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    Théâtre - Coeur gros

    9 février 2009 |Sylvie Nicolas | Théâtre
    On s'inquiète beaucoup du public dit «vieillissant» au théâtre. On ne peut donc que se réjouir de voir que, hier, la salle grouillait de jeunes venus assister à cette représentation du Boxeur. Et les raisons de se réjouir sont nombreuses parce que ce solo, qui repose sur les épaules de Patric Saucier, n'a rien d'un exercice pédagogique ou d'un devoir de français. Le Boxeur, c'est la langue de bois qui s'effrite, c'est une riposte en dix rounds qui retrace le parcours douloureux d'un «gros», de son enfance à son emprisonnement.

    Mais, juste avant de se retrouver à boxer «en dedans», l'homme n'est qu'un costaud anonyme qui marche la nuit dans Paris, un gros qui cherche son chemin et commet l'erreur de demander de l'aide à une Parisienne qui jette sur lui un regard de mépris. Il suffit d'une seconde, une seule, pour que la violence subie, ravalée à la petite cuiller, explose et fasse basculer sa vie.

    Constituée d'un assemblage de sommiers métalliques à ressorts, la cellule offre à Saucier son principal espace de jeu, un refuge auquel s'ajoutent deux ailes latérales délimitées par des tableaux dont la surface granuleuse rappelle le ciment.

    Patric Saucier ne tente pas d'offrir une performance, et cela est un atout. Il nous entraîne plutôt dans une suite de glissements de tons et d'interprétations qui rendent possible la rencontre des fantômes qui hantent les couloirs de sa mémoire et de ceux qui hantent les corridors de sa prison: de Cassius Clay à son père décédé de la maladie d'Alzheimer, de sa maman éplorée à son frère noyé, de la chiante Parisienne à plusieurs autres détenus.

    Si l'évocation de la mère est moins saisissante, Patric Saucier recrée cependant avec intelligence, talent et nuance un compagnon de cellule marseillais, un père inoubliable et, dans une de ses plus belles scènes, un troublant petit Simon sombrant dans les eaux.

    Visiblement moins à l'aise dans son rapport aux objets, il retrouve sa pleine puissance quand il n'a plus que son propre corps sur lequel compter. Ainsi, il nous touche chaque fois qu'il se touche (songeons à cette scène où ses poings retombent lentement sur son visage), chaque fois que son corps s'enfonce dans les lattes des sommiers, chaque fois qu'il nous tourne le dos et que sa voix résonne et se perd dans le vide. En première partie, les éclairages et la musique s'imposent au comédien plutôt que de le soutenir, mais peu à peu lumière et musique s'adaptent à son rythme.

    L'audace de ce solo réside dans le passage d'un niveau de langage à un autre, dans l'exploration des accents qui s'opposent et s'unissent, dans la poésie qui s'élève et le langage cru qui tranche. En finale, le long silence avant les applaudissements marquait non pas l'hésitation du public, mais bien le respect mérité.

    ***

    Collaboratrice du Devoir

    ***

    Le Boxeur, La fin d'un gros câlisse

    Texte, mise en scène et interprétation: Patric Saucier. Théâtre du Transport en commun, présenté à Premier Acte jusqu'au 15 février, à Limoges et à Paris en mai et juin












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