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    Théâtre - D'arbre en arbre

    13 octobre 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Les Arbres
    • Production: Pour le moment.
    • Texte et mise en scène: Edith Patenaude et Krystel Descary. Interprétation: Krystel Descary, Jean-René Moisan, Édith Patenaude et Guillaume Boisbriand.
    • Présenté à Premier Acte jusqu'au 24 octobre.
    Québec — Il faut aborder Les Arbres du théâtre Pour le moment comme une promenade en forêt où les images d'un même paysage s'inscriraient suivant les perceptions de chacun. La pièce, constituée d'un assemblage de tableaux, retrace le parcours de deux soeurs, Rachel (Édith Patenaude) et Magalie (Krystel Descary) qui, après une suite de deuils, n'ont plus que l'une et l'autre au monde.

    Si Magalie, l'artiste-sculptrice, ancrée au sol familial et aux racines du passé, remonte le sentier de l'attachement et des émotions, Rachel, l'ingénieure forestière, opte plutôt pour le détachement et le déracinement. La distance psychologique et émotionnelle entre les soeurs se mesure alors à l'éloignement géographique qui les sépare: Magalie s'accroche à la maison ancestrale et amorce une oeuvre artistique où elle multiplie, par modelage, « les mains des personnes aimées », alors que Rachel s'exile en Norvège et s'enfonce dans un silence nordique qui se prolonge.

    Tel un arbre, le texte étend ses branches au fil des tableaux. Dans l'ensemble, le ton emprunte à la conversation. Mais ce sont les passages nourris de tensions qui donnent à entendre un dialogue soutenu, plus fort en interprétation. C'est le cas notamment de l'échange entre Magalie et Philippe (Jean-René Moisan), dans la scène du jardinage, ou dans ce moment, bien campé, qu'offre la confrontation entre le Norvégien et Rachel autour de la délicate question des sentiments, des émotions, et de leur négation.

    La sagesse populaire veut que l'arbre cache parfois la forêt. Les personnages de Magali, de Rachel et de Philippe n'y échappent pas: chacun est l'arbre qui cache sa propre forêt. Le Norvégien (Guillaume Boisbriand), qui ne s'exprime qu'en anglais, se soustrait au dicton. Voilà une ramification souterraine fascinante.

    La scénographie de Marie-Renée Bourget-Harvey, humble et dépouillée, permet à l'espace de jeu la multiplication des lieux. L'environnement sonore de Philip Larouche épouse le propos, et son choix musical — qui n'est pas sans ramener à la mémoire le magnifique Fur Alina d'Arvo Pärt — s'installe comme une présence, un lien affectif troublant, un rituel envoûtant. C'est d'ailleurs sur cette musique de transition, au moment où les quatre comédiens s'abandonnent au rythme d'un même mouvement, que la distance qui les sépare, de corps et de coeurs, se trouve à la fois abolie et raffermie. Il y avait là, à n'en pas douter, une clé théâtrale à laquelle on aurait pu recourir davantage.

    Collaboratrice du Devoir












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