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Théâtre - Une énorme différence

15 septembre 2009  Théâtre
Au moment même où tous les yeux se tournent vers Ottawa et l'opéra tragicomique offert en permanence à la Chambre des communes, c'est avec Nature morte dans un fossé de Fausto Paradivino — une tragique bizarrerie aux couleurs policières mise en scène par l'intense Christian Lapointe — que s'amorçait hier soir dans la capitale fédérale la troisième édition de Zones théâtrales. Pour ceux qui souffriraient d'un petit trou de mémoire, rappelons que ce festival animé depuis sa création par l'infatigable Paul Lefebvre vise à mettre en relief «le travail des professionnels du théâtre des communautés francophones canadiennes et des régions du Québec».

Sous ce nom qui fait déjà réfléchir en ce qu'il vient coupler des plans de réalité qui nous semblent pourtant fort différents mais qui ne soulignent peut-être, au fond, que la dimension de la bulle entourant le «milieu» — celui de Montréal et de Québec, bien sûr —, Zones théâtrales est devenu avec les années un lieu de rencontre exceptionnel. Une sorte d'incubateur même. On voit là de plus en plus de metteurs en scène, de directeurs de compagnies et de diffuseurs (ils sont plus d'une trentaine cette année) d'un peu partout. Joint au téléphone vendredi dernier, Paul Lefebvre est encore plus enthousiaste qu'à l'habitude en parlant de son festival...

«Cette troisième mouture de Zones théâtrales est nettement plus dense et plus riche, et cela ne s'explique pas seulement par le fait que l'événement court maintenant sur six jours plutôt que onze auparavant. C'est la qualité des propositions, le nombre des créations aussi qui soulignent partout la même commune perte de repère caractérisant notre société. Différemment bien sûr, puisque le Saguenay, l'Acadie et les Prairies ne partagent pas tout à fait la même histoire, de la même façon, mais on parle clairement de la même chose... »

Lefebvre parle de la pertinence de plus en plus marquée du théâtre que l'on fait maintenant à l'extérieur des grands centres et qui, malgré des différences historiques et culturelles évidentes, réussit tout autant qu'ici à s'inscrire dans le débat social. Une maison face au nord de Jean-Rock Gaudreault, une coproduction tripartite entre Jonquière (La Rubrique), Rouyn-Noranda (Tandem) et Toronto (Théâtre français de Toronto), parle de la crise financière et de la rupture du lien de confiance entre les générations; Duceppe en présentera d'ailleurs, fin octobre, une nouvelle version mettant en vedette Michel Dumont et Pauline Martin.

«Au Théâtre du Nouvel-Ontario de Sudbury, par exemple, l'esprit de Brigitte Haentjens et les retombées de son passage sont restés très vivants. La compagnie [qui propose ce soir Bob va à la mer (et si vous l'aviez prise sur le pouce... ) de Daniel MacIvor] joue un rôle important dans la communauté; le théâtre y est un pôle culturel rassembleur. Tout comme dans la région de Winnipeg où un adulte francophone sur cinq est abonné au Cercle Molière... »

On oublie trop souvent, trop facilement, l'ampleur et la férocité des combats qui se livrent pour la langue et la culture en général dans «les communautés francophones canadiennes et les régions du Québec». Heureusement, au fil des années, on est parvenu à se donner de meilleurs outils, explique encore Lefebvre.

«On échange plus. Les "trails" qui reliaient les compagnies sont devenues des routes pavées, et ce théâtre "d'en dehors" ne porte plus les stigmates qui ralentissaient son développement. Les préjugés se sont estompés. On perçoit plus positivement aujourd'hui ce regard décalé par rapport au nôtre, souvent plus symbolique que réaliste... Au bout du compte, je crois que Zones théâtrales a contribué à ce que les préjugés soient remplacés par le jugement sur pièces. C'est déjà beaucoup... » C'est une énorme différence, en effet.

Toute la semaine jusqu'à samedi donc, Zones théâtrales propose sept créations dans cinq salles différentes du centre-ville d'Ottawa. On obtiendra la programmation complète du festival, des salles et des horaires des spectacles en visitant le site Internet zonestheatrales.ca

***

En vrac

- C'est évidemment la folie dans les salles montréalaises en ce début de saison qui s'est amorcée il y a déjà près d'un mois, et rien n'annonce que les choses vont se calmer. Du côté des petites salles, on vous signale, à l'Espace Geordi du 16 septembre au 3 octobre, un Martin Crimp que l'on ne connaît pas encore de ce côté-ci de l'Atlantique: La Campagne. C'est l'histoire d'un couple vivant à la campagne et dont l'existence paisible se transformera en une sorte de duel autour d'un événement qui vient changer le cours de son histoire. Philippe Dijan a signé la traduction et le comédien Sébastien Dodge endosse pour la première fois le rôle de metteur en scène. 4001, rue Berri; 514 596-2142.

n On trouvera toutes sortes de choses intéressantes sur le Cyberbulletin de l'École nationale de théâtre. On apprend là, par exemple, que l'École de Montréal vient de recevoir 1 200 000 dollars de Patrimoine canadien; cela représente une augmentation de 36 % de la somme versée annuellement par le Ministère, et l'essentiel de ce nouvel argent frais servira au rattrapage salarial pour les artistes enseignant à l'École. Cette année, on accueille une fournée de 54 nouveaux étudiants, dont 28 francophones. C'est là aussi que l'on apprend qu'une professeure de l'École, Maureen Labonté, présidera le jury du Prix Siminovitch en théâtre et même que l'astronaute canadien Bob Thyrsk a emporté un texte de Jean-Rock Gaudreault — Deux pas vers les étoiles, bien sûr! — dans la station spatiale internationale. On s'abonne au ent-nts.ca/fr en cliquant sur l'onglet Cyberbulletin.

- Les mordus qui n'ont pas encore eu l'occasion de visiter la plus récente salle de spectacle de la métropole, le Théâtre rouge du Conservatoire, pourront le faire, jusqu'au 19 septembre en allant y voir cinq courtes pièces mises en scène par Frédéric Blanchette: Le Club des menteurs de Neil Labute, Pendant ce temps-là, la lumière commence à baisser et tout devient noir, de Jon Fosse, Le Châle, de David Mamet, La Colline verte de David Ives et Célébration de Harold Pinter. C'est à 20h, au 4750, avenue Henri-Julien sur le Plateau Mont-Royal. Voilà!

***

mbelair@ledevoir.com
 
 
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