samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 08h19


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Théâtre - Six pieds sous terre

11 octobre 2008  Théâtre
Décidément, les productions qui prennent l'affiche ces jours-ci sont en liens particulièrement directs avec «la vraie vie». Alors que Ceux que l'on porte de l'Américain Andrew Dainoff (voir notre autre texte en page E 3) plonge dans les stigmates du 11-Septembre, Après la fin du Britannique Dennis Kelly nous place d'entrée de jeu dans un bunker où un homme et une femme essaient de survivre à un gigantesque attentat terroriste.

C'est ça qui est ça, comme dit un collègue spécialiste de la vie dans le général comme dans le particulier.

Le bonheur

Le choc donc, total. Mark et Louise sont bien vivants, mais il n'y a plus rien autour et ils ne peuvent pas sortir avant que la poussière ne soit retombée, littéralement. Enfermés sous terre dans un abri antiatomique. Prisonniers. Tout huis clos. Seuls, peut-être à jamais.

Sophie Cadieux sera Louise et Maxime Gaudette, qui est là devant moi avec son metteur en scène de meilleur ami, Maxime Denommée — qui récidive ici avec beaucoup de plaisir —, est bien sûr Mark. La rencontre a eu lieu sur le théâtre du crime, à La Licorne, tôt en début de semaine alors qu'il faisait un temps à souhaiter vouloir être dehors, justement...

Détendus, les deux Maxime. Cools. Jeunes et beaux, surtout pas «frettes et blancs». À peine bousculés, tout juste ce qu'il faut, par la première dans une semaine. On entend des coups de marteau, des bruits de scie, des voix: à côté, le bunker prend forme. Mais malgré tous ces rappels du pied, il m'est difficile encore de voir ce si remarquable comédien qu'est Maxime Denommée dans ses habits de metteur en scène... et je lui demande comment il fait pour décider s'il joue ou s'il monte quand on lui propose une pièce.

«Ça dépend... Ce coup ci, c'est Jean-Denis [Leduc, le directeur artistique de La Manufacture qui produit le spectacle] qui a vu le show en Angleterre et il m'a appelé à son retour pour me proposer le rôle de Mark. Moi, quand j'ai lu le texte, j'ai tout de suite voulu le monter avec mon vieux chum Maxime [Gaudette, ici présent] dans le rôle de Mark. On ne travaille presque jamais ensemble parce qu'on nous propose à peu près toujours les mêmes rôles! Mais quand j'en ai reparlé à Jean-Denis et que je lui ai dit aussi que je voyais Sophie [Cadieux] dans le rôle de Louise, il a tout de suite accepté.»

«C'est évidemment le genre de proposition que je ne pouvais pas refuser, poursuit l'autre Maxime. Travailler à La Licorne, c'est toujours le fun. Et en plus avec Maxime et Sophie sur ce texte-là, dans un show pour des acteurs qui fait aussi appel à la virtuosité, comme dit Maxime... Avec des dialogues tellement serrés qu'on ne pourrait pas en enlever une seule virgule... c'est le bonheur total!»

Les deux hommes parlent avec enthousiasme de ce texte percutant et de la traduction de Fanny Britt — qui avait traduit La Reine de beauté de Leenane de façon éblouissante, fait remarquer Denommée. Un texte incarné, pas intello pour deux sous. Un texte au rythme hallucinant «qui vient physiquement s'inscrire dans le corps des acteurs». Un théâtre qui «prend aux tripes». Un théâtre de la même fibre que ce Tête première de l'Irlandais Mark O'Rowe dans lequel Maxime Denommée s'est révélé à lui-même et à tout le monde comme metteur en scène en 2005, à La Licorne, justement.

Devant moi, avec des cris de scie ronde en bruit de fond, et en prenant la parole à tour de rôle, sans transition presque, les deux Maxime sont une sorte d'illustration de ce qu'ils sont en train de raconter sur le rythme du texte de Dennis Kelly. En en réglant simplement la rythmique, «la mathématique de l'enchaînement des répliques», dit Gaudette, l'aspect psychologique des personnages s'est placé tout seul. Un peu comme des doigts dans un gant. Ou des biscuits secs et des bouteilles d'eau dans un bunker...

Un beau rêve

Parce que, évidemment, les choses n'iront pas de soi dans le bunker. Louise et Mark ont des caractères diamétralement opposés. Elle a une vie et une conscience sociale beaucoup plus développées que Mark, qui est plutôt introverti; «elle voterait Françoise David et lui, Stephen Harper», dit Gaudette en se moquant un peu.

On devine que Louise fréquentait régulièrement le bar où ils étaient avec des collègues de travail lorsque «c'est arrivé». Elle parle beaucoup, lui, non... même si l'on apprend que les événements du 11-Septembre l'ont rendu paranoïaque au point de s'acheter un appartement avec un abri antiatomique en état de marche, à la cave. Heureusement... Ce qu'il y a de plus important néanmoins, c'est que l'on saisit qu'il est follement amoureux d'elle. Et que cette situation-limite dans laquelle il se retrouve avec Louise est presque un «beau rêve enfin réalisé» pour lui...

Dans les faits, Mark a tout prévu — les provisions, les jeux pour les moments de loisir aussi — sauf l'essentiel. Les deux enfermés se «friteront» assez rapidement et une sorte de guerre de pouvoir diffuse viendra s'infiltrer dans la vie du couple, «un peu en écho à la guerre que l'on mène au terrorisme depuis le 11-Septembre», soulignera le metteur en scène. On vous avait prévenu que le texte était «en liens particulièrement directs avec la vraie vie»...

Guerre de pouvoir donc, entre un homme et une femme. Maladroite. Ordinaire. Ordinairement méchante. «Tout cela est tracé dans une série de petits tableaux, poursuit Denommée. Peu à peu, la dynamique de départ va se compliquer entre les deux et l'on verra apparaître les premières traces de violence psychologique. Le côté primaire associé au contrôle de la nourriture va engendrer des rapports presque "animaux"... Mais de ces situations très violentes, on peut passer soudainement à des scènes très tendres et même très drôles. C'est un vrai show d'acteurs. Et ça prend des auteurs solides pour qu'on y croie!»

Ici, les deux comédiens se mettent à parler de virtuosité. De cette façon particulière dont le texte de Kelly fait presque surgir le caractère des personnages dans sa seule rythmique. Ils parlent d'intensité dans le jeu. Du fait de ne jamais relâcher la tension, même quand on permet aux deux côtés de la scène de respirer un peu plus largement. Du côté «sportif» de la pièce aussi, «une sorte de train qui t'emporte pendant une heure et demie», illustre Gaudette. De précision pour que tout cela surgisse naturellement en suivant la rythmique des mots et des répliques. De partition, finalement. Et de l'énergie fabuleuse que cela exige... et que cela donne.

Ouf.

Attendez d'être enfermé dans le bunker...

***

Après la fin

Texte de Dennis Kelly mis en scène par Maxime Denommée avec Sophie Cadieux et Maxime Gaudette. Une production de La Manufacture présentée à La Licorne du 14 octobre au 22 novembre.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Articles les plus commentés

Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009