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Théâtre - Plaisirs collectifs dans le noir

18 novembre 2008  Théâtre
Il ne faut plus maintenant que quelques heures pour passer de la campagne bretonne au béton gelé des buildings du centre-ville... et c'est peut-être ce qui explique que les dernières images du festival de Questembert soient encore si présentes. Mais il y a aussi que l'on passe cette semaine d'un festival jeunes publics à un autre: hier soir, en effet, s'ouvrait, à l'Usine C, la vingtième édition des Coups de théâtre avec le très attendu Petit Chaperon rouge, version Joël Pommerat, dont nous vous parlerons dans notre édition de demain. Avis donc aux intéressés: nous allons être encore très jeunes publics pendant quelque temps.

Pourquoi?

Pour dire la nécessité — en marge de toutes les campagnes de promotion qui les visent directement comme clients potentiels — d'une proposition artistique ciblant les enfants... et leurs parents par ricochet. Le spectacle s'adressant aux jeunes publics c'est un ensemble d'approches artistiques extrêmement diversifiées, chacune cherchant la stimulation du jeune spectateur de 6 mois à 16 ans; stimulation par le plaisir esthétique, bien sûr. J'ai vu tout cela très clairement encore une fois sur le visage des bébés à Festi'Mômes la semaine dernière et tout autant sur celui des plus vieux. Plaisir. Désir. On vous l'avait dit qu'on allait parler ici des «vraies affaires».

Touchez-en un mot aux gens qui «font» du jeunes publics et c'est exactement (avec des variantes évidemment) ce qu'ils vous diront d'abord: il y a présence constante du plaisir et du désir, des deux côtés de la scène. Comme dans «c'est bon, c'est le fun, j'en veux encore: c'est quoi?». Des plaisirs collectifs qui s'additionnent dans le noir... Le plaisir, par exemple, de voir s'allumer le regard d'un bébé avide ou la curiosité et l'intelligence d'un jeune enfant à partir d'un son, d'une image, d'un geste, d'un lien qui se dessine... La piqûre aussi, le désir de provoquer cela, à répétition. Plaisir. Désir.

Évidemment, les bébés ne viendront pas le confirmer et les enfants de trois à six ou sept ans n'ont pas encore vraiment les mots pour le dire non plus. Puis, le discours se faisant plus ferme avec les années, on apprend à cacher ce que l'on ressent sous l'analyse; mais la pulsion de fond qui nous alimente, qui nous stimule à investir même dans ces circonlocutions, est toujours la même: «C'est bon! J'en veux encore!» Plaisir. Désir. Mmmmm.

Pas évident toutefois que l'on trouvera le temps d'aborder cette question à la Maison Théâtre lors des rencontres que l'on y tiendra pendant trois jours, du 23 au 26 novembre sur le thème: «Théâtre pour ados: paroles croisées». C'est que l'agenda de l'événement organisé conjointement par le CEAD et la Maison Théâtre — et qui vient s'inscrire pour la première fois dans le cadre du festival Coups de théâtre — est très chargé, voyez-vous. Parce que le théâtre pour ados est en train de vivre ce qui ressemble à une crise de croissance, on discutera donc là de choses sérieuses qui risquent, on le souhaite, d'avoir un impact sur le développement du genre — qui est une particularité québécoise que l'on exporte maintenant un peu partout en Europe et bientôt même dans toutes les Amériques.

On pourra entendre là quatre lectures publiques, assister à une conférence de Marcel Sabourin sur la création et participer à une foule de discussions tournant autour de l'écriture et de la diffusion du théâtre pour les adolescents; on discutera tout autant des moments de grande créativité que des périodes d'essoufflement du secteur en faisant appel à des spécialistes — auteurs, diffuseurs, éditeurs et metteurs en scène. Des participants célèbres, français, belges, suisses et québécois, se joindront aux débats. Tout au long des trois jours de l'événement, l'entrée est gratuite, mais il faut s'inscrire pour pouvoir y participer. Comme on vous le disait il y a deux semaines, on peut le faire en passant chercher des formulaires d'inscription à la Maison Théâtre ou encore en visitant le site Internet et en s'inscrivant en ligne sur www.maisontheatre.com/fr/08-theatreados.html

En vrac

- Voilà déjà que Léon le nul, ce texte admirable de Francis Monty brillamment mis en scène par Gil Champagne, célèbre sa 100e représentation: nous vous avons parlé de ce petit chef-d'oeuvre à de multiples reprises, mais revenons-y pour l'occasion. Heureux hasard, la centième aura lieu dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, le vendredi 21 novembre prochain. Cette représentation «tous publics» se tiendra à 19h30 à la Maison de la culture Maisonneuve, 4200, rue Ontario Est, dans le cadre d'une tournée qui mènera le spectacle interprété par Martin Dion de Petite-Vallée à Jonquière, en passant par Québec, Beloeil, Valleyfield, Rimouski, Laval, la grande région de Montréal et, pour une sixième fois, en France. Créée à Montréal en septembre 2005 lors du Festival mondial des arts pour la jeunesse (ASSITEJ), la pièce s'adresse aux enfants à partir de neuf ans. Rappelons que Léon le nul, c'est le type même de la pièce incontournable. On se renseigne et on réserve au
tél: 514 872-2200.

- Puisque l'on en est aux classiques du répertoire jeunes publics, il faut rappeler aussi le passage à la Maison Théâtre, du 20 au 30 novembre, de Lettres d'amour de 0 à 10 de Suzie Morgenstern, une production de l'Artifice de Dijon destinée aux enfants 9 à 13 ans et brillamment mise en scène par Christian Duchange. Tous les passionnés de théâtre, quel que soit le genre qui les allume, ne voudront pas manquer ce spectacle exceptionnel qui en est déjà à sa deuxième visite à Montréal. Un conseil: il reste encore des billets disponibles pour quelques représentations... mais vous devriez vous hâter, tél: 514 288-7211.

- Le Trident part en tournée et visitera à la fois la France et le Québec. Deux productions participent au voyage. D'abord, Terre océane de Daniel Danis, qui vient de traverser la grande mare pour participer au 25e festival des Francophonies en Limousin, retournera un peu plus tard en saison en Haute-Normandie pour une série de six spectacles. Puis le Cyrano de Bergerac de Rostand mis en scène par Marie Gignac prend la route pour une trentaine de représentations dans 13 villes du Québec et à Ottawa au Centre national des Arts. Le spectacle reviendra même dans la Vieille Capitale du 16 au 18 décembre. On en saura plus sur tout cela en consultant le site www.letrident.com

mbelair@ledevoir.com






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