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    Théâtre - Que sommes-nous?

    2 octobre 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    • Reconnaissance
    • Texte et mise en scène: Michel Nadeau. Distribution: Sylvio Acciola, Lorraine Côté, Hugues Frenette, Steve Gagnon, Valérie Laroche, Michel Nadeau, Claudiane Ruelland, Patric Saucier.
    • Au Trident jusqu'au 17 octobre.
    Le premier fil de Reconnaissance se tend autour de François, un jeune acteur et metteur en scène qui ose risquer une vision sans compromis du Hamlet de Shakespeare, une vision qui soulève les tensions, qui provoque un départ et qui met en péril les chances du groupe de se distinguer dans le cadre d'un festival international. Le deuxième se noue autour du coma (accident ou tentative de suicide?) dans lequel est plongé le jeune artiste. Le troisième lie ensemble les doutes et les silences de ceux qui gravitent autour de lui.

    C'est à partir de ces fils de trame que la plus récente création du Théâtre Niveau Parking tisse une vaste toile d'où émergent de graves questions: que sommes-nous face à nos choix, nos désirs, nos ambitions? Ne sommes-nous que les fantômes de nos vies?

    On voudrait enlacer Reconnaissance. On le voudrait pour adhérer à la sincérité de la démarche, à la générosité de la proposition, pour célébrer l'intelligence des multiples reconnaissances abordées: la reconnaissance de l'existence intime, amoureuse, artistique, celle qui lève le voile sur les silences transmis, imposés, subis, celle qui ravive les fantômes du passé et repose l'obsédante question shakespearienne, « ?¶tre ou ne pas être » ou son écho contemporain, « Naître et ne pas être ».

    Tous les éléments sont là: un bel équilibre entre l'humour et le drame, des interprètes sensibles, un espace de jeu habilement conçu, un recours créatif à la présence informatique, à la projection, et de nombreuses scènes poétiques aux frontières de l'onirisme et de la métaphysique. Songeons seulement à la valse des portes qui tournoient sur elles-mêmes, à la traversée du lit de bébé, au spectre de l'autre François qui n'arrive pas à naître dans le ventre de Maria, à l'omniprésence du grand-père paysan qui pousse ses ossements dans une brouette.

    Reconnaissance ouvre d'innombrables portes, abolit la cloison entre la scène et la salle, ose des dialogues qui rompent avec la linéarité. La générosité qui émane de la fresque ne fait aucun doute: son impérieuse traversée des silences mesure ce qui sépare les fils des pères, les maris des femmes, les scientifiques de l'impuissance, les artistes de leur accomplissement, la vie de la mort. Mais elle ouvre si grand et embrasse si large qu'on se retrouve bras ouverts à ne plus pouvoir presser quoi que ce soit contre soi. Si le silence du fils engendre l'action théâtrale, on se prend à regretter ne pas avoir entendu la voix derrière le silence.


    Collaboratrice du Devoir












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