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    Théâtre - Jésus, Shakespeare et nous

    11 septembre 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Québec — Le théâtre et l'amour ont beaucoup en commun, surtout quand les lieux s'y prêtent et que la lune est au rendez-vous, entre les branches des arbres, au-dessus d'un mur, ou derrière l'épaule d'un acteur, quand le vent distribue ses murmures exactement au bon moment, comme si Jésus et Shakespeare s'étaient entendus pour l'insérer entre les lignes d'une histoire décousue, déroutante et dont la cruauté n'a d'égale que sa poésie. Car c'est à cela que nous convie Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit, de Fabrice Melquiot, là où nous nous retrouvons en amour comme au théâtre: ravis et déstabilisés, charmés et à l'affût de ce qui pourrait rompre avec la magie du moment.

    Présentée comme un «parcours théâtral», dans les lieux magnifiquement naturels jouxtant le Conservatoire de Québec, Autour de ma pierre... met en présence des personnages disloqués et rompus: un père travesti qui fait le trottoir, deux frères détrousseurs de cadavres qui se disent «chercheurs d'or», deux jeunes femmes éperdues d'amour et un jeune poète, plus perdu que «maudit», loin de sa Californie natale, qui tente de se guérir de la trahison de sa muse.

    Mais la beauté naturelle d'un lieu, même quand la magie opère, offre son lot de difficultés: déplacer les spectateurs d'un espace de jeu à un autre sans casser le rythme, éclairer suffisamment l'ensemble sans piller la pénombre ambiante, permettre au texte, dans ses vertiges, de trouver son équilibre entre l'histoire à raconter, la beauté de sa langue, le corps des acteurs et le coeur des spectateurs. En ce sens, la mise en scène de Steve Gagnon, son recours aux chansons d'Elvis et à la voix nue et sans artifice d'Émilie Clepper, la scénographie et les éclairages d'Élyane Martel, comblent une bonne part de promesses et évitent le plus grand des pièges: la prétention.

    Si l'interprétation des premières scènes s'avère plutôt inégale, on doit redonner aux comédiens, qui ont le talent de céder sans résister aux écorchés qu'ils portent. Ainsi, il faut privilégier le jeu de Réjean Vallée, plus solide dans les scènes du père travesti que dans celles du père éploré, Jean-Michel Déry (Dan), dont le jeu physique et la voix troublent quand dans son regard on sent l'abandon au texte, Éliot Laprise (Ivan) vulnérable dans les moments de confidence, Jean-Michel Girouard (Juste, le poète) plus naturel dans ses scènes finales, Dolores, adorable dans sa rencontre avec Ivan et Laurie, souvent désarmante et résolument attachante dans cette scène où elle «lâche son ventre» comme un oiseau.

    Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit est une pièce sur la transgression, le destin, la perte, la mort, la chute des corps autant que celles des coeurs et, dans sa facture théâtrale, malgré quelques longueurs, elle offre de nombreux instants d'éternité. Dieu est mort, Nietzsche aussi, répète le père. Elvis ne l'est peut-être pas encore, vous verrez. Nous, dans ce lieu, ce temps, cette histoire, sommes, au théâtre comme en amour, résolument en vie.

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    Collaboratrice du Devoir

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    Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit

    Texte: Fabrice Melquiot. Mise en scène: Steve Gagnon, Le Théâtre Jésus, Shakespeare et Caroline. Présentation: Premier Acte, cour intérieure du Conservatoire de Québec, jusqu'au 12 septembre.












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