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Théâtre - Nulle part ailleurs qu'au théâtre

Patrick Caux   20 septembre 2007  Théâtre
Frank, le garçon boucher reprend les thèmes chers au Théâtre Blanc (enfance meurtrie, violence ordinaire, lente dérive vers la folie, etc.) avec, cette fois-ci, la touche caractéristique de la dramaturgie irlandaise qui peuple nos scènes depuis qu
Frank, le garçon boucher reprend les thèmes chers au Théâtre Blanc (enfance meurtrie, violence ordinaire, lente dérive vers la folie, etc.) avec, cette fois-ci, la touche caractéristique de la dramaturgie irlandaise qui peuple nos scènes depuis qu
Québec — Décidément, le Théâtre Blanc nous gâte. Après la présentation de Festen, un des moments forts de la saison 2005-06, l'équipe du Blanc entame l'automne avec un spectacle finement réglé où perce la lumière malgré la noirceur du propos.

Frank, le garçon boucher reprend les thèmes chers au Théâtre Blanc (enfance meurtrie, violence ordinaire, lente dérive vers la folie, etc.) avec, cette fois-ci, la touche caractéristique de la dramaturgie irlandaise qui peuple nos scènes depuis quelques années. Le récit de Patrick McCabe chevauche deux époques. Au présent, Frank adulte raconte l'histoire de sa jeunesse dans un petit village situé à 150 kilomètres de Dublin. Pendant que ses camarades de classe suivent le chemin tranquille de l'existence, Frank jeune — qu'on appelle P'tit Cochon — dévale sa vie à toute vitesse. Dans son sillage, il sème confusion, chaos et violence à mesure que son esprit ébréché finit par se fendre.

L'écriture de McCabe (habilement traduite par Séverine Magois) est à la fois redoutable d'efficacité et parsemée d'embûches. Le metteur en scène belge Michael Delaunoy et son équipe ont d'ailleurs effectué un travail remarquable pour reconstruire le sens du récit, que l'auteur s'est appliqué à fractionner en une série de courtes scènes.

Pour parvenir à rendre le tout intelligible, Delaunoy a fait un choix judicieux en misant sur l'humour — parfois grinçant mais tout de même présent — et le côté ludique du texte. Ce parti pris lui a permis de développer un univers inspiré de la bande dessinée (tout à fait justifié par l'intérêt que voue P'tit Cochon à ce genre de publications). À cet effet, la scénographie de Jean Hazel, composée de deux monolithes mobiles desquels on a retiré la partie centrale, permet de découper l'espace scénique à la manière de cases.

L'esthétique du spectacle permet également à Delaunoy de guider ses excellents comédiens (notamment Alain Éloy, dont la performance exceptionnelle en P'tit Cochon rappelle parfois la folie lumineuse de Malcolm McDowell dans Orange mécanique) hors des frontières du jeu naturaliste. En les poussant plutôt vers des partitions physiques — dont certains accents ne sont pas sans rappeler l'esprit de Lecoq —, le metteur en scène rend justice au texte tout en nous offrant quelques instants magnifiques qu'on ne peut vivre nulle part ailleurs qu'au théâtre.

***

Frank, le garçon boucher

Auteur: Patrick McCabe.Mise en scène: Michael Delaunoy. Une production du Théâtre Blanc, au Périscope, jusqu'au 6 octobre.

***

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