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    Théâtre - Le vrai monde et le plus vrai encore

    Avec Le Vrai Monde ?, René Richard Cyr met déjà en scène son cinquième Tremblay

    27 octobre 2007 | | Théâtre
    marie-hélène tremblay le devoir
«Tremblay, c’est mon classique à moi, et on retrouve dans cette pièce-là (Le Vrai Monde?) un Tremblay qui ne crie pas comme au début, un Tremblay plus mûr mais qui a conservé la fougue de la jeunesse», expliqu
    Photo : Marie-Hélène Tremblay marie-hélène tremblay le devoir «Tremblay, c’est mon classique à moi, et on retrouve dans cette pièce-là (Le Vrai Monde?) un Tremblay qui ne crie pas comme au début, un Tremblay plus mûr mais qui a conservé la fougue de la jeunesse», expliqu
    Hall du TNM, petite table en retrait, fin d'avant-midi pluvieux du début de la semaine... Il y a à peine cinq minutes que René Richard Cyr est là devant moi que j'ai l'impression d'avoir enfin rencontré l'homme élastique (Rubber Man, pour les néophytes)!

    Difficile en effet de ne pas voir que cet homme peut tout faire. Tout être. Ces dernières années, il ne s'est pas contenté des scènes de théâtre, des caméras télé et des plateaux de cinéma, il a aussi plongé dans la comédie musicale, dans la machine du Cirque du Soleil et même dans celle de l'Opéra de Montréal.

    Mais bien sûr, même avec sa dégaine de personnage de bande dessinée, René Richard Cyr est d'abord un metteur en scène, et nous sommes là pour parler de ce Vrai monde? qui prend l'affiche chez Duceppe dès la semaine prochaine...

    Clap! Prise 2.

    Pièce fondatrice

    René Richard Cyr connaît le monde de Michel Tremblay de l'intérieur. Pas seulement parce qu'il vient lui aussi d'un quartier populaire de Montréal, mais parce que, bien avant de le jouer et de le mettre en scène, Tremblay a rapidement été pour lui une sorte de modèle d'affirmation. Nous y reviendrons plus loin. Parce qu'il est déjà à raconter que Le Vrai Monde? est une pièce fondatrice...

    «Même si elle vient tardivement dans l'oeuvre de Tremblay, c'est une pièce fondatrice dont j'ai un souvenir très vif. C'est le show de Tremblay qui m'a le plus fait pleurer, même si j'ai réussi à me retenir jusqu'à la fin de la pièce. Mais quand on se rend compte du vampirisme de Claude par rapport à sa famille et à son milieu, quand j'ai flashé sur le fait que les artistes sont des vampires, j'ai craqué! [...] Tremblay pose là des questions fondamentales sur le vrai et le faux. Qui sommes-nous? C'est qui, "nous"? Où est le vrai monde?»

    Le metteur en scène s'enflamme facilement, on le sait: sans gêne aucune, bien au contraire, il se laisse porter par son enthousiasme. René Richard Cyr peut être d'une lucidité assassine, d'une intelligence stupéfiante qui frappe à la hauteur du détail révélateur. Voilà qu'il aborde maintenant cette sorte de tremblement sournois qui gronde tout au fond du texte de Tremblay...

    Il rappelle que l'action de la pièce se situe dans un passé récent: 1965. «Nous n'en sommes pas si loin.» Les parents de Claude, qui veut devenir auteur de théâtre, ont autour de 45 ans et leur fils, presque 25, ce qui était courant à l'époque mais ne l'est plus du tout de nos jours. La Révolution tranquille est amorcée mais personne ne le sait vraiment. Et la simple redéfinition de la place des hommes et des femmes dans la vie de tous les jours engendre des angoisses effrayantes.

    «Le père de Claude est une sorte de commis-voyageur, un vendeur d'assurances, pas un ouvrier ou un pressier dans une imprimerie. C'est un père social mais, souvent, il n'est pas là. Sa mère, par contre, est une femme esseulée, enfermée, emmurée: elle n'essaie même plus de se faire croire qu'elle a besoin d'une pinte de lait et qu'il faut qu'elle sorte... Mais c'est une femme qui a du maintien, ce n'est pas une inculte... Et le transfert parents-enfants s'effectue à l'inverse: la fille est une presque "gidoune", le gars un presque "fifon". Il y a surtout, et c'est important, que ce sont des personnages intelligents. Et ce sont aussi des personnages qui prennent la parole et qui parlent. [...] Ce que j'aime également, c'est que c'est une pièce qui pourrait se passer partout. Dans toutes les sociétés, dans tous les milieux en transition vers les valeurs du monde moderne, qui commençaient à s'imposer partout à cette époque-là. C'est un univers étouffant pour des gens qui n'avaient pas les moyens que nous avons aujourd'hui. Cela se fera sentir très concrètement dans le plateau qu'a conçu notre scénographe Pierre-Étienne Locas.»

    L'enthousiasme et la peur

    Mais même en tenant compte de tout cela, même en analysant sous toutes les coutures le rapport entre le vrai et le faux, ce n'est pas là selon lui que l'on trouvera le «noeud» de la pièce. «Le petit gars ose amener son milieu sur scène; il n'écrit pas sur Jeanne d'Arc, là! Et dans ce geste-là, son but premier, c'est de déclarer son amour à son père. C'est une déclaration d'amour que fait Claude à son père lorsqu'il lui avoue vouloir écrire pour "parler à son coeur"... »

    René Richard Cyr, le metteur en scène, est «un acteur qui aime travailler avec des acteurs», comme il dit. Il est donc aller chercher des comédiens qui ont 45 ans aujourd'hui (Normand D'Amour, Marie-France Lambert) et des plus jeunes (Benoît McGinniss, Émilie Bibeau), au milieu de la vingtaine. Et il avoue que, même dans sa peau de metteur en scène, il ne peut que continuer à s'identifier à Claude, comme à l'époque, mais qu'il en est arrivé à se reconnaître aussi jusqu'à un certain point dans le père «et dans tous les autres personnages aussi».

    «C'est un gros morceau dans l'oeuvre de Tremblay, Le Vrai Monde?... C'est une pièce fondamentale et je me trouve privilégié de la monter. Je me sens plus prêt qu'il y a quelques années, quand on me l'a proposée pour la première fois. [...] Tremblay, c'est mon classique à moi, et on retrouve dans cette pièce-là un Tremblay qui ne crie pas comme au début, un Tremblay plus mûr mais qui a conservé la fougue de la jeunesse.»

    Là-dessus, il reviendra sur l'impact de Tremblay. Sur le choc, la prise de conscience que fut cette rencontre pour lui — «Imagine un ti-cul d'une quinzaine d'années tomber sur En pièces détachées à la télévision! Un ti-cul qui comprend qu'il a le droit de parler et de dire qui il est!»... Sur le premier Dubé aussi, celui d'Un simple soldat, et sur la filiation profonde «inscrite dans de tout petits détails» qu'il sent entre le monde et les personnages des deux dramaturges. Et surtout, en terminant, sur le fait que cette occasion de monter Le Vrai Monde? chez Duceppe lui permet de retourner aux sources en plongeant dans ce qui fait sa force: l'enthousiasme et la peur...

    «C'est sûr que je suis quelqu'un d'enthousiaste et que c'est à cause de ça que je fais des choses dans tous les sens. Si on est venu me chercher pour monter un opéra, c'est pas parce que je suis un spécialiste de Mozart, tsé! Mais il n'y a pas seulement l'enthousiasme: il y a la peur aussi, la chienne. C'est motivant d'avoir peur. Et là, j'ai peur aussi... »

    C'est bon signe, non?

    ***

    Le Vrai Monde ?

    Texte de Michel Tremblay mis en scène par René Richard Cyr. Une production du Théâtre Jean-Duceppe à l'affiche du 31 octobre au 8 décembre puis en tournée partout à travers le Québec jusqu'en mai 2008. Réservations: 514 842-2112.
     
     
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