Théâtre: Le petit et le grand (théâtre)
8 avril 2003
Théâtre
Reims — Le théâtre pour les tout-petits est-il un «tout petit» théâtre? Le «grand» théâtre ne peut-il s'adresser qu'aux grands? Et si l'on parle de «théâtre jeune public», faut-il alors parler aussi de «théâtre vieux public»? Malgré ses airs facétieux, la question est intéressante. Qu'on l'aborde sous l'angle du public, des thèmes ou de l'écriture dramatique, elle est intéressante parce qu'elle nous amène à préciser notre rapport au théâtre. Et aux enfants.
Quelques évidences d'abord.
- Quel que soit l'âge du spectateur auquel il s'adresse, le théâtre implique une représentation: on est convié dans un lieu pour assister à une représentation de quelque chose. Et là, tout devient possible. Le Festival de théâtre des Amériques (FTA), qui s'adresse aux grands tout le monde le sait, nous a par exemple fait connaître le déboussolant théâtre sans texte du metteur en scène italien Castelluci. Et depuis longtemps, des compagnies montréalaises se sont aussi amusées à montrer qu'on pouvait faire du théâtre sans comédiens, simplement avec des objets. On peut aussi ajouter à la liste le théâtre musical, le théâtre dansé et le théâtre chanté, le théâtre d'ombre et bien sûr le théâtre de marionnettes (pour enfants ou pour adultes, au choix). Mais toujours, qu'on lui enlève des éléments ou qu'on lui en rajoute, quels que soient les moyens qu'on prend, le théâtre repose d'abord et avant tout sur les émotions qu'il fait surgir.
- Le théâtre pour les grands ne nous convie pas toujours à du «grand» théâtre, on le sait. Il arrive parfois la même chose en théâtre jeunes publics, c'est évident; mais règle générale, on n'y est surtout pas convié à du «petit» théâtre.
- On a commencé un jour à faire du théâtre «jeunes publics» pour proposer autre chose aux enfants que les inepties des multinationales de la planète divertissement: dring, dring, pouêt, pouêt. Jusque-là, la société moderne qui carbure à la consommation et à la performance se contentait fort bien, elle, de considérer les enfants (et aussi la culture en général) comme un marché.
- Comme l'expliquait Anne-Françoise Cabanis, une des pionnières du théâtre pour la petite enfance, lors d'un débat organisé par le festival Méli'môme ou j'étais la semaine dernière: «Le théâtre pour la petite enfance est une expérience de création contemporaine faisant appel à de nouvelles écritures dramatiques et à de nouvelles écritures scéniques qui n'ont rien à voir avec le divertissement facile.» Il faut souligner l'urgence de ce type de proposition artistique dans un monde basé sur la consommation et les sollicitations de tout type. On pourra aller voir ailleurs pour entendre parler des bienfaits du Fisher-Price...
- Le «théâtre pour bébés» ne vise de façon spécifique ni le divertissement, ni l'apprentissage. On s'adresse ici à des personnes vivantes, qui commencent à peine à se détacher de la peau, de l'odeur, de la voix et du regard de leur mère. À des petites personnes curieuses, à l'affût de sensations nouvelles; pas à des tubes digestifs qu'il faut calmer ou à des légumes qu'on a tout avantage à engraisser. Ce qu'on propose aux enfants dans une démarche artistique visant à aiguiser leur curiosité, c'est de l'intensité et du plaisir. Et quelque chose qui ressemble, selon l'âge des petits spectateurs présents, à la conscience ou à la surprise, au souvenir que cela peut exister à travers des notes de musique, des couleurs, des images ou des mouvements. Bref, quelque chose qui tient de l'émotion intense. Comme au «vrai» théâtre quoi... Quand on s'adresse à des plus vieux, c'est encore plus évident.
Bon.
On pourrait poursuivre longtemps, vous le devinez.
Pourquoi est-ce que je me pompe ainsi ?
Parce que le théâtre s'adressant aux jeunes publics de tous les âges est encore perçu un peu partout comme un sous-théâtre. Et que ça devient agaçant!
Lors de la dernière édition de Méli'môme qui se terminait le week-end dernier à Reims — on vous rappelle que c'est un festival qui vise d'abord la petite enfance —, je me suis pourtant fait raconter des bouts de mythologie grecque, j'ai assisté à de la danse, de l'opéra, j'ai entendu du Ligetti, du Berio et du Hindemith et j'ai vu des enfants se faire raconter la création du monde à partir d'une légende norvégienne. Se faire inviter aussi à réfléchir sur la guerre, la violence, les préjugés, sur le partage enfin et l'amitié. Le tout grâce à des écritures dramatiques qui leur parlent et à des propositions scénographiques qui les stimulent.
Trouvez-moi un programme semblable dans un festival «pour les grands» et j'ouvre les oreilles toutes grandes.
D'ailleurs, nos lecteurs auront remarqué que Le Devoir ne couvre que deux festivals de théâtre à l'étranger: Avignon et Méli'môme. Ce n'est pas tout à fait par hasard...
Michel Bélair est à Reims à l'invitation du festival de théâtre Méli'môme pour la petite enfance.
Quelques évidences d'abord.
- Quel que soit l'âge du spectateur auquel il s'adresse, le théâtre implique une représentation: on est convié dans un lieu pour assister à une représentation de quelque chose. Et là, tout devient possible. Le Festival de théâtre des Amériques (FTA), qui s'adresse aux grands tout le monde le sait, nous a par exemple fait connaître le déboussolant théâtre sans texte du metteur en scène italien Castelluci. Et depuis longtemps, des compagnies montréalaises se sont aussi amusées à montrer qu'on pouvait faire du théâtre sans comédiens, simplement avec des objets. On peut aussi ajouter à la liste le théâtre musical, le théâtre dansé et le théâtre chanté, le théâtre d'ombre et bien sûr le théâtre de marionnettes (pour enfants ou pour adultes, au choix). Mais toujours, qu'on lui enlève des éléments ou qu'on lui en rajoute, quels que soient les moyens qu'on prend, le théâtre repose d'abord et avant tout sur les émotions qu'il fait surgir.
- Le théâtre pour les grands ne nous convie pas toujours à du «grand» théâtre, on le sait. Il arrive parfois la même chose en théâtre jeunes publics, c'est évident; mais règle générale, on n'y est surtout pas convié à du «petit» théâtre.
- On a commencé un jour à faire du théâtre «jeunes publics» pour proposer autre chose aux enfants que les inepties des multinationales de la planète divertissement: dring, dring, pouêt, pouêt. Jusque-là, la société moderne qui carbure à la consommation et à la performance se contentait fort bien, elle, de considérer les enfants (et aussi la culture en général) comme un marché.
- Comme l'expliquait Anne-Françoise Cabanis, une des pionnières du théâtre pour la petite enfance, lors d'un débat organisé par le festival Méli'môme ou j'étais la semaine dernière: «Le théâtre pour la petite enfance est une expérience de création contemporaine faisant appel à de nouvelles écritures dramatiques et à de nouvelles écritures scéniques qui n'ont rien à voir avec le divertissement facile.» Il faut souligner l'urgence de ce type de proposition artistique dans un monde basé sur la consommation et les sollicitations de tout type. On pourra aller voir ailleurs pour entendre parler des bienfaits du Fisher-Price...
- Le «théâtre pour bébés» ne vise de façon spécifique ni le divertissement, ni l'apprentissage. On s'adresse ici à des personnes vivantes, qui commencent à peine à se détacher de la peau, de l'odeur, de la voix et du regard de leur mère. À des petites personnes curieuses, à l'affût de sensations nouvelles; pas à des tubes digestifs qu'il faut calmer ou à des légumes qu'on a tout avantage à engraisser. Ce qu'on propose aux enfants dans une démarche artistique visant à aiguiser leur curiosité, c'est de l'intensité et du plaisir. Et quelque chose qui ressemble, selon l'âge des petits spectateurs présents, à la conscience ou à la surprise, au souvenir que cela peut exister à travers des notes de musique, des couleurs, des images ou des mouvements. Bref, quelque chose qui tient de l'émotion intense. Comme au «vrai» théâtre quoi... Quand on s'adresse à des plus vieux, c'est encore plus évident.
Bon.
On pourrait poursuivre longtemps, vous le devinez.
Pourquoi est-ce que je me pompe ainsi ?
Parce que le théâtre s'adressant aux jeunes publics de tous les âges est encore perçu un peu partout comme un sous-théâtre. Et que ça devient agaçant!
Lors de la dernière édition de Méli'môme qui se terminait le week-end dernier à Reims — on vous rappelle que c'est un festival qui vise d'abord la petite enfance —, je me suis pourtant fait raconter des bouts de mythologie grecque, j'ai assisté à de la danse, de l'opéra, j'ai entendu du Ligetti, du Berio et du Hindemith et j'ai vu des enfants se faire raconter la création du monde à partir d'une légende norvégienne. Se faire inviter aussi à réfléchir sur la guerre, la violence, les préjugés, sur le partage enfin et l'amitié. Le tout grâce à des écritures dramatiques qui leur parlent et à des propositions scénographiques qui les stimulent.
Trouvez-moi un programme semblable dans un festival «pour les grands» et j'ouvre les oreilles toutes grandes.
D'ailleurs, nos lecteurs auront remarqué que Le Devoir ne couvre que deux festivals de théâtre à l'étranger: Avignon et Méli'môme. Ce n'est pas tout à fait par hasard...
Michel Bélair est à Reims à l'invitation du festival de théâtre Méli'môme pour la petite enfance.
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