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Théâtre - Défilé chez les fusiliers

Le Nouveau théâtre expérimental propose La parade du temps qui passe au Manège des fusiliers Mont-Royal

1 juin 2002  Théâtre
Difficile de ne pas être séduit par les propositions déviationnistes des activistes interventionnaires du Nouveau théâtre expérimental (NTE). Imaginatifs, dérangeants, drôles, provocateurs souvent, ils ne font jamais les choses comme tout le monde. Cette saison seulement, ils nous auront fait connaître des lieux qu'on n'associe habituellement pas au théâtre: l'auditorium du sous-sol de l'hôpital Sainte-Justine et le temple maçonnique de Montréal. À compter de mercredi prochain, ils nous ouvrent les portes d'un autre lieu «fantasme»: le Manège des fusiliers Mont-Royal, avenue des Pins. L'on pourra y voir leur plus récente production, jusqu'au 22 juin, La parade du temps qui passe, le spectacle avec lequel le NTE devait célébrer la réouverture de l'Espace libre de la rue Fullum... dont les rénovations ne sont toujours pas terminées.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, le NTE est aujourd'hui dirigé par une «troïka infernale» — Marthe Bouliane, Alexis Martin et Jean-Pierre Ronfard — après avoir connu toutes sortes de régimes pour la plupart «communisants» autour des deux figures centrales de Robert Gravel et Jean-Pierre Ronfard depuis 1983. Les camarades du NTE fonctionnent, comme il se doit, autour d'un plan quinquennal qui se terminera avec la saison 2004-2005. Mais comme ils le disent eux-mêmes sur leur site Internet (http://www.nte.qc.ca/sansflash/presentation.html), ils n'obéissent en fait «qu'à l'attrait exigeant, irrésistible et joyeux de la nouveauté».


Depuis plus d'un quart de siècle — l'ancêtre de la compagnie, le Théâtre expérimental de Montréal (TEM) a été fondé en 1975 — leur approche désinvolte, festive et imprévisible «les a amenés à faire des expériences en tous genres: improvisation, jeux avec l'espace, jeux avec le temps, rendez-vous originaux avec le public, marathons d'écriture, festival de courtes pièces, activité éditoriale...» Le NTE s'est toujours placé en filiation directe de cette explosion créatrice du théâtre québécois des années 70, bien en marge des grandes scènes, multiple par définition. Et il ne faut pas s'étonner qu'il s'intéresse aussi au multimédia qui n'est au fond qu'une autre façon de «tenter de faire les choses un peu différemment».





Pharaonique...


Mais pourquoi vous parler d'un cédérom ou du site Internet du NTE? Pourquoi cette surenchère de nouveaux médias — surtout que cette page de journal est chapeautée du mot-clé Théâtre —? Eh bien parce que, bêtement, les objectifs révolutionnaires des camarades Ronfard et Martin tout comme les nôtres se sont vus bouleversés par le principe d'accélération de l'histoire. Bousculés par le temps, dépassés par les échéanciers de rénovation et/ou de production, ils ont choisi de composer avec le moment en proposant une rencontre unique aux médias. Ce qui est loin d'être bête. Sauf que nous n'avons tout simplement pas pu y participer. C'est comme ça. Mais ça va quand même. Et vous?


Donc, pas de rencontre. Pas de photo toute neuve. Pas de citation de première main; rien. Ppschhhhhh. Surtout que déjà, entre vous et moi, Alexis Martin et Jean-Pierre Ronfard n'ont pas vraiment tendance à se précipiter sur les journalistes pour leur donner des scoops ou pour négocier des exclusivités comme d'autres ne se gênent pas de le faire. Des deux côtés de la barrière. Donc rien. Zéro. Sauf qu'il reste finalement des traces intéressantes. Ce cédérom réalisé par l'équipe du NTE pour les médias, il est fort bien fait et l'on vous souhaite de tomber dessus par hasard (tout comme sur n'importe laquelle des publications du NTE).


On y voit d'abord le chantier pharaonique de l'Espace libre puis, avec son casque d'ouvrier qui bosse dans la caserne, Ronfard explique que La Parade n'est pas vraiment une pièce de théâtre mais plutôt une «suite de scènes illustrant le thème du temps». Ces scènes, elles s'enchaîneront les unes aux autres comme dans un rêve, sans véritable continuité de type logique. Ronfard et Martin ont écrit les textes, défini les grandes lignes de la mise en scène et ils jouent aussi dans La Parade. Au total, 12 comédiens vont construire le spectacle à mesure, chacun assumant aussi un bout de mise en scène. Affublé lui aussi d'un casque jaune et manipulant prestement la barre à clou, Alexis Martin élabore ensuite sur ce thème du temps qui prendra toutes les formes à travers de multiples niveaux de langues et de tons É mais Marthe Boulianne, la boss, intervient pour mettre fin à la discussion.


La scène finale est savoureuse. Trois ouvriers, des vrais ceux-là, discutent de La Parade en soulignant que l'on pourra même y voir le philosophe allemand Heidegger: «C'est à ne pas manquer pour tout le béton du mondeÉ»


Cette fois-ci, on y sera!
 
 
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