Théâtre - Rouler à deux vitesses
Photo : François Laplante Delagrave
Sylvie Drapeau et Paul Doucet dans une scène de la pièce
À retenir
- Un tramway nommé Désir
- Texte de Tennessee Williams. Traduction d'Anne-Catherine Lebeau.
- Mise en scène d'Alexandre Marine.
- Au Théâtre du Rideau vert, jusqu'au 31 octobre.
« Je ne veux pas de réalisme! » Ce cri du coeur de la mythomane Blanche Dubois convient assez bien à la production d'Un tramway nommé Désir, revisitée par le style baroque d'Alexandre Marine. Version compacte du classique de Tennessee Williams, le spectacle, disons-le d'emblée, flirte avec la parodie.
Il est marqué par l'esthétique qu'on a appris à reconnaître chez le créateur russe: accents burlesques, physicalité, interaction avec une « deuxième réalité ». Dans le meilleur des cas, cet éclatant traitement qui verse dans l'excès et bouscule la tradition donne Hamlet ou Marie Stuart. Ici, on a droit à une vision singulière, intéressante, mais pas forcément convaincante, du chef-d'oeuvre américain.
Marine a donc choisi d'illustrer la dimension fantasmatique de la protagoniste et d'expliciter le sous-texte par un jeu physique. Sur la petite scène du Rideau vert, on sent la promiscuité dans laquelle vit l'inconfortable ménage à trois du Tramway. Le spectacle intègre aussi des numéros corporels devant exprimer les désirs latents, la force brutale de la sexualité. Ce parti pris fonctionne parfois (une ouverture aux couleurs cauchemardesques, la belle séquence finale, alors que Blanche se réfugie dans son imagination), parfois beaucoup moins: certaines chorégraphies à la sauce onirique semblent un peu friser le ridicule, d'autant que la plupart des comédiens ne sont pas des danseurs...
La seconde rencontre entre le metteur en scène et Sylvie Drapeau produit à tout le moins des étincelles. L'interprète de Marie Stuart se donne à fond dans cette expressivité physique. De sa performance extrême ressort avec force la nature à la fois tragique et un peu ridicule de Blanche, être brisé qui est constamment en représentation. (Sauf dans l'émouvante scène d'aveu avec Mitch, campé avec justesse par Paul Doucet.) Mélange de sensualité camouflée, de vulnérabilité et d'affectation, cette Blanche est un train emballé qui se dirige tout droit vers la catastrophe...
Malheureusement, cette pièce, qui met en jeu une attirance des contraires, est déséquilibrée par certains choix de distribution. Nommément, Blanche ne trouve pas un Stanley à sa hauteur. Peu crédible dans un rôle qui est devenu l'incarnation de la vigueur masculine, le quinquagénaire Gregory Hlady fait ressortir la brutalité du personnage mais pas grand-chose d'autre, y compris sa sensualité. Son jeu paraît trop monolithique.
Il est aussi problématique qu'on ne sente guère de chimie entre les deux comédiens. Après tout, l'affrontement entre la délicate Blanche et celui qui détruit ses illusions compte au nombre des grandes rencontres du théâtre américain.
Il est marqué par l'esthétique qu'on a appris à reconnaître chez le créateur russe: accents burlesques, physicalité, interaction avec une « deuxième réalité ». Dans le meilleur des cas, cet éclatant traitement qui verse dans l'excès et bouscule la tradition donne Hamlet ou Marie Stuart. Ici, on a droit à une vision singulière, intéressante, mais pas forcément convaincante, du chef-d'oeuvre américain.
Marine a donc choisi d'illustrer la dimension fantasmatique de la protagoniste et d'expliciter le sous-texte par un jeu physique. Sur la petite scène du Rideau vert, on sent la promiscuité dans laquelle vit l'inconfortable ménage à trois du Tramway. Le spectacle intègre aussi des numéros corporels devant exprimer les désirs latents, la force brutale de la sexualité. Ce parti pris fonctionne parfois (une ouverture aux couleurs cauchemardesques, la belle séquence finale, alors que Blanche se réfugie dans son imagination), parfois beaucoup moins: certaines chorégraphies à la sauce onirique semblent un peu friser le ridicule, d'autant que la plupart des comédiens ne sont pas des danseurs...
La seconde rencontre entre le metteur en scène et Sylvie Drapeau produit à tout le moins des étincelles. L'interprète de Marie Stuart se donne à fond dans cette expressivité physique. De sa performance extrême ressort avec force la nature à la fois tragique et un peu ridicule de Blanche, être brisé qui est constamment en représentation. (Sauf dans l'émouvante scène d'aveu avec Mitch, campé avec justesse par Paul Doucet.) Mélange de sensualité camouflée, de vulnérabilité et d'affectation, cette Blanche est un train emballé qui se dirige tout droit vers la catastrophe...
Malheureusement, cette pièce, qui met en jeu une attirance des contraires, est déséquilibrée par certains choix de distribution. Nommément, Blanche ne trouve pas un Stanley à sa hauteur. Peu crédible dans un rôle qui est devenu l'incarnation de la vigueur masculine, le quinquagénaire Gregory Hlady fait ressortir la brutalité du personnage mais pas grand-chose d'autre, y compris sa sensualité. Son jeu paraît trop monolithique.
Il est aussi problématique qu'on ne sente guère de chimie entre les deux comédiens. Après tout, l'affrontement entre la délicate Blanche et celui qui détruit ses illusions compte au nombre des grandes rencontres du théâtre américain.
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