Théâtre - Absolument moderne!
À retenir
- De l'impossible retour de Léontine en brassière
- Par le Groupe de poésie moderne. Textes: Benoît Paiement et Bernard Dion.
- Mise en scène: Robert Reid.
- Jusqu'au 31 octobre, salle J.-C.-Germain du Théâtre d'Aujourd'hui, à Montréal.
Ils sont quatre comédiens (trois gars, une fille) tout de noir vêtus sur une scène dépouillée, au milieu de laquelle pivote un écran blanc, et avec comme uniques accessoires des perruques blondes! À partir de ce presque rien, ils vont nous faire voyager bien loin, au pays de l'imagination créatrice, cette terre abondamment fertile lorsqu'elle est nourrie du talent d'artistes explorateurs comme le sont les membres du Groupe de poésie moderne.
Avec De l'impossible retour de Léontine en brassière (le titre annonce déjà le côté farfelu du projet), le Groupe de poésie moderne signe sa septième création en 16 ans. Encore une fois, cette troupe unique et inclassable frappe fort. Car elle nous montre que le plaisir de dire, de jouer, donc de représenter les mots et leurs sens reste au coeur de l'acte théâtral. Qu'importent les époques et les moyens.
Au départ de Léontine, on scrute la vie et l'oeuvre du peintre automatiste québécois et signataire de Refus global qu'a été Paul-Émile Borduas (qu'on prononce Borduassss, en accentuant le s « comme en Dordogne et dans le Limousin »!). Bien sûr, Borduas reste un prétexte pour un « théâtre documentaire » interrogeant la place des artistes et de la culture chez un peuple jadis « sans histoire ni littérature », dixit Lord Durham. Il y a aussi les thèmes de l'actrice vieillissante (Félixe Ross), trop âgée pour jouer cette Léontine inspirée d'une toile du peintre; l'histoire du Canada et le passé catholique des Canadiens français, parmi tant d'autres pistes aussi loufoques qu'inattendues (on nous fait même entonner l'hymne national du Canada, debout!).
Les interprètes (Ross, Christophe Rapin, Christian E. Roy et Benoît Paiement, qui signe aussi les textes avec Bernard Dion) sont tous à leur façon des virtuoses. Ils parlent avec leurs visages et leurs corps. Ils changent constamment de registre ou de personnage et arrivent à nous captiver avec des histoires déroutantes. Qui plus est, sous l'habile direction du metteur en scène Robert Reid, les acteurs évoquent un pan de l'art moderne et des classiques de la peinture, sans jamais qu'on voie la moindre trace de forme ou de couleur (l'écran qui sert de canevas demeure toujours d'une virginale blancheur)!
On peut considérer ce geste de montrer l'invisible comme une métaphore du travail du Groupe de poésie moderne: créer des formes en les déconstruisant; donner du sens en déformant l'idée avancée; toucher à des sujets sérieux en les tournant en ridicule et en dérisoire.
Toutefois, aux trois quarts de ce spectacle de près de 90 minutes, on tourne en rond (littéralement) et on semble chercher une fin. Mais c'est un moindre bémol pour une production folle, bizarre et énergisante! Qui mérite amplement le déplacement.
***
Collaborateur du Devoir
Avec De l'impossible retour de Léontine en brassière (le titre annonce déjà le côté farfelu du projet), le Groupe de poésie moderne signe sa septième création en 16 ans. Encore une fois, cette troupe unique et inclassable frappe fort. Car elle nous montre que le plaisir de dire, de jouer, donc de représenter les mots et leurs sens reste au coeur de l'acte théâtral. Qu'importent les époques et les moyens.
Au départ de Léontine, on scrute la vie et l'oeuvre du peintre automatiste québécois et signataire de Refus global qu'a été Paul-Émile Borduas (qu'on prononce Borduassss, en accentuant le s « comme en Dordogne et dans le Limousin »!). Bien sûr, Borduas reste un prétexte pour un « théâtre documentaire » interrogeant la place des artistes et de la culture chez un peuple jadis « sans histoire ni littérature », dixit Lord Durham. Il y a aussi les thèmes de l'actrice vieillissante (Félixe Ross), trop âgée pour jouer cette Léontine inspirée d'une toile du peintre; l'histoire du Canada et le passé catholique des Canadiens français, parmi tant d'autres pistes aussi loufoques qu'inattendues (on nous fait même entonner l'hymne national du Canada, debout!).
Les interprètes (Ross, Christophe Rapin, Christian E. Roy et Benoît Paiement, qui signe aussi les textes avec Bernard Dion) sont tous à leur façon des virtuoses. Ils parlent avec leurs visages et leurs corps. Ils changent constamment de registre ou de personnage et arrivent à nous captiver avec des histoires déroutantes. Qui plus est, sous l'habile direction du metteur en scène Robert Reid, les acteurs évoquent un pan de l'art moderne et des classiques de la peinture, sans jamais qu'on voie la moindre trace de forme ou de couleur (l'écran qui sert de canevas demeure toujours d'une virginale blancheur)!
On peut considérer ce geste de montrer l'invisible comme une métaphore du travail du Groupe de poésie moderne: créer des formes en les déconstruisant; donner du sens en déformant l'idée avancée; toucher à des sujets sérieux en les tournant en ridicule et en dérisoire.
Toutefois, aux trois quarts de ce spectacle de près de 90 minutes, on tourne en rond (littéralement) et on semble chercher une fin. Mais c'est un moindre bémol pour une production folle, bizarre et énergisante! Qui mérite amplement le déplacement.
***
Collaborateur du Devoir
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

