Festival d'Avignon - Les Atrides chez les papes
10 juillet 2009
Théâtre
Photo : Agence France-Presse
Le comédien Emmanuel Schwartz (devant) et (de gauche à droite) Marie-Ève Perron, Tewfik Jallab, Guillaume Séverac-Schmitz, Catherine Larochelle, lors d’une répétition générale, mardi à Avignon, de la pièce Littoral, de Wajdi Mouawad.
Une nuit de spectacle du crépuscule à l'aube: l'auteur et metteur en scène libano-québécois Wajdi Mouawad a fait résonner la cour d'honneur avec sa trilogie
Avignon — C'est par une sorte d'interminable délire d'applaudissements, de bravos, de cris et de larmes moins que plus contenues que s'est terminée, hier matin vers 7h30, la trilogie de Wajdi Mouawad regroupant Littoral, Incendies et Forêts dans un seul spectacle de plus de 11 heures, entractes compris. Un véritable marathon rythmé par des bourrasques de Mistral venant donner à l'ensemble une dimension épique et des teintes parfois presque irréelles. Une sorte d'épopée, de bombardement intensif dont il était difficile de sortir indemne.
Il faut dire que Mouawad a mis le paquet en regroupant ses trois spectacles reliés, tous, par un même thème double: celui de l'incohérence et de la démesure des comportements humains. Théâtre de l'odyssée, «de la rentrée chez soi et en soi», comme Mouawad aime à le dire plutôt que de parler de théâtre de la quête («sortir de soi»), cette épopée de la violence ordinaire et du sang de toutes les guerres a semblé toucher au coeur les 2000 spectateurs de l'immense et très impressionnante salle de la cour d'honneur: à peine quelques-uns auront quitté les lieux avant la fin, trop affectés par le froid mordant du milieu de la nuit.
Avec le recul — et à cause probablement de la majesté du lieu ouvert sur le ciel étoilé —, il faut souligner également à quel point ces trois pièces de Wajdi Mouawad s'abreuvent aux mythes de la tragédie grecque, où le poids des gestes posés, que l'on en saisisse la portée ou non, réussit toujours à rattraper les humains à la recherche des origines de leurs comportements. Le long bras sanglant du destin se fait toujours ici implacable à travers les histoires admirablement compliquées que sait tisser l'auteur. Pourquoi s'offusquer, au milieu de tant d'admirables répliques et d'audaces scéniques, de quelques incohérences de formes et de sens: la démesure a droit de cité, là aussi.
N'empêche que la cour d'honneur du palais des Papes n'est pas un lieu facile à habiter: il aura fallu attendre le milieu de Forêts, presque au point du jour, vers les 4h30, pour sentir les spectateurs complètement conquis, rivés au récit malgré les froides bourrasques de vent. Avant, la magie opérait, oui, mais à un moindre régime, laissant d'abord le texte des trois spectacles s'imposer dans toute sa force et sa violence alors que, «isolées», Incendies et surtout Forêts apparaissaient comme des miracles aboutis de mise en scène où tout pouvait surgir de rien. Ici, Mouawad le metteur en scène n'aura pas eu le temps d'exploiter au maximum le gigantisme du lieu, même si ceux qui ont vu les versions précédentes des trois spectacles peuvent constater la somme impressionnante des modifications apportées au nouvel ensemble.
Au final, cette trilogie a laissé le public d'Avignon sonné par la force du verbe et par l'invention et l'audace de la mise en scène de Wajdi Mouawad, tout autant que par la force habitant ses équipes de comédiens. Mais, il faut le dire encore, c'est lorsque Andrée Lachapelle est apparue dans la dernière partie d'Incendies que tous les morceaux du puzzle ont commencé à se mettre en place. À partir de là, tout annonçait déjà le triomphe qui allait exploser au petit matin.
***
Trilogie - Littoral, Incendies, Forêts
Texte et mise en scène: Wajdi Mouawad. Avec une équipe de plus de 100 comédiens et
techniciens. Création d'Au Carré de l'Hypoténuse et d'Abé Carré Cé Carré, coproduite par une multitude de partenaires dont le Festival d'Avignon et présentée en ouverture officielle
de l'événement dans la cour d'honneur du palais des Papes.
Avignon — C'est par une sorte d'interminable délire d'applaudissements, de bravos, de cris et de larmes moins que plus contenues que s'est terminée, hier matin vers 7h30, la trilogie de Wajdi Mouawad regroupant Littoral, Incendies et Forêts dans un seul spectacle de plus de 11 heures, entractes compris. Un véritable marathon rythmé par des bourrasques de Mistral venant donner à l'ensemble une dimension épique et des teintes parfois presque irréelles. Une sorte d'épopée, de bombardement intensif dont il était difficile de sortir indemne.
Il faut dire que Mouawad a mis le paquet en regroupant ses trois spectacles reliés, tous, par un même thème double: celui de l'incohérence et de la démesure des comportements humains. Théâtre de l'odyssée, «de la rentrée chez soi et en soi», comme Mouawad aime à le dire plutôt que de parler de théâtre de la quête («sortir de soi»), cette épopée de la violence ordinaire et du sang de toutes les guerres a semblé toucher au coeur les 2000 spectateurs de l'immense et très impressionnante salle de la cour d'honneur: à peine quelques-uns auront quitté les lieux avant la fin, trop affectés par le froid mordant du milieu de la nuit.
Avec le recul — et à cause probablement de la majesté du lieu ouvert sur le ciel étoilé —, il faut souligner également à quel point ces trois pièces de Wajdi Mouawad s'abreuvent aux mythes de la tragédie grecque, où le poids des gestes posés, que l'on en saisisse la portée ou non, réussit toujours à rattraper les humains à la recherche des origines de leurs comportements. Le long bras sanglant du destin se fait toujours ici implacable à travers les histoires admirablement compliquées que sait tisser l'auteur. Pourquoi s'offusquer, au milieu de tant d'admirables répliques et d'audaces scéniques, de quelques incohérences de formes et de sens: la démesure a droit de cité, là aussi.
N'empêche que la cour d'honneur du palais des Papes n'est pas un lieu facile à habiter: il aura fallu attendre le milieu de Forêts, presque au point du jour, vers les 4h30, pour sentir les spectateurs complètement conquis, rivés au récit malgré les froides bourrasques de vent. Avant, la magie opérait, oui, mais à un moindre régime, laissant d'abord le texte des trois spectacles s'imposer dans toute sa force et sa violence alors que, «isolées», Incendies et surtout Forêts apparaissaient comme des miracles aboutis de mise en scène où tout pouvait surgir de rien. Ici, Mouawad le metteur en scène n'aura pas eu le temps d'exploiter au maximum le gigantisme du lieu, même si ceux qui ont vu les versions précédentes des trois spectacles peuvent constater la somme impressionnante des modifications apportées au nouvel ensemble.
Au final, cette trilogie a laissé le public d'Avignon sonné par la force du verbe et par l'invention et l'audace de la mise en scène de Wajdi Mouawad, tout autant que par la force habitant ses équipes de comédiens. Mais, il faut le dire encore, c'est lorsque Andrée Lachapelle est apparue dans la dernière partie d'Incendies que tous les morceaux du puzzle ont commencé à se mettre en place. À partir de là, tout annonçait déjà le triomphe qui allait exploser au petit matin.
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Trilogie - Littoral, Incendies, Forêts
Texte et mise en scène: Wajdi Mouawad. Avec une équipe de plus de 100 comédiens et
techniciens. Création d'Au Carré de l'Hypoténuse et d'Abé Carré Cé Carré, coproduite par une multitude de partenaires dont le Festival d'Avignon et présentée en ouverture officielle
de l'événement dans la cour d'honneur du palais des Papes.
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