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    Derrière l'image

    17 septembre 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Il y a de beaux courants dans ce Mono Lake que propose le groupe CODA en ouverture de cette 25e saison au Périscope. Des courants issus du désir d'explorer le métissage entre théâtre et musique, musiciens et comédiens, parole et mouvement, entre la voûte céleste et ces sculptures minérales fantomatiques qui émergent du lac Mono de la Sierra Nevada, en Californie. Il y a aussi ce désir de livrer une histoire et ses boucles, dans ses beautés et ses cruautés: la rencontre amoureuse, la perte et le chagrin, l'éternel retour des choses et, ultimement, la quête de sens.

    Les défis que se donnait Jean-François Lessard, metteur en scène, comédien et musicien, dans ce qui fut d'abord un projet de maîtrise-création à l'Université Laval, étaient réels: présenter la musique et le théâtre sur scène sans que l'un avale l'autre; éviter que cette proposition théâtro-musicale ne cède à la comédie musicale ou au vidéoclip; intégrer les musiciens au jeu théâtral et les acteurs au jeu musical sans que les uns portent ombrage aux autres; faire progresser l'ensemble vers sa propre finalité scénique sans que la théâtralité soit sacrifiée.

    Un des mérites de cette production est d'avoir su faire de l'éclairage précis, rigoureux et lumineux de Denis Guerrette et de la sonorisation sans faille de Frédéric Auger des «personnages» de soutien inestimables. Un autre est sans doute d'avoir permis aux musiciens d'être les musiciens qu'ils sont tout en devenant à l'occasion des complices de jeu crédibles.

    Les puristes du théâtre regretteront par moments l'espace symbolique à l'avant-scène auquel sont confinés les acteurs, mais ils seront ravis par ces scènes de soliloques où les voix s'enchevêtrent, murmurent et scandent, où l'action progresse au rythme des dates qui défilent. Car c'est sans doute dans ces moments où le texte se fait le plus fort, comme dans ces autres, alors que l'humour et le tragique s'épousent, que la théâtralité émerge.

    À une époque où le spectaculaire domine et s'impose comme référent culturel, il fait bon d'assister à une exploration qui mise sur l'équilibre et les ponts sans pour autant s'offrir comme l'ultime voie à suivre. Le jeu brechtien de Vincent Champoux, de Nicola-Frank Vachon et de Maryse Lapierre permet à l'ensemble de maintenir son souffle. Bien que le texte nous rappelle qu'il faut «voir derrière l'image», on se retrouve, au sortir de la pièce, peiné de ne pas avoir vu, ne serait-ce qu'en projection image, en fond de scène, derrière la découpe des montagnes, ce lac mythique.

    ***

    Mono Lake

    Texte: les interprètes. Idée originale et mise en scène: Jean-François Lessard. Environnement sonore: Frédéric Auger. Distribution: Vincent Champoux, Maryse Lapierre, Philip Larouche, Jean-François Lessard, Todd Picard, Nicola Frank-Vachon.

    Au Périscope jusqu'au 3 octobre.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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