Théâtre - Mouvement perpétuel
16 juin 2009
Théâtre
Chaque année, c'est pareil; quand la plupart des compagnies ont terminé leur saison et que déferle la première grande vague des festivals de l'été, le temps est déjà venu de se quitter. On écrit la dernière chronique de la saison, sniff, on nettoie son pupitre, on se rince les mains et on plonge dans l'été, loin de la ville, loin des scènes de théâtre. Rideau! Sur fond de montagnes vertes, de préférence...
Mais pas cette année.
Cette année, le scénario habituel sera un peu différent puisque nous nous reverrons dès le 8 juillet, le jour même de l'ouverture officielle du festival d'Avignon avec, coup sur coup, de 20h à 8h, dans la Cour d'honneur du Palais des papes, trois pièces de Wajdi Mouawad: Littoral, Incendies, Forêts. Durant deux semaines, nous suivrons pour vous le festival en accordant une attention particulière aux Québécois par dizaines qui se sont pointés là-bas cet été... Mais nous n'en sommes pas tout à fait là. Voilà plutôt venu le difficile moment de la dernière chronique de la saison. Re-sniff.
Une saison riche, il faut le dire. En plus de suivre la programmation régulière déjà fort chargée des compagnies d'ici, nos lecteurs auront pu plonger avec nous dans une bonne demi-douzaine de festivals, ici comme en France, et se voir décrire des approches neuves et stimulantes tout autant que des démarches affirmées et mûries tout juste ce qu'il faut. Comme celle d'André Brassard, par exemple, qui nous a donné un Beckett bouleversant (Oh les beaux jours) à l'Espace Go; comme celles, aussi, de Brigitte Haentjens dans son déstabilisant Woyzeck, et du tandem Marleau-Pasquier dans l'insupportablement juste Complexe de Thénardier de José Pliya. Des productions remarquables, des oeuvres fortes, ressourçantes par les questions ou l'intensité des sentiments qu'elles font se mouvoir en nous. Qui font la preuve du fait que le théâtre est, beaucoup plus qu'un divertissement, un «service essentiel» comme se plaît à le dire Martin Faucher du CQT.
Bien sûr, on a vu des trucs moins réussis, des essais ratés et des tentatives à oublier. Mais il faut surtout retenir que, depuis septembre dernier, se sont affirmées ici des signatures exceptionnelles: le Krum de Warlikowski au CNA, Jan Favre et Pippo Delbono au FTA ou encore le Seuls de Wajdi Mouawad au Théâtre d'Aujourd'hui. On a vu des metteurs en scène confirmer la qualité de leur travail: Maxime Denommée (Après la fin), Denis Bernard (Pillowman), Lorraine Pintal (La Charge de l'orignal épormyable), Jean-Marie Papapietro, Frédéric Blanchette, Frédéric Dubois et plusieurs autres qui viennent chaque année enrichir un milieu pourtant déjà incroyablement productif.
On a vu aussi de nouveaux visages (Félix Beaulieu-Duchesneau et Jocelyn Pelletier) tout comme de plus connus (Andrée Lachapelle, Christiane Pasquier) affirmer clairement leur immense talent. De nouveaux lieux aussi (Aux Écuries), des événements multidisciplinaires audacieux et des festivals — Temps d'images à l'Usine C, Petits bonheurs dans Hochelaga-Maisonneuve — sont venus prendre de plus en plus de place et pour certains atteindre leur maturité en démontrant leur caractère «essentiel» et nécessaire. Même de nouveaux répertoires sont apparus: l'on compte désormais trois fois plus de pièces pour bébés que l'an dernier à pareille date...
Tout au long de l'année cependant, et malgré ce foisonnement de démarches, l'on aura vu aussi un gouvernement sabrer la culture sous de mauvais prétextes.
On a déjà beaucoup glosé sur l'ineptie du gouvernement conservateur dans le dossier de la culture. Tous les commentateurs auront signalé le danger public que représente cette équipe de cow-boys incompétents qui ne parlent que la langue de l'argent, du profit à court terme et de la rentabilité des investissements pour le plus grand dénominateur commun. L'alerte rouge est maintenue.
Car voici tout à coup qu'après avoir été l'un des outils privilégiés de notre affirmation, la culture d'ici — et la culture tout court! — est en danger; c'est assez incroyable, non! Même si cela n'a encore servi qu'à conforter James Moore et son patron dans leurs certitudes de réformistes populistes, il ne faut surtout pas cesser de protester contre les bêtises que l'on nous sert en guise d'explications. Comme on dit dans l'Est comme dans l'Ouest: Wo! Ça suffit!
Là-dessus, bon été! Ne baissez pas la garde et revenez-nous à l'automne où j'espère être là pour témoigner encore de la vitalité exceptionnelle de ce milieu en mouvement perpétuel...
En vrac
- L'été est presque là et voilà que l'on est déjà à parachever l'itinéraire de La Roulotte à travers les parcs des quartiers de Montréal. Cette année, un nouveau spectacle prend l'affiche destiné, comme toujours, à toute la famille: il s'agit des Aventures de Lagardère d'après Le Bossu de Paul Féval; c'est Frédéric Bélanger qui a librement adapté le texte et qui signe la mise en scène. La première a lieu à 19h, le 30 juin, au Théâtre de Verdure du parc La Fontaine et jusqu'à la toute fin du mois d'août on donnera une cinquantaine de représentations gratuites du spectacle. Rappelons que cette production de la ville de Montréal est possible grâce aux finissants de l'École nationale de théâtre et du Conservatoire d'art dramatique.
- Il n'y a plus de Masques: vive les Cochons d'or! L'événement, que l'on veut irrévérencieux, est organisé par Carte Premières, et fait toute la place, on s'en doute bien, au théâtre émergent et aux «salles hors circuit». Plus de 42 productions sont en lice pour ce premier gala de la relève théâtrale. Le communiqué reçu au journal précise que, «depuis septembre 2008, une équipe de 19 juges s'est attelée à la tâche prodigieuse de voir tous les spectacles montréalais de la saison de Carte Premières». Le premier Gala des Cochons d'or, qui promet aussi quelques échanges éclairés sur la pratique théâtrale, aura lieu Aux Écuries le 18 juin dès 19h; on réserve sa place au 514 844-1811. Qu'on se le dise!
- Même si la saison est officiellement terminée depuis le week-end dernier au TNM, ça bouge encore du côté de la grande salle de la rue Sainte-Catherine. Un changement d'abord: c'est Maxim Gaudette qui remplacera Benoît McGinnis — qui a dû aussi abandonner son rôle de Mozart dans Amadeus chez Duceppe — dans Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare qui ouvrira la saison, fin septembre. Dans un tout autre ordre d'idées, il ne faut pas oublier non plus la Troupe des abonnés du TNM qui donnera les 19 et 20 juin, deux représentations de Fables d'après Jean de La Fontaine. Michel Forgues signe et la mise en scène et «l'adaptation ludique de l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de la littérature française». Rappelons que, depuis 1994, les membres de la Troupe des abonnés se partagent presque toutes les tâches menant à la production du spectacle. On se renseigne au TNM: 514 878-7878.
*****
mbelair@ledevoir.com
Mais pas cette année.
Cette année, le scénario habituel sera un peu différent puisque nous nous reverrons dès le 8 juillet, le jour même de l'ouverture officielle du festival d'Avignon avec, coup sur coup, de 20h à 8h, dans la Cour d'honneur du Palais des papes, trois pièces de Wajdi Mouawad: Littoral, Incendies, Forêts. Durant deux semaines, nous suivrons pour vous le festival en accordant une attention particulière aux Québécois par dizaines qui se sont pointés là-bas cet été... Mais nous n'en sommes pas tout à fait là. Voilà plutôt venu le difficile moment de la dernière chronique de la saison. Re-sniff.
Une saison riche, il faut le dire. En plus de suivre la programmation régulière déjà fort chargée des compagnies d'ici, nos lecteurs auront pu plonger avec nous dans une bonne demi-douzaine de festivals, ici comme en France, et se voir décrire des approches neuves et stimulantes tout autant que des démarches affirmées et mûries tout juste ce qu'il faut. Comme celle d'André Brassard, par exemple, qui nous a donné un Beckett bouleversant (Oh les beaux jours) à l'Espace Go; comme celles, aussi, de Brigitte Haentjens dans son déstabilisant Woyzeck, et du tandem Marleau-Pasquier dans l'insupportablement juste Complexe de Thénardier de José Pliya. Des productions remarquables, des oeuvres fortes, ressourçantes par les questions ou l'intensité des sentiments qu'elles font se mouvoir en nous. Qui font la preuve du fait que le théâtre est, beaucoup plus qu'un divertissement, un «service essentiel» comme se plaît à le dire Martin Faucher du CQT.
Bien sûr, on a vu des trucs moins réussis, des essais ratés et des tentatives à oublier. Mais il faut surtout retenir que, depuis septembre dernier, se sont affirmées ici des signatures exceptionnelles: le Krum de Warlikowski au CNA, Jan Favre et Pippo Delbono au FTA ou encore le Seuls de Wajdi Mouawad au Théâtre d'Aujourd'hui. On a vu des metteurs en scène confirmer la qualité de leur travail: Maxime Denommée (Après la fin), Denis Bernard (Pillowman), Lorraine Pintal (La Charge de l'orignal épormyable), Jean-Marie Papapietro, Frédéric Blanchette, Frédéric Dubois et plusieurs autres qui viennent chaque année enrichir un milieu pourtant déjà incroyablement productif.
On a vu aussi de nouveaux visages (Félix Beaulieu-Duchesneau et Jocelyn Pelletier) tout comme de plus connus (Andrée Lachapelle, Christiane Pasquier) affirmer clairement leur immense talent. De nouveaux lieux aussi (Aux Écuries), des événements multidisciplinaires audacieux et des festivals — Temps d'images à l'Usine C, Petits bonheurs dans Hochelaga-Maisonneuve — sont venus prendre de plus en plus de place et pour certains atteindre leur maturité en démontrant leur caractère «essentiel» et nécessaire. Même de nouveaux répertoires sont apparus: l'on compte désormais trois fois plus de pièces pour bébés que l'an dernier à pareille date...
Tout au long de l'année cependant, et malgré ce foisonnement de démarches, l'on aura vu aussi un gouvernement sabrer la culture sous de mauvais prétextes.
On a déjà beaucoup glosé sur l'ineptie du gouvernement conservateur dans le dossier de la culture. Tous les commentateurs auront signalé le danger public que représente cette équipe de cow-boys incompétents qui ne parlent que la langue de l'argent, du profit à court terme et de la rentabilité des investissements pour le plus grand dénominateur commun. L'alerte rouge est maintenue.
Car voici tout à coup qu'après avoir été l'un des outils privilégiés de notre affirmation, la culture d'ici — et la culture tout court! — est en danger; c'est assez incroyable, non! Même si cela n'a encore servi qu'à conforter James Moore et son patron dans leurs certitudes de réformistes populistes, il ne faut surtout pas cesser de protester contre les bêtises que l'on nous sert en guise d'explications. Comme on dit dans l'Est comme dans l'Ouest: Wo! Ça suffit!
Là-dessus, bon été! Ne baissez pas la garde et revenez-nous à l'automne où j'espère être là pour témoigner encore de la vitalité exceptionnelle de ce milieu en mouvement perpétuel...
En vrac
- L'été est presque là et voilà que l'on est déjà à parachever l'itinéraire de La Roulotte à travers les parcs des quartiers de Montréal. Cette année, un nouveau spectacle prend l'affiche destiné, comme toujours, à toute la famille: il s'agit des Aventures de Lagardère d'après Le Bossu de Paul Féval; c'est Frédéric Bélanger qui a librement adapté le texte et qui signe la mise en scène. La première a lieu à 19h, le 30 juin, au Théâtre de Verdure du parc La Fontaine et jusqu'à la toute fin du mois d'août on donnera une cinquantaine de représentations gratuites du spectacle. Rappelons que cette production de la ville de Montréal est possible grâce aux finissants de l'École nationale de théâtre et du Conservatoire d'art dramatique.
- Il n'y a plus de Masques: vive les Cochons d'or! L'événement, que l'on veut irrévérencieux, est organisé par Carte Premières, et fait toute la place, on s'en doute bien, au théâtre émergent et aux «salles hors circuit». Plus de 42 productions sont en lice pour ce premier gala de la relève théâtrale. Le communiqué reçu au journal précise que, «depuis septembre 2008, une équipe de 19 juges s'est attelée à la tâche prodigieuse de voir tous les spectacles montréalais de la saison de Carte Premières». Le premier Gala des Cochons d'or, qui promet aussi quelques échanges éclairés sur la pratique théâtrale, aura lieu Aux Écuries le 18 juin dès 19h; on réserve sa place au 514 844-1811. Qu'on se le dise!
- Même si la saison est officiellement terminée depuis le week-end dernier au TNM, ça bouge encore du côté de la grande salle de la rue Sainte-Catherine. Un changement d'abord: c'est Maxim Gaudette qui remplacera Benoît McGinnis — qui a dû aussi abandonner son rôle de Mozart dans Amadeus chez Duceppe — dans Beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare qui ouvrira la saison, fin septembre. Dans un tout autre ordre d'idées, il ne faut pas oublier non plus la Troupe des abonnés du TNM qui donnera les 19 et 20 juin, deux représentations de Fables d'après Jean de La Fontaine. Michel Forgues signe et la mise en scène et «l'adaptation ludique de l'un des plus grands chefs-d'oeuvre de la littérature française». Rappelons que, depuis 1994, les membres de la Troupe des abonnés se partagent presque toutes les tâches menant à la production du spectacle. On se renseigne au TNM: 514 878-7878.
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mbelair@ledevoir.com
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