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    Théâtre - En parfaite harmonie

    10 mars 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    Québec — De toutes les pièces de Gauvreau, poète de l'éclatement du langage, réfractaire à toutes conventions, L'Asile de la pureté est certainement celle qui, sans sacrifier le vertige poétique, conserve un certain nombre de repères sociaux auxquels on peut se référer. Écrite en 1953, un an après le décès de la femme aimée, convoitée, adorée (la comédienne Muriel Guilbault), L'Asile de la pureté met en scène un poète qui entreprend un jeûne, qu'il compte poursuivre jusqu'à sa finalité, et une galerie de personnages réels ou fictifs gravitant autour de lui pour l'encourager ou le dissuader de poursuivre sa quête de «pureté».

    Car chez Gauvreau, signataire du Refus Global, l'authenticité d'une démarche n'a d'autre issue que celle qui repousse les limites de l'ordre établi, celle qui refuse toute concession, celle dont les seules voies à suivre se découvrent par le DÉSIR. Et Gauvreau, est-il nécessaire de le rappeler, c'est tout sauf du «manger mou».

    Malgré l'allergie du poète à l'institution et aux règles, sa crainte de voir l'oeuvre créatrice récupérée ou récupérable, il y a fort à parier qu'il aurait apprécié la lecture qu'en fait Martin Faucher, le metteur en scène, et l'interprétation plus que gauvresque qui nous est proposée de cet Asile de la pureté au Trident: une mécanique habilement orchestrée, une distribution favorisant l'inversion de rôles (hommes-femmes), des personnages qui flirtent avec le théâtre de l'absurde, la bande dessinée, le cérémonial, la parade et la photo de famille, des scènes qui, dans leur succession, renouent avec la comédie de situation autant qu'avec la «beauté burlesque» chère à l'auteur.

    Hugues Frenette livre un poète crédible, très personnel, organique et sanguin, beau à voir dans chacune des nuances exercées, magnifique dans cette scène du poème qui se dit et s'écrit sur le vif, les deux pieds dans une assiette. Un moment, vraiment, qui rachète toutes les tentatives souvent malhabiles des jeunes poètes en devenir qui se risquent à redire Gauvreau. Les comédiens qui l'entourent et multiplient les rôles sont d'une habileté, d'une vivacité, d'une éloquence et d'une drôlerie jamais surfaites, toujours follement justes. Un seul regret ici: ne pas pouvoir redonner à chacun et à chacune l'intelligence du jeu dont ils font preuve.

    L'espace scénique sert magistralement le territoire imaginaire et le propos de l'auteur, la vision du metteur en scène et les déplacements des comédiens. Difficile d'imaginer autrement les «accoutrements» vestimentaires des hurluberlus ou les éclairages qui accompagnent l'ensemble. Un festif Gauvreau qui ne laissera personne en jeûne. Une production qui hisse le texte au rang des classiques du théâtre québécois.

    Collaboratrice du Devoir

    ***

    L'Asile de la pureté

    Texte : Claude Gauvreau. Mise en scène : Martin Faucher. Au Trident jusqu'au 28 mars












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