Théâtre - Nuit de violences au Palais des papes
8 juillet 2009
Théâtre
Wajdi Mouawad lors d’une répétition tenue dans la Cour des papes.
Pour la première fois, c'est avec l'oeuvre d'un dramaturge (et metteur en scène) québécois, que l'on lance une édition du festival d'Avignon. Et comme l'oeuvre de Wajdi Mouawad est une oeuvre démesurée, les directeurs du festival ont voulu souligner son caractère exceptionnel en mettant en scène un événement hors du commun, toute une nuit durant, en pleine Cour d'honneur du Palais des papes...
Avignon — Semaine caniculaire à Avignon, où s'ouvre ce soir la 63e édition du festival de théâtre le plus important de toute la francophonie avec la présentation des trois premières pièces du quatuor Le Sang des promesses de Wajdi Mouawad, données en rafale dans le Saint des Saints de la Cour d'honneur du Palais.
La nouvelle version de Littoral «coupée du tiers environ, et réécrite, retravaillée» par Mouawad lance le bal, puis, après une pause d'une heure trente durant laquelle les 2000 spectateurs pourront discuter l'affaire en croquant un sandwich, ils assisteront coup sur coup à Incendies et, à peine 30 minutes plus tard, à Forêts, dans une version comprenant une petite pause d'une quinzaine de minutes avant le lever du jour, le tout devant se terminer autour de 9h demain matin. Durée de l'événement: «environ 11 heures», comme le disait Wajdi Mouawad en souriant légèrement hier matin en conférence de presse au cloître Saint-Louis. Une fabuleuse folie! Une première toutes catégories dans l'histoire d'Avignon, comme dans l'histoire du théâtre au Québec.
Côté cour...
Wajdi Mouawad n'est toutefois pas le premier Québécois à être invité à Avignon; c'est plutôt Denis Marleau qui détient le record à ce chapitre et qui est devenu un véritable habitué du festival, qu'il fréquente déjà depuis plus d'une décennie. Il sera présent cette année, pour la sixième fois, avec son éblouissant Une fête pour Boris, de Thomas Bernhard, créé il y a quelques semaines au FTA. Mais c'est par contre la toute première fois que le spectacle d'ouverture du festival présenté dans l'immense Cour d'honneur du Palais des papes est québécois. Et la première fois, encore, que le festival s'ouvre sur trois spectacles en un. Cette fameuse Cour d'honneur est effectivement un endroit extrêmement impressionnant. Wajdi Mouawad, qui vient à peine de terminer le premier filage des trois spectacles, dit que le fait d'y jouer le plonge dans «un sentiment festif ahurissant, une joie insoupçonnée et presque indescriptible» alors que la grande Andrée Lachapelle, la mère d'Incendies dont le testament lance ses deux rejetons «québécois» sur la trace de leurs sanglantes origines, parle, elle, d'un «espace épique, émouvant, énorme»...
Il suffit de mettre les pieds dans cet espace surdimensionné pour se sentir envahi par une très forte émotion. Immense, chargé d'histoire, ouvert sur le ciel de Provence, sur les étoiles, la pluie ou le fameux mistral qui peut se lever n'importe quand et foutre par terre le moindre décor, «c'est un lieu qui n'a pas été pensé pour être un théâtre, mais qui est devenu une sorte d'espace mythique», comme dit Mouawad. Depuis que Jean Vilar a eu l'idée d'y installer des gradins pour la première fois, c'est aussi un lieu qui influence, qui conditionne même directement la scénographie des productions qu'on y présente. C'est la raison pour laquelle il a fallu que Wajdi Mouawad reprenne la mise en scène des trois spectacles, l'immensité de la scène influençant directement le rythme des simples déplacements des personnages. L'on peut dire aussi que la simple idée de proposer 11 heures d'un théâtre mettant en scène toutes les violences et les incompréhensions dont les humains sont capables témoigne bien de cette démesure.
Littoral, Incendies et Forêts seront donc pour la première fois présentés en rafale, et pour que la chose soit possible, sans redondances aucunes et sans trop d'artifices, une série de «fils rouges» viendront relier les trois spectacles. «C'est par la scénographie, les éléments sonores et par les acteurs aussi que l'on sentira ce lien, explique le metteur en scène, mais j'ai d'abord voulu simplifier mes histoires pour les mieux complexifier. C'est ce qui fait, par exemple, que certains passages d'Incendies disparaîtront ici puisqu'ils auront été évoqués dans la nouvelle version de Littoral; par contre, lorsque la pièce sera jouée seule, ces passages seront réinsérés dans le texte... Chacune des trois histoires est toujours indépendante, centrée sur un élément premier — l'eau, le feu... —, mais le fait de les présenter ensemble leur donne un relief étonnant et j'ai saisi là des choses et des rapports que je n'avais pas vus encore. Comme par exemple le fait que Littoral se termine sur la mise en terre d'un père et qu'Incendies débute sur la lecture d'un testament...»
Partout en même temps
Andrée Lachapelle, rencontrée un peu plus tard sur la place de l'Horloge en plein coeur d'Avignon, soulignait à quel point Wajdi Mouawad est un être rassembleur et que la petite armée de 110 personnes qui forme l'équipe des trois spectacles est une véritable famille.
«Pour une comédienne comme moi, son calme rassurant est un véritable bonheur. C'est un homme qui a une vision claire, mais qui respecte les autres et qui ne juge jamais; il est toujours le même: humble, rassurant, prêt à vous écouter toujours, et c'est pour moi un véritable privilège que d'être ici pour reprendre mon rôle... même si je ne serai pas de la tournée de trois mois qui s'amorce après Avignon. Là, c'est plutôt Ginette Morin qui va prendre ma place.»
Il sera très difficile, et personne ne semble s'en plaindre ici, de ne pas voir Wajdi Mouawad durant cette 63e édition puisqu'il sera partout. Sur scène d'abord, alors que la folie Mouawad de la nuit se poursuivra tout le week-end dans la Cour d'honneur — faut-il préciser que les 8000 billets sont disparus aussi vite que les baguettes de pain chez le boulanger le matin? — et que Ciels, le dernier morceau du quatuor, sera créé la semaine prochaine au parc des Expositions de Châteaublanc. En conférence de presse, il précisait que Ciels ne pouvait pas être présenté en même temps que les trois premières pièces du quatuor puisque la scénographie inclut le spectateur d'une façon tout à fait différente... mais il nous reparlera de tout cela un peu plus tard, le jour de la création du spectacle.
D'ici là, il sera partout en même temps — ou presque — parce qu'il est, on le sait, l'artiste associé du festival cette année et que c'est à travers les préoccupations mises en relief par ses oeuvres que s'est construite toute la programmation 2009... Ce qui explique évidemment la très nombreuse participation des artistes québécois au festival.
Avignon — Semaine caniculaire à Avignon, où s'ouvre ce soir la 63e édition du festival de théâtre le plus important de toute la francophonie avec la présentation des trois premières pièces du quatuor Le Sang des promesses de Wajdi Mouawad, données en rafale dans le Saint des Saints de la Cour d'honneur du Palais.
La nouvelle version de Littoral «coupée du tiers environ, et réécrite, retravaillée» par Mouawad lance le bal, puis, après une pause d'une heure trente durant laquelle les 2000 spectateurs pourront discuter l'affaire en croquant un sandwich, ils assisteront coup sur coup à Incendies et, à peine 30 minutes plus tard, à Forêts, dans une version comprenant une petite pause d'une quinzaine de minutes avant le lever du jour, le tout devant se terminer autour de 9h demain matin. Durée de l'événement: «environ 11 heures», comme le disait Wajdi Mouawad en souriant légèrement hier matin en conférence de presse au cloître Saint-Louis. Une fabuleuse folie! Une première toutes catégories dans l'histoire d'Avignon, comme dans l'histoire du théâtre au Québec.
Côté cour...
Wajdi Mouawad n'est toutefois pas le premier Québécois à être invité à Avignon; c'est plutôt Denis Marleau qui détient le record à ce chapitre et qui est devenu un véritable habitué du festival, qu'il fréquente déjà depuis plus d'une décennie. Il sera présent cette année, pour la sixième fois, avec son éblouissant Une fête pour Boris, de Thomas Bernhard, créé il y a quelques semaines au FTA. Mais c'est par contre la toute première fois que le spectacle d'ouverture du festival présenté dans l'immense Cour d'honneur du Palais des papes est québécois. Et la première fois, encore, que le festival s'ouvre sur trois spectacles en un. Cette fameuse Cour d'honneur est effectivement un endroit extrêmement impressionnant. Wajdi Mouawad, qui vient à peine de terminer le premier filage des trois spectacles, dit que le fait d'y jouer le plonge dans «un sentiment festif ahurissant, une joie insoupçonnée et presque indescriptible» alors que la grande Andrée Lachapelle, la mère d'Incendies dont le testament lance ses deux rejetons «québécois» sur la trace de leurs sanglantes origines, parle, elle, d'un «espace épique, émouvant, énorme»...
Il suffit de mettre les pieds dans cet espace surdimensionné pour se sentir envahi par une très forte émotion. Immense, chargé d'histoire, ouvert sur le ciel de Provence, sur les étoiles, la pluie ou le fameux mistral qui peut se lever n'importe quand et foutre par terre le moindre décor, «c'est un lieu qui n'a pas été pensé pour être un théâtre, mais qui est devenu une sorte d'espace mythique», comme dit Mouawad. Depuis que Jean Vilar a eu l'idée d'y installer des gradins pour la première fois, c'est aussi un lieu qui influence, qui conditionne même directement la scénographie des productions qu'on y présente. C'est la raison pour laquelle il a fallu que Wajdi Mouawad reprenne la mise en scène des trois spectacles, l'immensité de la scène influençant directement le rythme des simples déplacements des personnages. L'on peut dire aussi que la simple idée de proposer 11 heures d'un théâtre mettant en scène toutes les violences et les incompréhensions dont les humains sont capables témoigne bien de cette démesure.
Littoral, Incendies et Forêts seront donc pour la première fois présentés en rafale, et pour que la chose soit possible, sans redondances aucunes et sans trop d'artifices, une série de «fils rouges» viendront relier les trois spectacles. «C'est par la scénographie, les éléments sonores et par les acteurs aussi que l'on sentira ce lien, explique le metteur en scène, mais j'ai d'abord voulu simplifier mes histoires pour les mieux complexifier. C'est ce qui fait, par exemple, que certains passages d'Incendies disparaîtront ici puisqu'ils auront été évoqués dans la nouvelle version de Littoral; par contre, lorsque la pièce sera jouée seule, ces passages seront réinsérés dans le texte... Chacune des trois histoires est toujours indépendante, centrée sur un élément premier — l'eau, le feu... —, mais le fait de les présenter ensemble leur donne un relief étonnant et j'ai saisi là des choses et des rapports que je n'avais pas vus encore. Comme par exemple le fait que Littoral se termine sur la mise en terre d'un père et qu'Incendies débute sur la lecture d'un testament...»
Partout en même temps
Andrée Lachapelle, rencontrée un peu plus tard sur la place de l'Horloge en plein coeur d'Avignon, soulignait à quel point Wajdi Mouawad est un être rassembleur et que la petite armée de 110 personnes qui forme l'équipe des trois spectacles est une véritable famille.
«Pour une comédienne comme moi, son calme rassurant est un véritable bonheur. C'est un homme qui a une vision claire, mais qui respecte les autres et qui ne juge jamais; il est toujours le même: humble, rassurant, prêt à vous écouter toujours, et c'est pour moi un véritable privilège que d'être ici pour reprendre mon rôle... même si je ne serai pas de la tournée de trois mois qui s'amorce après Avignon. Là, c'est plutôt Ginette Morin qui va prendre ma place.»
Il sera très difficile, et personne ne semble s'en plaindre ici, de ne pas voir Wajdi Mouawad durant cette 63e édition puisqu'il sera partout. Sur scène d'abord, alors que la folie Mouawad de la nuit se poursuivra tout le week-end dans la Cour d'honneur — faut-il préciser que les 8000 billets sont disparus aussi vite que les baguettes de pain chez le boulanger le matin? — et que Ciels, le dernier morceau du quatuor, sera créé la semaine prochaine au parc des Expositions de Châteaublanc. En conférence de presse, il précisait que Ciels ne pouvait pas être présenté en même temps que les trois premières pièces du quatuor puisque la scénographie inclut le spectateur d'une façon tout à fait différente... mais il nous reparlera de tout cela un peu plus tard, le jour de la création du spectacle.
D'ici là, il sera partout en même temps — ou presque — parce qu'il est, on le sait, l'artiste associé du festival cette année et que c'est à travers les préoccupations mises en relief par ses oeuvres que s'est construite toute la programmation 2009... Ce qui explique évidemment la très nombreuse participation des artistes québécois au festival.
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