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Théâtre - Le Living enfin à Montréal !

La mythique compagnie new-yorkaise présente un mélange épicé au quatrième Festival international de théâtre anarchiste de Montréal

9 mai 2009  Théâtre
Parler du Living Theatre, c'est remonter jusqu'à la fin des années 1940 — 1947 plus précisément —, alors que Julian Beck et Judith Melina fondaient leur compagnie sur fond d'après-guerre, de théâtre expérimental et de projet révolutionnaire anarchisant. En peu de temps, durant les années 50 et 60, Beck et Melina ont radicalement défini ce qu'était le théâtre expérimental. Le Living, c'était déjà le contraire de ce que devenait Broadway: un théâtre contre (la guerre, la violence, la drogue, l'injustice, le divertissement), un théâtre politique et poétique. Une sorte d'emblème aussi, qui a parcouru toutes les routes du monde après s'être vu délogé de ses quartiers new-yorkais par les pompiers, les policiers et même les agents du fisc. Le Living fut longtemps nomade, puis italien, brésilien, libanais même, avant de revenir à New York pour s'y rétablir il y a quelques années à peine.

Plus de 63 ans après sa fondation et presque une centaine de productions plus tard, après le décès de Beck en 1985 puis celui de Hanon Reznikov qui lui a succédé, Judith Melina est toujours directrice artistique du Living. Pour savoir ce qu'est devenu l'étendard du théâtre anarchiste, nous avons joint à New York le collaborateur le plus proche de Melina, Brad Burgess, qui sera de la distribution de The Beautifull Non-Violent Anarchist Revolution: A Combination of Living Theatre Plays, que l'on verra à Montréal la semaine prochaine.

La conscience du monde

Brad Burgess a 24 ans; il fait partie de cette quatrième génération de comédiens à jouer dans la compagnie de Beck et Malina. Au téléphone, il raconte avec enthousiasme les circonstances de son arrivée au Living Theatre il y a trois ans à peine. Pour marquer la réinstallation de la compagnie à New York, dans le Lower East Side, Judith Malina a voulu reprendre un des grands succès du Living: The Brig, créé en 1963. À l'époque, bien avant Abou Ghraïb, la pièce avait fait scandale en dénonçant les conditions intolérables dans lesquelles étaient détenus les officiers emprisonnés de la marine de guerre américaine. Au déclin des années W, elle avait gagné toute une série de couches de sens supplémentaires.

Burgess, un acteur qui travaille alors en solo avec son prof, passe donc les auditions du Living, entre fièrement dans les locaux de Clinton Street, rencontre Judith Malina et son équipe, joue dans The Brig... puis devient finalement l'un des principaux collaborateurs de la directrice. Il est de ceux et celles, «venus vraiment de toutes les régions du monde» comme il le dit, qui composent le nouveau visage du Living Theatre, qui sont «le nouveau Living». Réinséré dans la ville, il a repris l'habitude de descendre dans la rue et de proposer des choses tout autant à Central Park qu'à Ground Zero.

«Tout au cours de son histoire, le Living a vécu en nomade, il s'est installé un peu partout, à plusieurs reprises, et laissé des traces en Europe, au Moyen-Orient et même dans le Brésil de l'époque des militaires où Julian et Judith ont été emprisonnés à cause de leur travail d'inspiration "révolutionnaire" et "anarchique". La résistance est une constante dans l'histoire de la compagnie... Pas étonnant donc de voir arriver ici des gens de tous les horizons, de toutes les couleurs et de tous les métiers aussi... C'est une sorte de ruche d'activité bouillonnante ici; ça bouge constamment. Le travail est intense, toujours différent et toujours semblable pour chaque production: moitié texte, moitié impro, moitié longues discussions philosophiques... [il rit], c'est extraordinaire. Il n'y a rien comme ici: le Living, c'est vraiment une communauté géante formée de gens du monde entier, un esprit, un lieu uniques. J'y ai trouvé ma place!»

En fait, la compagnie attire l'attention depuis sa fondation et suscite l'intérêt sur toute la planète. Au fil des ans, depuis plus d'un demi-siècle, le Living a tourné dans une trentaine de pays en laissant des traces un peu partout... souvent même en foutant le trouble partout avec ses interventions de théâtre de rue pacifiques mais dérangeantes. Le Living est un peu l'ancêtre, le concepteur-scénographe, dès l'après-guerre, de ce qui est devenu la manif populaire... On n'a en fait qu'à consulter le répertoire de la troupe pour voir défiler en accéléré l'histoire sociopolitique des cinquante dernières années à travers l'Occident tout entier. Pour plusieurs, le Living Theatre, c'est un gros morceau de la conscience du monde.

Un objet théâtral non identifié

Brad Burgess est aussi l'un de ceux qui ont concocté ce bizarre assemblage que le «nouveau» Living Theater vient présenter à Montréal: The Beautiful Non-Violent Anarchist Revolution: A Combination of Living Theatre Plays. Il ne veut pas vraiment lâcher le morceau, mais, d'après ses explications sibyllines, on peut voir la chose comme une sorte de collage permettant de saisir quelques-unes des façons de travailler du groupe. Judith Malina, encore fort alerte à 82 ans s'il faut en croire Burgess, supervise la création de l'objet théâtral non encore clairement identifié...

«Aux États-Unis, le théâtre n'est pas très couru; vous le savez, les gens vont plutôt voir des comédies musicales. Le Living Theatre s'est toujours défini en réaction au mainstream, à cette nation passive de regardeurs de télé et de joueurs vidéo que nous formons. Bien sûr, pour toucher les jeunes Américains aujourd'hui, il faut faire appel aux nouvelles technologies, c'est évident. Dans nos nouvelles productions comme Eureka, qui s'inspire d'une nouvelle de Poe, ou encore pour ce Beautiful... que nous présenterons à Montréal, on utilise beaucoup de techniques et d'approches comme la vidéo et les écrans multiples, par exemple. Mais pas seulement. Nous travaillons aussi dans plusieurs autres directions et le travail que vous verrez devrait vous permettre de saisir où nous en sommes...»

Il faut se rappeler que, dès les années 1960 avec Paradise Now, par exemple, le Living innovait en faisant de ses spectateurs les acteurs de ses pièces. À Montréal la semaine prochaine, on devrait donc s'attendre à ce que le message de responsabilisation sociale et individuelle consciente que véhicule la compagnie depuis sa fondation soit toujours le même et que les formes dans lesquelles tout cela s'incarne réussissent encore à nous surprendre.

Tout juste donc avant que le Festival TransAmériques (FTA) ne s'installe à travers la ville, on aura l'occasion de voir le Living Theatre à Montréal pour la première fois au Festival de théâtre anarchiste... lui-même présenté dans le cadre de la Montréal Anarchist Bookfair. Préparez-vous à plonger dans le temps tout autant qu'en vous-mêmes...

***

The Beautiful

Non-Violent Anarchist Revolution: A Combination of Living Theatre Plays

Une production du Living Theatre présentée à l'Université Concordia (D. B. Clarck Theatre) les 13 et 14 mai. Billets disponibles à la librairie L'Insoumise ou à la porte avant le spectacle. D'autres informations sur la programmation du festival au 514 981-5330.
 
 
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