Théâtre - Belle soirée chez Ionesco
Le metteur en scène Frédéric Dubois a réglé avec beaucoup de précision les déplacements et les effets de choeurs, ce qui n’a pour effet que de rendre encore plus absurde ce chaos ainsi organisé.
Chez les jeunes, le théâtre d'Eugène Ionesco a la cote. À l'école secondaire, en effet, nous étions très friands des non-sens, des sophismes et des personnages en apparence déjantés dont le dramaturge d'origine roumaine a truffé ses pièces La Cantatrice chauve et La Leçon. Grâce à la production à la fois rigoureuse et audacieuse que présente en ce moment le Théâtre Denise-Pelletier, l'engouement de la jeunesse pour l'écriture de ce grand du XXe siècle se verra sans aucun doute renouvelé.
Le Théâtre des Fonds de Tiroirs, dynamique troupe de Québec fondée en 1997 et qui avait déjà présenté à Montréal un délicieux Cid maghané de Réjean Ducharme, reprend ici le spectacle par lequel il s'était mis au monde. Si la mise en scène de Frédéric Dubois n'était visiblement pas conçue au départ pour un lieu aussi vaste que la salle Pierre-Mercure, où le Théâtre Denise-Pelletier accueille son public durant les rénovations de l'immeuble de la rue Sainte-Catherine, il reste que ce doublé Ionesco touche la cible.
Il y a si peu d'intrigue dans La Cantatrice chauve que l'auteur lui-même l'a qualifiée d'«antipièce». Un couple d'Anglais, les Smith (Ansie St-Martin et Sylvio-Manuel Arriola), reçoivent de vagues connaissances, les Martin (Monelle Guertin et Jonathan Gagnon), pour un souper qui finalement n'aura pas lieu. L'impossibilité de communiquer et la vacuité du langage sont magnifiquement rendues par une distribution en grande forme. Christian Michaud, en capitaine des pompiers cherchant à justifier son emploi, et l'hilarante Catherine Larochelle, irrésistible chat du King Lear contre-attaque qui joue ici Mary la bonne, complètent le portrait.
Dubois a réglé avec beaucoup de précision les déplacements et les effets de choeurs, ce qui n'a pour effet que de rendre encore plus absurde ce chaos ainsi organisé. Par ses interventions sonores, l'organiste Pascal Robitaille ponctue l'action et souligne, grâce aux ambiances qu'il tire de son instrument, les angoisses personnelles de chacun. Les personnages évoluent tant bien que mal sur une plateforme légèrement surélevée et entourée de chaises dont on ne se servira pas. Un fossé, creusé à même la scénographie d'Amélie Trépanier, sépare littéralement les protagonistes, empêchant tout rapprochement.
Dans la «comédie tragique» La Leçon, un maître maltraite son élève (joués respectivement par Arriola et St-Martin, tirés au sort parmi les six comédiens juste avant l'entracte) en tentant de lui inculquer les rudiments de l'arithmétique et de la linguistique. Dans cette charge contre l'autoritarisme et la bêtise, le ton se fait plus dur. Ce qui n'empêche pas les nombreux adolescents présents de manifester bruyamment leur enthousiasme à la fin de la représentation. On ne peut que joindre nos applaudissements aux leurs devant ce parfait exemple d'équilibre, inhérent chez Ionesco, entre comédie et tragédie.
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Collaborateur du Devoir
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La Cantatrice chauve et La Leçon
Texte: Eugène Ionesco.
Mise en scène: Frédéric Dubois. Une production du Théâtre des Fonds de Tiroirs présentée à la Salle Pierre-Mercure dans le cadre de la saison itinérante du Théâtre Denise-Pelletier jusqu'au 27 septembre.
Le Théâtre des Fonds de Tiroirs, dynamique troupe de Québec fondée en 1997 et qui avait déjà présenté à Montréal un délicieux Cid maghané de Réjean Ducharme, reprend ici le spectacle par lequel il s'était mis au monde. Si la mise en scène de Frédéric Dubois n'était visiblement pas conçue au départ pour un lieu aussi vaste que la salle Pierre-Mercure, où le Théâtre Denise-Pelletier accueille son public durant les rénovations de l'immeuble de la rue Sainte-Catherine, il reste que ce doublé Ionesco touche la cible.
Il y a si peu d'intrigue dans La Cantatrice chauve que l'auteur lui-même l'a qualifiée d'«antipièce». Un couple d'Anglais, les Smith (Ansie St-Martin et Sylvio-Manuel Arriola), reçoivent de vagues connaissances, les Martin (Monelle Guertin et Jonathan Gagnon), pour un souper qui finalement n'aura pas lieu. L'impossibilité de communiquer et la vacuité du langage sont magnifiquement rendues par une distribution en grande forme. Christian Michaud, en capitaine des pompiers cherchant à justifier son emploi, et l'hilarante Catherine Larochelle, irrésistible chat du King Lear contre-attaque qui joue ici Mary la bonne, complètent le portrait.
Dubois a réglé avec beaucoup de précision les déplacements et les effets de choeurs, ce qui n'a pour effet que de rendre encore plus absurde ce chaos ainsi organisé. Par ses interventions sonores, l'organiste Pascal Robitaille ponctue l'action et souligne, grâce aux ambiances qu'il tire de son instrument, les angoisses personnelles de chacun. Les personnages évoluent tant bien que mal sur une plateforme légèrement surélevée et entourée de chaises dont on ne se servira pas. Un fossé, creusé à même la scénographie d'Amélie Trépanier, sépare littéralement les protagonistes, empêchant tout rapprochement.
Dans la «comédie tragique» La Leçon, un maître maltraite son élève (joués respectivement par Arriola et St-Martin, tirés au sort parmi les six comédiens juste avant l'entracte) en tentant de lui inculquer les rudiments de l'arithmétique et de la linguistique. Dans cette charge contre l'autoritarisme et la bêtise, le ton se fait plus dur. Ce qui n'empêche pas les nombreux adolescents présents de manifester bruyamment leur enthousiasme à la fin de la représentation. On ne peut que joindre nos applaudissements aux leurs devant ce parfait exemple d'équilibre, inhérent chez Ionesco, entre comédie et tragédie.
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Collaborateur du Devoir
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La Cantatrice chauve et La Leçon
Texte: Eugène Ionesco.
Mise en scène: Frédéric Dubois. Une production du Théâtre des Fonds de Tiroirs présentée à la Salle Pierre-Mercure dans le cadre de la saison itinérante du Théâtre Denise-Pelletier jusqu'au 27 septembre.
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