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Théâtre jeunes publics - Éteindre les feux

10 décembre 2008  Théâtre
Étrange de revoir le même spectacle plus de dix ans plus tard... Ma dernière rencontre avec Le Bain remonte à 1996 ou 1997 chez Prospero alors qu'on était en train de démolir l'ancien Tritorium du Vieux-Montréal pour le remplacer par ce que l'on a tout de suite surnommé le TNM des enfants. Mon fils Laurent, qui vient de commencer à se raser et qui me dépasse maintenant de quelques millimètres, faisait alors partie du public cible: je me souviens que j'avais adoré, pas lui. Depuis, le texte de Jasmine Dubé est carrément devenu un classique qui fêtera sa 500e représentation d'ici à la fin décembre. Tempus fugit...

Évidemment, l'histoire est la même, mais mon souvenir était un peu flou puisque je n'en avais finalement retenu que l'essentiel. L'histoire d'une jeune femme, chef de famille monoparentale, qui passe sa vie à éteindre des feux; Mme Pin-Pon, la pompière «brûlée». Et l'autre métaphore aussi; celle du fils en petit cochon avec tout ce qu'elle implique de temps non partagé, de fragilités plus ou moins avouées et de dérives en gestation... Tout cela autour de ce cérémonial du bain que tous les parents du monde connaissent et qui est parfois une bénédiction et parfois, au contraire, une véritable calamité. N'empêche que j'ai vécu un choc mardi matin dans une Maison Théâtre où s'entassaient les tout-petits sortis du ventre de trois autobus jaunes: j'ai vu là un spectacle qui ouvre sur des dimensions beaucoup plus riches, beaucoup plus étranges même que je ne le croyais.

Cela s'explique sans doute par le texte de Jasmine Dubé qui, tout en disant clairement les choses à grands coups de métaphores qui font s'éclater les enfants à répétition, nous force presque à nous interroger sur la santé mentale de la pauvre Mme Pin-Pon. Cela devient évident quand le jeune garçon en peluche de son petit cochon de fils se transforme en «monsieur» et qu'elle se met à jouer à cache-cage avec lui dans la baignoire. Si cela est «vrai», qu'est-ce qui l'est vraiment tout autour? Qui est alors le «porcelet de porcelaine»? Et ces loups qui menacent...

Peut-être cela s'explique-t-il tout simplement par la présence envoûtante de Julie McClemens en Mme Pin-Pon, radieuse quand il le faut, allumée, éclatée, infantile et troublante presque à d'autres moments mais, toujours, juste. Peut-être aussi Jasmine Dubé a-t-elle étoffé sa mise en scène avec les années et donné ainsi des couches de sens supplémentaires à son texte. Et puis, qui sait? Il y avait peut-être de l'ergot de seigle dans les biscottes de grains entiers que j'ai avalées ce matin-là...

***

Le Bain

Texte et mise en scène de Jasmine Dubé. Avec Julie McClemens et Deny Lefebvre. Une production du Théâtre Bouches décousues présentée à la Maison Théâtre jusqu'au 4 janvier. Public visé: les enfants âgés de trois à sept ans. Durée: 50 minutes.
 
 
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