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Déferlante québécoise sur Avignon

Wajdi Mouawad est omniprésent au prestigieux festival... et il n'est surtout pas seul

11 juillet 2009  Théâtre
Un extrait de Littoral, de Wajdi Mouawad
Un extrait de Littoral, de Wajdi Mouawad
Avignon — Mitraillé par le soleil, criblé de milliers d'affiches annonçant des milliards de spectacles, Avignon vibre tout entier au rythme du festival de théâtre qu'il accueille en ses vieux murs jusqu'à la fin du mois. Certains disent que la population de la ville double presque de volume durant ces quelques semaines de juillet qui attirent ici les amateurs de théâtre de la planète tout entière. Dans la salle de presse, ici, on entend tous les accents du monde.

À l'intérieur des remparts, la Cité des papes s'est faite piétonnière et, quand on regarde cette brillante agitation d'un peu plus près, on se rend compte rapidement qu'Avignon propose effectivement beaucoup de choses par les temps qui courent. Le festival lui-même, le grand, le vrai, accueille plus d'une trentaine de spectacles présentés dans une bonne vingtaine de lieux chargés d'histoire en plus d'activités diverses conjuguées au rythme de toutes les disciplines artistiques ayant un lien avec le théâtre. Les têtes d'affiche sont nombreuses, les vedettes et les équipes de télé sont partout.

Rencontrer et dire

Un curieux qui voudrait suivre tout le festival y arriverait difficilement et devrait mettre de côté la majorité des rencontres proposées afin de ne voir que les spectacles. Mais ce n'est rien comparativement à toute l'effervescence générée par l'Off d'Avignon, qui offre dans son ensemble pas moins de 950 spectacles!

N'empêche que, malgré l'implacable lumière du soleil et l'avalanche des concerts, des expositions et des rencontres proposés partout, malgré la présence de Denis Lavant, de Jeanne Moreau ou de Laure Adler, Avignon ne parle cette année que de Wajdi Mouawad.

Wajdi Mouawad qui présente quatre spectacles ici, on le sait, et qui est l'artiste associé du festival. Qui sera aussi de toute une série d'événements, rencontres multidisciplinaires, discussions et débats avec le public et ou des spécialistes, et que l'on entendra régulièrement à la radio et à la télé, où il interviendra à plusieurs reprises puisque les chaînes Arte et France Culture sont des partenaires du festival: c'est là qu'on pourra entendre une version radiophonique d'Incendies et même un texte spécialement écrit par Mouawad pour Jane Birkin (Discours guerriers-Paroles guerrières), qui sera diffusé en direct le 15 juillet. En fait, il sera partout jusqu'à la fin du festival.

Mais il y a surtout qu'il est déjà lié à l'édition 2009 d'Avignon depuis plus de deux ans, comme le racontaient Vincent Baudriller et Hortense Archambault en ouvrant le festival il y a quelques jours. La programmation d'Avignon reflète directement l'intensité de la rencontre entre Mouawad et les deux directeurs artistiques de l'événement: elle traduit directement les préoccupations qui animent ses spectacles, les questions qui torturent son âme comme la nôtre. Chacun des artistes invités, chacune des productions témoigne des interrogations de Wajdi Mouawad sur l'incohérence du monde et la violence qui caractérise aussi, autant que l'art, autant que l'amour, l'histoire de toutes les sociétés humaines. S'il fallait citer un thème traduisant la programmation d'Avignon cette année, ce serait celui-là: comment fait-on pour parler de cela au théâtre?

Il en découle que ce regard, cette façon de raconter des histoires au théâtre, cette interrogation sur la narration est au centre tout autant de l'oeuvre de Mouawad que de ce que l'on peut voir ici. Et c'est ainsi que les spectacles proposés cette année racontent des histoires de façon différente et que la façon même dont elles sont racontées est au coeur de ce qu'elles disent. Voilà aussi pourquoi on voit autant de Québécois à Avignon cet été. Parce que leur façon de raconter est aussi importante que ce qu'ils racontent.

Forte présence

En fait, on entend beaucoup l'accent québécois à Avignon depuis quelques jours. Comédiens, dramaturges, metteurs en scène, chorégraphes, danseurs, poètes et cinéastes, ajoutez encore un ou deux directeurs de festival, une demi-douzaine de journalistes, des universitaires, et même la ministre St-Pierre entourée de quelques hauts fonctionnaires... tout le milieu culturel québécois semble s'être donné Avignon comme destination cet été!

C'est qu'en approfondissant sa rencontre avec les deux directeurs artistiques du festival, Wajdi Mouawad leur a aussi fait rencontrer des créateurs de chez nous. Parmi ceux-là, Denis Marleau — un habitué d'Avignon, où il a déjà proposé Maîtres anciens, Le Passage de l'Indiana, Nathan le Sage, Le Petit Köchel et Les Aveugles — s'interroge depuis longtemps sur les formes théâtrales et il n'y a aucune surprise à voir son brillant Une fête pour Boris de Thomas Bernhard présenté à la Chartreuse de Villeneuve lez Avignon. L'étonnante rigueur de sa mise en scène, l'ingéniosité de son travail sur les effigies tout comme la prestation éblouissante de Christiane Pasquier font jaser ici presque autant que la démesure de la nuit Mouawad de la Cour d'honneur.

Mais Avignon accueille aussi cette année, dans la chapelle des Pénitents blancs, l'incandescent Christian Lapointe qui, dans C.H.S., que l'on a pu voir à l'Espace Go puis au Théâtre d'Aujourd'hui, explore lui aussi la narration au théâtre en l'approchant de façon beaucoup plus symbolique pour faire surgir le sens à travers des images scéniques implantées dans la tête du spectateur. Le chorégraphe Dave St-Pierre, qui s'installera au cloître des Célestins plus tard en fin de festival avec Un peu de tendresse bordel de merde!, travaille dans la provocation directe pour en arriver à mieux toucher l'autre. L'expérimentation et les nouveaux langages sont aussi au coeur des préoccupations de la chorégraphe Lynda Gaudreault qui, dans Out: of Passion, participe, avec Clara Furey et Anick La Bissonière en scénographe, à Sujets à vif, un des volets exploratoires du festival. La performeuse Antonija Livingstone participera au même volet du festival avec Culture et administration, avec la chorégraphe Jennifer Lacey, en s'inspirant de l'oeuvre de Gertrude Stein.

À cette présence québécoise déjà très forte, il faut aussi ajouter, dans le cadre de la Vingt-cinquième heure, le Projet McQueen de la poétesse Renée Gagnon, qui explore l'irruption de la fiction dans la réalité et, dans le volet Territoires cinématographiques, trois films du cinéaste Rodrigue Jean, dont Lost Song, à l'écriture duquel a participé... Wajdi Mouawad.

Et ce n'est pas tout! Hier après-midi, par exemple, la cour du cloître Saint-Louis accueillait un débat organisé par le CALQ («Regards croisés sur le théâtre contemporain québécois») animé par l'éditeur Émile Lansman, auquel participaient entre autres Marie-Hélène Falcon du FTA, Martin Faucher du CQT et Benoît Vermeulen du Théâtre Le Clou. Si jamais vous doutez encore de la couleur québécoise d'Avignon cet été, vous pouvez jeter un coup d'oeil au site Internet du festival (www.festival-avignon.com) et en profiter pour admirer l'affiche officielle réalisée par Lino, un artiste que Wajdi Mouawad nous a fait découvrir en l'invitant à illustrer ses spectacles et ses programmes alors qu'il dirigeait le Quat'Sous. Et tout cela sans parler encore de l'Off... où l'on retrouve bien sûr une compagnie québécoise.
 
 
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