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L'entrevue - Montréal sur les traces d'Édimbourg

Fabien Deglise   29 juin 2009  Théâtre
Lucy Eveleigh, directrice du festival Zoofest
Photo : Pascal Ratthé
Lucy Eveleigh, directrice du festival Zoofest
Soixante-dix spectacles, cent vingt artistes, seize jours. Le nouveau venu des festivals estivaux de Montréal, le Zoofest, se prépare à faire des premiers pas plutôt modestes, le 10 juillet prochain dans la métropole, avec sa programmation bigarrée, multidisciplinaire et à la marge. Mais ce n'est qu'un début, prévient la pilote de l'objet culturel planant,

Lucy Eveleigh, qui veut faire de cet événement le festival des festivals à Montréal dans les prochaines années. À l'image du Festival international d'Édimbourg, en Écosse, d'où elle a d'ailleurs été débauchée.

Faire de Montréal l'Édimbourg d'Amérique du Nord? Le projet est ambitieux, mais, depuis un an, il est inscrit à l'agenda de l'ancienne directrice générale de l'Edinburgh Festival Fringe, une manifestation culturelle qui bat son plein chaque mois d'août de l'année dans la métropole écossaise, contribuant du coup à l'incroyable bouillonnement festivalier pour aoûtiens de cette capitale.

Avec son million de visiteurs, ses spectacles musicaux, ses pièces de théâtre en rafale, ses expositions en tout genre, son salon du livre, ses centaines de films internationaux à l'affiche et son buffet de jazz, l'endroit revendique d'ailleurs depuis 2003 le titre de ville où se joue en août «le plus grand festival du monde». Rien de moins. Et forcément, tout ça laisse rêveur.

«C'est énorme», confirme Lucy Eveleigh avec un charmant accent du Somerset anglais. Le Devoir l'a rencontrée à quelques jours du coup d'envoi du Zoofest, au bord du très bruyant et «tellement montréalais» boulevard Saint-Laurent. «Édimbourg offre pendant un mois une orgie de spectacles et d'activités culturelles. Cela crée une masse critique importante pour les artistes, le tourisme, l'industrie du divertissement, l'économie locale, et je crois qu'il y a tout pour reproduire ce modèle à Montréal.»

Celle qui a présidé au destin du célèbre Pleasance Theatre de Londres y croit dur comme fer... tout comme, d'ailleurs, le gourou de l'humour au Québec, Gilbert Rozon, qui, sans tambour ni trompette, a décidé de lui mettre le projet entre les mains. «Il m'a rencontrée à Édimbourg il y a quelques années, raconte-t-elle. J'ai travaillé un an pour lui et le festival Juste pour rire, histoire d'apprivoiser la ville, les lieux, et depuis un an, je me consacre au Zoofest.»

Un moteur de création

Planifié et orchestré par Rozon comme un autre moteur de la création à Montréal, ce nouveau festival est également parrainé par l'homme aux grosses américaines décapotables qui produit une poignée de spectacles de ce Zoofest. Son budget de l'an un, d'un million de dollars, est également intimement lié aux trois millions que Juste pour rire a obtenus cette année du Programme des manifestations touristiques de renom d'Industrie Canada.

«Mais nous sommes voués à voler de nos propres ailes dans les prochaines années», loin de la multinationale de la blague en tout genre, assure Mme Eveleigh, qui, avant même le début de la première édition de son zoo festif, rêve déjà à la suite des choses: «Un mois de festivités dans un espace consacré autant aux artistes émergents qu'à ceux plus établis» et où comédie, art du cirque, créations littéraires, vocales et numériques, sur pellicule ou enchâssées dans des fichiers sonores, vont avoir droit de cité. Dans les deux langues officielles, et à bas prix.

«J'aime l'idée de construire quelque chose d'unique à Montréal», dit l'ancienne actrice — elle a joué dans The Mousetrap (La Souricière) d'Agatha Christie sur les planches du Toronto Truck Theatre en 2003. «C'est une ville fantastique, inspirée par l'art et inspirante, où tout est possible. Son caractère bilingue la rend aussi très intéressante. Cela forme une ébullition créatrice dont Zoofest va certainement pouvoir tirer profit.»

Sa première programmation cherche d'ailleurs un peu à en témoigner en dispersant dans plusieurs petits et grands théâtres de la métropole — le Théâtre de l'Esquisse, rue Marie-Anne, et le Mainline Theatre, sur Saint-Laurent, sont du nombre — une pièce d'Alain Mercieca sur l'écriture et l'amour; du grand burlesque, des rencontres sur le thème des messages-textes inappropriés, un conte musical pour la famille, tout comme des spectacles d'humour baptisés Les Show XXX, qui frappent, souvent sans grande classe, en dessous de la ceinture.

«C'est un peu comme une pizza, résume Lucy Eveleigh. Chacun va pouvoir choisir sa garniture et composer son propre festival. Tout est également mis en place pour permettre aux gens de voir quatre spectacles par jour s'ils le veulent. Ça se passe comme ça, à Édimbourg», où convergent année après année les amateurs d'art autant que des acheteurs de spectacles de partout sur la planète, attirés par la multiplication et la diversité de l'offre. «C'est ce que nous voulons faire à Montréal.»

Le talent en action

Même si elle reconnaît que l'identité de son Zoofest, qui a changé trois fois de nom dans les jours précédant sa mise au monde — Chaos a été envisagé —, reste encore nébuleuse, surtout par rapport aux autres festivals de l'été, la grande patronne de l'événement pense toutefois être sur la bonne voie. Et elle ne se formalise pas du fait que plusieurs journalistes culturels de Montréal ont négligé le lancement de ce festival, croyant, vu le nom de l'événement, tout comme son logo — une panthère noire montée sur des ailes en or —, qu'il s'agissait d'un truc rock métal ou, pire, d'un autre salon commercial consacré aux animaux.

«L'image, le contenu, l'approche vont se définir au fur et à mesure, estime Lucy Eveleigh. À la fin de cette première édition, nous allons avoir une meilleure idée de ce à quoi va ressembler ce festival. La seule façon d'améliorer la chose, c'est de mettre le talent de cette ville en action, ce que nous allons faire dans quelques jours.»






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