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Théâtre jeunes publics - Un labyrinthe comme terrain de jeu à Méli'môme

4 avril 2009  Théâtre
Reims — Les arbres fruitiers sont en fleurs, les feuilles ont déjà barbouillé de vert le moindre parc de la ville et le soleil se fait même brûlant sur les terrasses; mmmm! Mais il y a surtout que des spectacles étonnants sont venus confirmer à quel point cette exceptionnelle vingtième édition de Méli'môme est truffée de brillantes remises en question des formes théâtrales.

Après l'éblouissant Moi seul de Laurent Dupont et avant de voir (ce samedi en après-midi) les plus récentes créations de Ramodal et du Fil rouge, deux des piliers du jeune public en France, ce fut le choc jeudi matin devant l'audace et l'intelligence de Je leur construisais des labyrinthes de la compagnie Luis Amoros, un spectacle destiné aux enfants dès huit ans.

Audace, parce que la chose ne ressemble à rien de ce que l'on connaît. Cela s'amorce sous la forme presque anodine du conte et réussit à la fin, après avoir abordé le théâtre d'ombres — qui a longtemps caractérisé le travail de cette compagnie — , le jeu de rôle via «l'incrustation vidéographique», comme on dit ici, et même la cuisine et la mythologie, à proposer aux enfants une rencontre inspirante. Rencontre qui les amène d'ailleurs à s'engouffrer, à la suite d'un jeune Thésée sorti des rangs de l'assistance, dans l'impressionnant labyrinthe de carton qui occupe presque tout l'atelier du conteur-cinéaste. C'est un spectacle particulièrement exaltant, physique (on y mange aussi!), comme on n'imaginait pas que le jeune public puisse l'être. En bousculant les formes établies, en les multipliant plutôt, en faisant de la scène une sorte de terrain de jeu qui propose aux enfants d'affronter même leurs peurs, on touche là à ce que l'on pourrait appeler un «théâtre du défi». Étonnant! comme on vous le disait déjà en début de semaine.

Que du feu !

Mais ce n'est pas tout, bien sûr, puisque j'ai vu cinq spectacles depuis notre rendez-vous de mardi dernier. Tous de haut niveau. En danse, par exemple, la compagnie néerlandaise Meekers offrait Poedelprijs, une ludique chorégraphie — sur le thème de la compétition et des enjeux qui s'y cachent — accueillie par des applaudissements délirants. Ailleurs, une deuxième compagnie tchèque (Liberec) racontait avec des marionnettes une sorte de drame burlesque un peu simpliste mais plastiquement très séduisant (Terreur à Paris).

On a beaucoup réagi aussi au thème des clandestins abordé par Jean-Rock Gaudreault dans La Migration des oiseaux invisibles, un spectacle qui a fort bien mûri depuis sa création à Montréal l'automne dernier et que les enfants ont suivi, tout du long, au bout de leur siège. Même genre de réaction pour un spectacle pourtant difficile, Le Collectionneur d'instants de et avec Jacques Nichet. Inspiré du texte et surtout des images de Quint Buchholz, c'est l'histoire d'une rencontre, encore, entre un petit garçon et l'art. Nichet a réussi à donner une dimension théâtrale saisissante à des images surréalistes à la Magritte — ou plutôt hyperréalistes à la Colville — en y intégrant un violon aussi touchant qu'efficace. Les petits caïds assis devant moi n'y ont vu que du feu et ravalaient leurs larmes à la fin.

Au moment d'écrire ces lignes, il ne reste plus que trois productions à voir avant de revenir de notre côté de l'Atlantique: un spectacle pour les tout-petits dès 18 mois, Au bord de l'autre de Ramodal, que l'on connaît bien maintenant au Québec; Poussières d'eau d'Eve Ledig, qui cible les enfants dès quatre ans; et, excusez mon accent allemand, Rumpelstilzchen xy ungelöst de la compagnie Urknall. On en reparle en cours de semaine prochaine.

***

Michel Bélair est à Reims à l'invitation du festival Méli'môme.
 
 
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