Festival TransAmériques - Il danse avec la mort
Avec Questo Buio Feroce, qui connaissait sa première nord-américaine hier soir, le metteur en scène italien Pippo Delbono se confronte à un spectre qu'on a généralement du mal à regarder en face. Le réputé créateur ne traite pourtant pas la mort, «cette obscurité féroce», avec la lourdeur attendue. En fait, rien n'est vraiment prévisible dans ce spectacle iconoclaste, montage de scènes souvent surprenantes, parfois ludiques, quelques fois indéchiffrables.
Pippo Delbono travaille essentiellement avec l'image, le son (les voix ici sont souvent triturées, déformées) et les corps - dont plusieurs types de physique qu'on n'a pas l'habitude de voir sur scène.
Peu de mots dans ce spectacle. De beaux extraits textuels, tirés de l'autobiographie du romancier américain Harold Brodkey, dont la pièce semble d'abord illustrer le combat contre le sida.
La première image est saisissante. Dans un environnement d'une blancheur clinique, un corps décharné est étendu, presque entièrement dévêtu. Cet espace presque nu se remplit comme une salle d'attente, antichambre de la douleur où officient deux hommes habillés de combinaisons de décontamination. L'expérience de la souffrance humaine incarnée par un corps écartelé.
Puis, le spectacle conjure la Faucheuse par un drôle de carnaval où est conviée toute une humanité, et où se succèdent des tableaux cultivant un goût pour l'incongru. Une évocation grotesque de Cendrillon, une performance de My Way par un crooner en caleçon, un défilé de costumes historiques, un adorable jeu de cache-cache entre deux acteurs attachants (l'un trisomique, l'autre microcéphale)... Des images de la vie, de la mort, et un regard assez féroce sur notre monde.
Avec sa musique envahissante (un menu éclectique, du baroque à Il était une fois dans l'Ouest, en passant par Charles Aznavour), son côté clinique, sa voix hors champ, sa charge d'humour, Questo Buio Feroce tient l'émotion à distance. Ce voyage vers la mort en est un vers la lumière, qui voit le protagoniste chasser les visages grimaçants du deuil pour accéder à une certaine paix. Un pied de nez à l'inévitable.
Collaboratrice du Devoir
***
Questo Buio Feroce
Conception et mise en scène de Pippo Delbono. À l'Usine C, jusqu'au 6 juin.
Pippo Delbono travaille essentiellement avec l'image, le son (les voix ici sont souvent triturées, déformées) et les corps - dont plusieurs types de physique qu'on n'a pas l'habitude de voir sur scène.
Peu de mots dans ce spectacle. De beaux extraits textuels, tirés de l'autobiographie du romancier américain Harold Brodkey, dont la pièce semble d'abord illustrer le combat contre le sida.
La première image est saisissante. Dans un environnement d'une blancheur clinique, un corps décharné est étendu, presque entièrement dévêtu. Cet espace presque nu se remplit comme une salle d'attente, antichambre de la douleur où officient deux hommes habillés de combinaisons de décontamination. L'expérience de la souffrance humaine incarnée par un corps écartelé.
Puis, le spectacle conjure la Faucheuse par un drôle de carnaval où est conviée toute une humanité, et où se succèdent des tableaux cultivant un goût pour l'incongru. Une évocation grotesque de Cendrillon, une performance de My Way par un crooner en caleçon, un défilé de costumes historiques, un adorable jeu de cache-cache entre deux acteurs attachants (l'un trisomique, l'autre microcéphale)... Des images de la vie, de la mort, et un regard assez féroce sur notre monde.
Avec sa musique envahissante (un menu éclectique, du baroque à Il était une fois dans l'Ouest, en passant par Charles Aznavour), son côté clinique, sa voix hors champ, sa charge d'humour, Questo Buio Feroce tient l'émotion à distance. Ce voyage vers la mort en est un vers la lumière, qui voit le protagoniste chasser les visages grimaçants du deuil pour accéder à une certaine paix. Un pied de nez à l'inévitable.
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Questo Buio Feroce
Conception et mise en scène de Pippo Delbono. À l'Usine C, jusqu'au 6 juin.
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