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    Théâtre - Pieds nus dans la lignée

    24 septembre 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Retrouver Quatre à quatre de Michel Garneau sur la scène de la Bordée fait partie des cadeaux de la rentrée. La langue du poète et dramaturge a de la peau, des os, de la mémoire, de l'histoire, de la résistance et de l'abandon. Elle a l'odeur de la terre, celle de la ville. L'odeur de l'humain dans tous ses désirs.

    Dans cette pièce, sa parole surgit de la chair et du ventre de quatre femmes d'une même lignée: une mère (Marie-Ginette Guay) laissée pour compte et enfermée dans une cage de verre, une grand-mère (Denise Verville) dont la lucidité n'a d'égal que la «bagosse» qui lui a servi de rempart, une arrière-grand-mère (Sylvie Cantin), éternelle épousée qui pleure la perte de la terre et celle d'un mari mort comme une corde de violon cassée la nuit, et la jeune Anouk (Éva Saïda), au seuil de la vingtaine, qui tente de rompre avec l'infernal héritage amoureux qui l'a précédée.

    C'est dans un décor constitué d'échelles que Marie-Hélène Gendreau choisit de faire évoluer ces femmes, un décor symbolique comme le sont les rares objets (violon, radio, gramophone, carré floral et bassin d'eau) qui marquent la vie désolée, chaotique ou rêvée de chacune d'elles. C'est avec pudeur aussi qu'elle dirige les comédiennes, et cela constitue un bon choix qui permet aux aînées de faire vibrer la poésie dans toutes leurs solitudes, et à la plus jeune de tenter une échappée hors du sort de la lignée.

    Mais la langue de Garneau, si poétique soit-elle, est organique et exige que l'interprétation passe par le corps, ce que nous offre le jeu fragile et fluide de Sylvie Cantin, celui équarri et désarçonnant de Denise Verville et celui pluvieux et vivant de Marie-Ginette Guay. Il nous faudra vivre cette scène où Anouk s'épuise en tournant sur elle-même dans une tentative de se projeter loin des spectres de sa lignée pour qu'Éva Saïda retrouve dans l'essoufflement du corps sa pleine force.

    L'esthétisme des premiers effets spéciaux, celui des mots qui barbouillent le lieu lors de la lecture de la lettre sont d'une grande efficacité. La musique, malgré sa qualité, semble faire cavalier seul, sauf en finale où son rythme se marie aux projections de phalènes, de flocons ou d'ailes, dans un envol qui marque aussi celui d'Anouk. Mais peut-être y avait-il là un défi musical de taille tant la langue de Garneau porte sa propre musique, une musique d'où émerge le refrain le plus vrai: peu importe l'âge du corps, les femmes ont toujours 20 ans au coeur.

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    Collaboratrice du Devoir

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    Quatre à quatre

    Texte: Michel Garneau. Mise en scène: Marie-Hélène Gendreau. Interprétation: Sylvie Cantin, Marie-Ginette Guay, Éva Saïda, Denise Verville. À la Bordée jusqu'au 10 octobre.












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