avec un enthousiasme communicatif, il s'est amusé à décrire son parcours, de l'époque des pionniers jusqu'à son prochain rôle; toujours très précisément, dans le moindre petit détail signifiant, avec plein d'anecdotes foisonnantes de vie et de couleurs chaudes à toutes les phrases....

Tout commence vraiment pour lui, comme pour la plupart des mordus de théâtre à cette époque, avec une série de longs séjours en Europe... parce qu'il n'y avait pas d'école ici, comme Hélène Loiselle et Paul Hébert nous l'avaient déjà raconté en ce même cahier. Sauf que Lepage a choisi d'étudier à Bordeaux, d'où il partait souvent pour des tournées en province qui l'amenèrent bientôt en Italie, où il choisit de s'installer; sa connaissance de la langue lui fera, beaucoup plus tard, traduire — Goldoni, oui, mais Tchekhov aussi et Garcia Lorca encore plus tard — puis écrire ses propres textes. Lorsqu'il revient définitivement ici, après quelques autres séjours, c'est pour participer aux heures de gloire de la télévision pour enfants...

Il est rare de rencontrer quelqu'un qui s'incarne aussi intensément dans ce qu'il dit et dans sa façon de le dire. Roland Lepage séduit par sa vivacité, son intelligence, sa drôlerie et ses aptitudes à la mise en contexte, disons. Par son humilité aussi. Il aura vécu une carrière de géant en se faisant discret.

En scène et par l'image

On ne se rend pas vraiment compte de l'ampleur du travail qu'il a accompli jusqu'ici. Lepage est aujourd'hui redevenu d'abord comédien — «J'attends toujours mon plus grand rôle!» — lui qui a joué déjà dans des centaines de productions au théâtre, sans compter d'innombrables séries télévisées à toutes les époques ou presque. Mais il est aussi le père de Marie Quatre-Poches, de La Ribouldingue et de plusieurs des joyeux personnages de la télé de Radio-Canada — Monsieur Bedondaine, c'est lui! — où il a travaillé dès 1957. C'est là aussi que, en plus de jouer, il a écrit ou scénarisé quelques séries qu'on connaît moins, comme Marius, qui se déroulait à l'époque des Romains.

Mais c'est probablement avec Le Temps d'une vie et La Complainte des hivers rouges — deux des plus beaux textes de théâtre qu'on ait jamais écrits ici — qu'on a pris conscience de son immense talent et de sa polyvalence. Le plus drôle, raconte Lepage, c'est qu'il a commencé à écrire pour le théâtre à la demande de son ami André Pagé (rencontré sur les plateaux des émissions pour enfants), qui cherchait des textes d'ici devant servir d'exercices pour les étudiants de l'École nationale de théâtre, qu'il dirigeait alors... Durant cette période, qui nous mène jusqu'à la fin des années 1970, Roland Lepage a enseigné à l'École et a fait de la mise en scène, avant de retourner s'établir à Québec, fuyant les marteaux-piqueurs du Montréal qui s'élevait sauvagement autour de sa petite maison de la rue Fort.

À Québec, il a un peu plus de temps devant lui, travaille à des traductions et des adaptations et redevient d'abord comédien, avant qu'on ne lui demande de diriger le Trident. Durant son mandat de cinq ans, de 1988 à 1993, il trouve le moyen de donner l'occasion de s'épanouir à toute une génération de comédiens, de metteurs en scène, de concepteurs et de directeurs de théâtre. Certains disent même que, avant l'autre Lepage (Robert), Roland Lepage est l'homme qui a permis l'éclosion du milieu théâtral de Québec, dont l'effervescence se fait maintenant ressentir jusqu'à Montréal.

Ce prix Denise-Pelletier vient enfin reconnaître l'apport immense d'un homme de théâtre passionné, d'un humaniste et d'un homme de coeur à l'histoire du théâtre d'ici. Merci, monsieur!
 
 
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