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Théâtre - Le plaisir de défier toutes censures

Sylvie Nicolas   11 avril 2009  Théâtre
La compagnie du Sous-Marin jaune, cette fascinante torpille théâtrale qui navigue en eaux profondes, remonte les siècles et voyage au centre de l'esprit, plonge cette fois-ci dans Les Essais de Montaigne avec un spectacle qui «surfe» sur la littérature, la philosophie, l'histoire, la marionnette, le cinéma et le rock'n'roll.

Nulle expédition de taille ne peut entreprendre un tel périple sans avoir à sa barre un capitaine expérimenté. Les marins et les artificiers du Sous-Marin jaune ne sont pas en reste; ils peuvent compter sur l'inestimable Loup bleu qui a déjà mené à bon port d'autres expéditions théâtrales toutes aussi risquées.

Car Loup bleu, cette marionnette qui dégaine plus vite que son ombre, peut se mesurer à n'importe quel humoriste, tirer n'importe quelle ficelle pour se moquer de l'humaine condition, se jouer de ce que nous sommes avec notre assentiment et recevoir en sus sa salve d'applaudissements.

Sous la direction de Jacques Laroche, les rôles sont inversés: le théâtre se fait cinéma muet, les marionnettes se font stars sur écran plat, les manipulateurs, sur scène, se retrouvent doubleurs, narrateurs, musiciens et bonimenteurs.

On maintient, sujet oblige, les impératifs de l'Histoire: Montaigne en son siècle, les horreurs sanglantes dudit siècle (le XVIe), la peur et le fanatisme religieux ambiants, mais on le fait avec une délicieuse irrévérence, un joyeux tohu-bohu, un mélange des genres qui fait autant appel au Magicien d'Oz qu'au «Friendly Giant», qu'ont connus nos aînés, au théâtre d'ombres, au jeu de figurines, à Fraggle Rock, aux livres articulés, à Barbie ou aux personnages de papier.

Mort, violence, sang, guerre...

Ce qui est bien avec les marionnettes en général, et celles du SMJ en particulier, c'est le plaisir de défier toutes censures, celle de Benoît XVI autant que celles des parents qui craignent comme la peste les mots mort, violence, sang, guerre — les adeptes de la pensée positive et les escouades de la rectitude politique.

Si ce voyage au coeur des Essais de Montaigne a le mérite de ne céder à aucun compromis, s'il a également la finesse de le faire en soulevant des vagues d'humour, en jouant le grand jeu du mélange des genres, de la mise en abîme, et en décochant une série de clins d'oeil dignes de réjouir le maire Labeaume (des scènes savoureuses tournées avec la belle capitale en toile de fond), on se prend à regretter la présence particulièrement «humaine» et organique des marionnettes sur scène, de même que l'amitié (pour reprendre le thème cher à Montaigne) que nous leur portons. Cela n'enlève rien au talent de l'équipage. Rien à l'exploration. Rien à ce grand branle-bas du monde.

«Mon métier et mon art, c'est vivre», écrivait Montaigne. Ainsi vogue la galère! Vivons, pardieu!

***

Collaboratrice du Devoir

***

Les Essais d'après Montaigne

Texte: Loup bleu et Michel Tanner. Mise en scène: Jacques Laroche. À la Bordée jusqu'au 2 mai.
 
 
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  • Diane Perron
    Inscrite
    samedi 11 avril 2009 15h30
    Vivons, pardieu, oui!
    Autre rare magnifique pièce, autre belle critique. félicitations.

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