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    Théâtre - Le corridor qui mène à l'autre

    6 avril 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Québec — Lui, c'est Nicolas. Elle, c'est Julie. Il a toute la vie devant lui. Elle a un long chemin derrière. Il traîne ses souvenirs épars dans des sacs. Elle porte les siens dans son petit bagage. Il loge au numéro 5 de l'immeuble. Elle occupe le 6. Ils empruntent le même corridor et partagent le même palier. C'est là qu'ils se croisent, se toisent et s'apprivoisent.

    Coécrite par Jean-Guy Côté et Réal Beauchamp, la pièce Le Palier explore la voie des solitudes, des coeurs labourés par le doute, la crainte et les abandons. La structure de la pièce repose sur une suite de courtes scènes où la tendresse et la compassion s'offrent en guise de chemin, un chemin qui inclue le passé des personnages en leur donnant à conjuguer le verbe aimer au présent.

    Frédéric Dubois signe une mise en scène sobre qui épouse les séquences du texte, s'appuie sur des jeux d'éclairage qui accélèrent et ralentissent la course du temps, et sur des noirs qui viennent marquer les moments de rupture, ce qui confère à l'ensemble l'impression de voir s'ouvrir et se refermer un grand livre d'heures où seraient confinées des images mémorables. Un assemblage qui rappelle celui des carreaux de courtepointe liés entre eux par une trame musicale (Jonathan Monderie-Larouche) où les cordes et les voix s'insinuent juste assez pour soulever la dentelle de ce qui doit l'être avant de s'effacer discrètement. Une discrétion dans le ton qui s'étend au décor de Yasmina Giguère et aux costumes conçus par Paco Bureau.

    Si le jeu de Lucien Ratio (Nicolas) peut sembler un peu trop appuyé au départ, il offre en contrepartie une présence physique convaincante, une suite de moments profondément justes dans cet abandon, le sien, à la Julie qu'incarne Marie-Ginette Guay, et nous réserve en finale un véritable instant d'éternité. Dire la joie de voir Marie-Ginette Guay prêter sa voix, son corps, le moindre de ses gestes, autant dans la légèreté et l'amusement que dans l'impatience, le trouble et la peine, demeure insuffisant. Il est essentiel de souligner le don qu'elle a de faire vibrer le moindre silence, de marquer d'une expression ou d'un regard le battement des coeurs.

    Le Palier, c'est le décor anonyme de nos propres vies, c'est le théâtre du quotidien dans la simplicité des choses. C'est le corridor qui mène à l'autre. La croisée des chemins. C'est le rideau de la fin qui menace de tomber alors que le voile du nous vient à peine de se lever. C'est ce moment précis qui fait que les êtres sont transformés à jamais. Jean Genêt disait qu'une pièce qui n'aurait pas agi sur son âme aurait été vaine. Il n'y a rien de vain, ici.

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    Le Palier

    Texte: Jean-Guy Côté et Réal Beauchamp, mise en scène: Frédéric Dubois, production: Théâtre du Tandem en codiffusion avec le Théâtre Périscope, au Périscope jusqu'au 18 avril.












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