mercredi 8 février 2012 Dernière mise à jour 09h23
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Théâtre - Objet incandescent non identifié

En résidence au Théâtre d'Aujourd'hui, Christian Lapointe propose une autre inclassable dénonciation de l'ordinaire et de l'admis

7 février 2009  Théâtre
L’auteur et metteur en scène Christian Lapointe
Photo : Jacques Grenier
L’auteur et metteur en scène Christian Lapointe
Chaque semaine nous rencontrons ici, à quelques jours de la première, des gens qui «brûlent» littéralement en expliquant leur travail et les défis qu'ils se préparent à relever. L'image parle d'elle-même.

Mais pour décrire l'intensité qui se dégage de Christian Lapointe, cela ne suffit pas. Il faudrait inventer des mots, des sonorités et des couleurs qui fassent tout de suite penser à la lave en fusion. À une perpétuelle menace d'explosion. D'implosion atomique permanente plutôt... Quand on écoute attentivement ses rares silences, on croirait l'entendre penser en «exploréen»; en fait, Christian Lapointe «brûle» comme devait brûler Artaud.

De façon tellement intense que c'en est presque inquiétant.

Fulgurance

Il y a dix ans déjà que l'on peut suivre la trace sulfureuse du jeune auteur, metteur en scène et comédien.

Lapointe s'intéresse d'abord à la mise en scène et monte quelques spectacles autour du Conservatoire de Québec puis de l'École nationale de théâtre, où il travaille Gauvreau et Sarah Kane. Il s'attaque aussi au grand poète irlandais William Butler Yeats avant d'adapter pour la scène un texte du symboliste Villiers de l'Île Adam: c'est ce Axel présenté chez Prospero en 2005 qui crée une très forte impression sur le milieu tout entier.

Désormais en voyage permanent entre Québec et Montréal, il fonde le Théâtre Péril et produit ensuite ici, en plein été au Théâtre national, une pièce provocante de Mark Ravenhill, Shopping & F...ing, puis trois de ses propres textes: C.H.S. (Combustion humaine spontanée), créé pour le FTA, Anky ou la fuite/Opéra du désordre, créé au festival Carrefour à Québec, et le très virulent et très impressionnant Vu d'ici, présenté au Théâtre La Chapelle en début de saison. Tout cela en 10 ans à peine.

Sans compter qu'il a suivi des stages avec Denis Marleau, André Markowicz, Stuart Seide et Wajdi Mouawad; qu'il a travaillé aussi en laboratoire de création avec Daniel Danis (La Nuit des calendrystes); que son C.H.S. a été présenté à Avignon et qu'il est allé monter jusqu'en Australie des affaires impossibles comme ce Faisceau d'épingles de verre de Gauvreau qu'il a fait là-bas avec des danseurs de Buthô.

Christian Lapointe est une comète. Un objet incandescent non identifié. Une fulgurante coulée de lave qui vous examine la tête un peu penchée...

Il n'y a certes pas de hasard dans le fait que Brigitte Haentjens ait partagé avec lui une partie de son prix Seminovitch l'an dernier. Et que le Théâtre d'Aujourd'hui l'invite maintenant à s'installer en ses murs pour une résidence de deux ans. Christian Lapointe existe désormais sur le radar d'un peu tout le monde. Sa vision extrême de l'intensité de l'acte théâtral a fait sa place ici, et son cri strident de grunge à peine recyclé trouve ainsi un écho plus régulier. C'est dans ce contexte très précis qu'on le retrouve maintenant dans la petite salle Jean-Claude Germain, avec Anky ou la fuite/Opéra du désordre qu'il a bien sûr retravaillé pour l'occasion.

Je l'ai rencontré en début de semaine dans une brûlerie (ça ne s'invente pas) de la rue Saint-Denis et, comme chaque fois que l'on pose des questions à cet étrange garçon qui a maintenant 28 ans, revoilà encore, très nette, cette même impression de regarder un météorite en flamme directement dans les yeux...

Un processus de dévoilement

Donc la coulée de lave est là devant moi et je tente de savoir à quoi ressemble ce «pamphlet contre le monde qui est aussi un oratorio, le témoignage le plus juste dont je suis capable maintenant»... Tout au long de l'entrevue, Lapointe se lancera dans toutes les directions pour faire saisir son travail sur la poétique des mots et sur l'urgence telle qu'il la conçoit sur une scène de théâtre; comme si chaque couche successive d'explications arrivait à peine à dévoiler des bribes de cet «objet dérangeant» qui ne peut prendre forme que sur scène avec des acteurs et des spectateurs mis à nu...

«Anky, c'est un peu une synthèse de mes 10 ans de pratique, moi qui continue à être influencé autant par les symbolistes que par le "in your face theatre" anglais... Il n'y a pas vraiment de trame narrative, mais je pense qu'on peut décrire le spectacle comme une expérience poétique sensorielle qui se laisse lire en plusieurs couches. Ça s'écrit dans une forme un peu spéciale qui est une sorte de revendication de liberté totale aussi... comme celle qu'on accorde plus facilement aux artistes visuels qu'aux acteurs.»

Souvent, l'expression «par couches successives» reviendra dans son discours, comme si au fond c'était la meilleure façon de décrire l'espèce de processus de dévoilement qu'est pour lui — «autant pour l'acteur que pour le spectateur» — le spectacle. «Le spectateur n'est pas passif: il lit la pièce en la voyant se dérouler et il en est aussi l'auteur en quelque sorte. Même s'il n'y a pas de trame narrative, il y a suffisamment d'éléments qui viennent de tous les côtés pour que le spectateur trouve un sens à tout cela...»

Confronté au «théâtre du paradoxe et de la totalité» mis en forme par Lapointe et ses trois comédiens — dont le tout aussi incandescent Jocelyn Pelletier — pour piéger «la vacuité du monde et l'incapacité à déchiffrer le mystère de l'existence», le spectateur est donc clairement convié à trouver un sens à l'aventure. Dans une petite salle de 50 places, cela risque d'être «névrogène», dira le metteur en scène. «Faudra pas oublier de prendre vos pilules !», me lance-t-il en éclatant de rire.

Lapointe raconte tout cela bon enfant en précisant comme ça, au fait, que tout en signant le texte et la mise en scène, il assume aussi l'éclairage, les costumes «un peu Bilal», la scéno et la musique «concrète» de la production qu'il a lui-même «fabriquée» avec des instruments bizarres, comme une cornemuse et un accordéon. «Quand on entend ça, écrasé et mixé de quelques passages en exploréen, ça cadre bien les choses», souligne-t-il en se fendant d'un grand sourire.

Un incorrigible et intense farceur, on vous le disait.

***

Anky ou la fuite/Opéra du désordre

Texte et mise en scène de Christian Lapointe. Une production du Théâtre Péril présenté au Théâtre d'Aujourd'hui du 10 au 28 février. 514 282-3900.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012