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Théâtre - Un homme bien...

Michel Bélair   20 octobre 2009  Théâtre
Avouons-le: les « théâtreux » ont la réputation d'être des chialeurs. Faites le tour, parlez-en aux collègues et aux amis et vous verrez: de Stephan Harper et sa brillante équipe de décideurs culturels à votre voisin ou votre mononcle, on vous répondra poliment — presque toujours — que les artistes « ne sont jamais contents! ».

C'est là-dessus qu'a travaillé Martin Faucher durant les deux mandats qu'il a assumés à la tête du Conseil québécois du théâtre, le CQT. Il a amené les artistes à faire front devant cette perception.

À déterminer clairement leurs besoins et leurs revendications, ce qui va et ce qui ne va pas dans la pratique, concrètement. À leur faire dire ce qu'ils voudraient. Plus: ce qu'ils veulent. À faire le point sur tout, partout. Ici et à travers le Québec tout entier où la réalité est loin d'être uniforme. À tracer un portrait de la profession, des conditions de création, de production et de diffusion qui la caractérisent. Amen. Déjà, ce n'est pas mal comme bilan, mais Faucher a fait beaucoup plus.

C'est lui, grâce à son dynamisme et à sa ferveur communicative, qui a vraiment donné une forme bien concrète à tout cela en organisant avec son équipe les seconds États généraux du théâtre, il y a deux ans déjà. C'est lui qui a exigé que l'on propose des solutions concrètes aussi, différentes, novatrices. Et c'est lui surtout qui a affirmé clairement que l'art, et le théâtre en particulier, est un service essentiel. Au même titre que la santé, l'éducation ou la voirie.

Rien que pour cela, on devrait lui ériger une statue...

En fin de semaine dernière, à l'issue d'un colloque organisé par le CQT et qui portait le titre Rallier toutes les forces vives du théâtre québécois, Martin Faucher quittait son poste en traçant lui-même le bilan des quatre dernières années. Je n'y étais pas, mes poireaux exigeant de sortir de toute urgence du jardin givré par les brumes glaciales de fin d'automne qui enveloppent mon petit village appalachien... Mais le CQT nous a fait parvenir une copie du discours — on peut le lire sur le site www.cqt.ca — de son président sortant; certaines parties méritent d'être soulignées à grands traits.

Sans être amer, Faucher fait d'abord une distinction importante entre « culture » et « art » en rappelant qu'au moins un dossier semble être réglé depuis que les gouvernements ont choisi d'appuyer la culture au sens très large, les grands festivals populaires — de la traversée de la flamme olympique jusqu'aux défilés de jumeaux — et les grands entrepreneurs culturels. Il déplore cependant « en cette époque affolante de fast-food intellectuel et culturel » que la création ne soit pas plus soutenue maintenant qu'à son arrivée au CQT. Car le danger est là: que la culture se fasse divertissement et que le théâtre devienne, faute de moyens et de temps aussi, « inoffensif, consensuel et réconfortant » alors qu'il devrait plutôt favoriser le développement de « l'esprit critique, l'ouverture d'esprit et la créativité ».

Surtout que l'attitude des conservateurs face à la culture est pour le moins sidérante, tout le monde et pas seulement Faucher, l'aura remarqué. C'est là, envers les politiciens, que l'ancien président se permet de lancer quelques flèches avec lesquelles il est difficile de ne pas être d'accord. Au niveau fédéral, il n'est pas le seul ni le plus bruyant à dénoncer les compressions sauvages, les choix ridicules et les investissements bidon de la glorieuse équipe du ministre James Moore. Mais quand il souligne l'écoute de la ministre St-Pierre, il explique aussi à quel point les maigres hausses budgétaires consenties par le gouvernement Charest se situent sous le niveau de l'augmentation du coût de la vie — et des productions théâtrales! — alors que l'aménagement du fameux Quartier des spectacles risque de geler sinon d'amputer le budget du Conseil des arts de Montréal... Brèfle, comme disait le père Ubu, l'avenir ne s'annonce pas si rose.

N'empêche que Martin Faucher a accompli une tâche colossale au cours des quatre dernières années en nous faisant saisir clairement la situation et en maîtrisant tous ses dossiers comme il l'a fait. Son geste lui permettra de revenir de façon plus soutenue à la mise en scène qu'il avait délaissée pour mieux jouer son rôle de président. Il reste à souhaiter que son successeur, le comédien Sylvain Massé du Théâtre Motus, sache poursuivre avec la même énergie le travail de Martin Faucher. Un homme bien, vraiment.

En vrac

- Alors que des séries de représentations sont prévues en avril au Quat'Sous pour Douleur exquise, cet objet difficilement identifiable d'après Sophie Calle mettant en scène une déroutante Anne-Marie Cadieux, de même qu'une tournée à Québec et Ottawa pour Woyzek, l'on apprenait la semaine dernière par voie de communiqué la teneur des projets qui se concoctent chez Sibyllines. Dès l'automne 2010, Brigitte Haentjens se penchera sur La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès; Sébastien Ricard tiendra le rôle du déclamant que l'on avait vu joué par Denis Lavant à l'Usine C il y a quelques années. On nous signale aussi la mise en chantier de deux autres spectacles: Le 20 novembre de Lars Norén, en compagnie de Christian Lapointe, et L'Opéra de quat'sous de Brecht qu'Haentjens mettra en scène début 2012, avec Sébastien Ricard dans le rôle de Mackie et Céline Bonnier dans celui de Jenny. On ne chôme pas chez ces gens-là!

- Jeudi à 17h, au Quat'Sous, on lancera le numéro 132 de Jeu. En plus des chroniques et des critiques habituelles, Christian Saint-Pierre y a coordonné le dossier Portraits d'une génération. D'Olivier Kemeid à Francis Monty en passant par Marylin Perreault et Sophie Cadieux on rencontrera là vingt perles rares « représentatives de leur génération, de son énergie peu commune, de son talent immense et protéiforme ».

- L'École nationale de théâtre (ENT) faisait savoir hier que le prix Gascon-Thomas est décerné cette année à Paul Buissonneau et à Sandra Oh, comédienne et diplômée de l'ENT. Le prix leur sera remis lors d'une cérémonie spéciale le vendredi 23 octobre à 13h dans la Salle Ludger-Duvernay du Monument-National. Rappelons que le prix a été créé en 1990 par l'École « afin de rendre hommage à des artistes et artisans ayant contribué de façon exceptionnelle à l'épanouissement du théâtre et des arts connexes au Canada » et qu'il porte le nom de deux fondateurs de l'ENT: Jean Gascon et Powys Thomas. Présidé par Tom Peacocke, le jury est composé d'administrateurs de l'École, des directrices artistiques Denise Guilbault et Sherry Bie, du directeur général, Simon Brault, et d'étudiants.






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