Théâtre - Qui aime bien...
Ça vient avec le reste. Pour que les gens vous accordent un minimum de crédibilité quand vous vous pâmez sur quelque chose, ils doivent sentir que vous êtes prêt à en faire autant quand la situation sera moins drôle et la pilule un peu plus amère. C'est kif-kif. C'est le côté subjectif de l'objectivité, tsé.
Pas question toutefois de se prendre pour le pape ou même le cardinal, de jouer au justicier masqué ou de sortir le bâton: on s'explique, c'est tout, devant tout le monde. Clairement. La subjectivité, ça se fonde sur des raisons personnelles et, par définition, ça n'a rien à voir avec une déclaration urbi et orbi. Et si le Tramway nommé Désir concocté par Alexandre Marine et Sylvie Drapeau déraille au point de ne pouvoir évoquer en moi qu'un bruit d'ongles crissant sur la surface d'un tableau noir — dans la nuit! —, cela s'explique aussi.
Ce sont en fait les choix de mise en scène d'Alexandre Marine qui m'irritent ici au plus haut point et que je ne peux voir que comme une caricature de l'univers de Tennessee Williams: tout découle de là.
C'est lui qui a d'abord choisi de faire jouer Sylvie Drapeau dans la fracture, constamment aux limites de son personnage... et de ses ressources. Sa Blanche est tellement constamment fêlée, elle craque de tellement partout, toujours, qu'elle s'écoule d'elle-même par toutes ces fissures au point d'en perdre sa substance. C'est une caricature de Blanche; une Blanche en phase terminale, tout le temps! Ce qui est un peu fatigant et tout à fait anti-sexy, anti-séduction, anti-Blanche quoi, aussi pathétique que Williams nous la fasse parfois sentir. Personne ne voudrait frayer avec cette Blanche-là. L'amie qui m'accompagnait en ce lendemain de première disait qu'elle aurait cadré parfaitement dans Le coeur a ses raisons, la parodie télévisuelle concoctée par Marc Labrèche...
C'est Alexandre Marine aussi qui a choisi Gregory Hlady — un monsieur charmant par ailleurs que l'on connaît plus comme metteur en scène — pour jouer le rôle de Stanley Kowalski. Les répliques du comédien d'origine ukrainienne peuvent peut-être passer pour un accent d'immigré polonais de longue date, mais c'est tout ce qui le rapproche vraiment — avec le « p'tit corps » — du personnage qu'il est censé incarner. Jamais il n'atteint à la force brutale de Stanley. Jamais on ne sent le charisme et l'aura de séduction qui émanent de lui, comme Brando l'avait fait comprendre. Jamais Blanche n'accepterait de se laisser prendre par ce Stan-là...
On pourrait parler aussi de ce que le metteur en scène avait appelé « les flash-back » en entrevue et qui, en caricaturant chaque fois les clichés les plus éculés de la danse contemporaine, illustrerait concrètement le caractère onirique de la névrose de Blanche... mais laissons tomber.
À moins de vouloir nous faire réfléchir sur l'incidence des maladies mentales chez les gens que l'on aime — ce qui est un sujet fort louable mais qui n'est pas d'abord celui du Tramway, on s'entend là dessus —, Marine a limité à bien peu de choses sa rencontre avec l'oeuvre de l'un des plus grands dramaturges du XXe siècle. C'est triste. C'est triste, mais cela n'empêche pas, surtout pas, de voir comment le metteur en scène rebondira lorsqu'il reviendra de New York où il part travailler au cours des prochains mois.
Bien sûr, tout cela est éminemment subjectif, on le sait depuis le début, mais ça vient avec le reste...
En prolongation
Pendant que Pascal Brullemans est en stage d'écriture à Reims, invité par le festival Méli'môme — il travaille en résidence à un nouveau texte jeunes publics —, c'est ce soir même que son Hippocampe, qu'il a tricoté à la main avec Éric Jean à la mise en scène, reprend du service au nouveau Quat'Sous. Les prolongations de spectacle occupent un espace de plus en plus important dans la programmation des compagnies et c'est tant mieux: elles permettent à plus de spectateurs de voir des succès de la saison précédente pour lesquels il était impossible d'obtenir des billets. C'est une fort bonne chose, c'est le moins que l'on puisse dire.
Le cas d'Hippocampe est toutefois un peu spécial puisqu'il en est à sa deuxième prolongation. Créée il y a déjà sept ans, puis reprise en 2007 chez Prospero alors que le Quat'Sous « itinérait à temps plein », la pièce fait maintenant ses adieux à Montréal dans une série de quatre représentations avant de prendre le chemin du Théâtre Français du CNA, du 14 au 17 octobre. Rappelons que l'équipe a approfondi la dramaturgie de la pièce tout en en peaufinant son écriture. On se renseigne au Quat'Sous au 514 845-7277.
Deux autres prolongations importantes sont à l'affiche présentement. À La Licorne, Pi...?! de Christian Bégin, la plus récente production des Éternels pigistes, avait connu il y a deux ans un succès foudroyant. À un point tel d'ailleurs qu'il était vraiment ridicule alors de même penser trouver un billet. Voilà que l'on peut se reprendre enfin, jusqu'au 24 octobre, à La Licorne, 514 523-2246.
Chez Prospero aussi, à compter de ce soir, on pourra revoir Coeur de chien de Mikhaïl Boulgakov dans l'adaptation de Téo Spychalski et la mise en scène de Gregory Hlady dont on vous parlait plus haut. On se rappellera que la pièce avait été le succès de la saison au Prospero l'an dernier. Jusqu'au 24 octobre; 514 526-6582.
*****
mbelair@ledevoir.com
Pas question toutefois de se prendre pour le pape ou même le cardinal, de jouer au justicier masqué ou de sortir le bâton: on s'explique, c'est tout, devant tout le monde. Clairement. La subjectivité, ça se fonde sur des raisons personnelles et, par définition, ça n'a rien à voir avec une déclaration urbi et orbi. Et si le Tramway nommé Désir concocté par Alexandre Marine et Sylvie Drapeau déraille au point de ne pouvoir évoquer en moi qu'un bruit d'ongles crissant sur la surface d'un tableau noir — dans la nuit! —, cela s'explique aussi.
Ce sont en fait les choix de mise en scène d'Alexandre Marine qui m'irritent ici au plus haut point et que je ne peux voir que comme une caricature de l'univers de Tennessee Williams: tout découle de là.
C'est lui qui a d'abord choisi de faire jouer Sylvie Drapeau dans la fracture, constamment aux limites de son personnage... et de ses ressources. Sa Blanche est tellement constamment fêlée, elle craque de tellement partout, toujours, qu'elle s'écoule d'elle-même par toutes ces fissures au point d'en perdre sa substance. C'est une caricature de Blanche; une Blanche en phase terminale, tout le temps! Ce qui est un peu fatigant et tout à fait anti-sexy, anti-séduction, anti-Blanche quoi, aussi pathétique que Williams nous la fasse parfois sentir. Personne ne voudrait frayer avec cette Blanche-là. L'amie qui m'accompagnait en ce lendemain de première disait qu'elle aurait cadré parfaitement dans Le coeur a ses raisons, la parodie télévisuelle concoctée par Marc Labrèche...
C'est Alexandre Marine aussi qui a choisi Gregory Hlady — un monsieur charmant par ailleurs que l'on connaît plus comme metteur en scène — pour jouer le rôle de Stanley Kowalski. Les répliques du comédien d'origine ukrainienne peuvent peut-être passer pour un accent d'immigré polonais de longue date, mais c'est tout ce qui le rapproche vraiment — avec le « p'tit corps » — du personnage qu'il est censé incarner. Jamais il n'atteint à la force brutale de Stanley. Jamais on ne sent le charisme et l'aura de séduction qui émanent de lui, comme Brando l'avait fait comprendre. Jamais Blanche n'accepterait de se laisser prendre par ce Stan-là...
On pourrait parler aussi de ce que le metteur en scène avait appelé « les flash-back » en entrevue et qui, en caricaturant chaque fois les clichés les plus éculés de la danse contemporaine, illustrerait concrètement le caractère onirique de la névrose de Blanche... mais laissons tomber.
À moins de vouloir nous faire réfléchir sur l'incidence des maladies mentales chez les gens que l'on aime — ce qui est un sujet fort louable mais qui n'est pas d'abord celui du Tramway, on s'entend là dessus —, Marine a limité à bien peu de choses sa rencontre avec l'oeuvre de l'un des plus grands dramaturges du XXe siècle. C'est triste. C'est triste, mais cela n'empêche pas, surtout pas, de voir comment le metteur en scène rebondira lorsqu'il reviendra de New York où il part travailler au cours des prochains mois.
Bien sûr, tout cela est éminemment subjectif, on le sait depuis le début, mais ça vient avec le reste...
En prolongation
Pendant que Pascal Brullemans est en stage d'écriture à Reims, invité par le festival Méli'môme — il travaille en résidence à un nouveau texte jeunes publics —, c'est ce soir même que son Hippocampe, qu'il a tricoté à la main avec Éric Jean à la mise en scène, reprend du service au nouveau Quat'Sous. Les prolongations de spectacle occupent un espace de plus en plus important dans la programmation des compagnies et c'est tant mieux: elles permettent à plus de spectateurs de voir des succès de la saison précédente pour lesquels il était impossible d'obtenir des billets. C'est une fort bonne chose, c'est le moins que l'on puisse dire.
Le cas d'Hippocampe est toutefois un peu spécial puisqu'il en est à sa deuxième prolongation. Créée il y a déjà sept ans, puis reprise en 2007 chez Prospero alors que le Quat'Sous « itinérait à temps plein », la pièce fait maintenant ses adieux à Montréal dans une série de quatre représentations avant de prendre le chemin du Théâtre Français du CNA, du 14 au 17 octobre. Rappelons que l'équipe a approfondi la dramaturgie de la pièce tout en en peaufinant son écriture. On se renseigne au Quat'Sous au 514 845-7277.
Deux autres prolongations importantes sont à l'affiche présentement. À La Licorne, Pi...?! de Christian Bégin, la plus récente production des Éternels pigistes, avait connu il y a deux ans un succès foudroyant. À un point tel d'ailleurs qu'il était vraiment ridicule alors de même penser trouver un billet. Voilà que l'on peut se reprendre enfin, jusqu'au 24 octobre, à La Licorne, 514 523-2246.
Chez Prospero aussi, à compter de ce soir, on pourra revoir Coeur de chien de Mikhaïl Boulgakov dans l'adaptation de Téo Spychalski et la mise en scène de Gregory Hlady dont on vous parlait plus haut. On se rappellera que la pièce avait été le succès de la saison au Prospero l'an dernier. Jusqu'au 24 octobre; 514 526-6582.
*****
mbelair@ledevoir.com
Haut de la page

