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Festival TransAmériques - L'événement Lipsynch?

Hervé Guay   4 juin 2007  Théâtre
La deuxième mouture de Lipsynch arrive à Montréal. À cette étape, c’est encore un objet hybride, à la fois inachevé et susceptible de maintenir l’intérêt du public pendant 5 heures et demie.
La deuxième mouture de Lipsynch arrive à Montréal. À cette étape, c’est encore un objet hybride, à la fois inachevé et susceptible de maintenir l’intérêt du public pendant 5 heures et demie.
La vénération du public à l'endroit de Robert Lepage, star internationale du théâtre, attendue par ses fans partout où il fait escale, écarte parfois du revers de la main les questions les plus fondamentales. Parmi elles, dans quel état sa nouvelle création parvient-elle au public? Après un début confidentiel à Newcastle, en Grande-Bretagne, en février 2002, où les journalistes étaient triés sur le volet, la deuxième mouture de Lipsynch arrive à Montréal. À cette étape, c'est encore un objet hybride, à la fois inachevé et susceptible de maintenir l'intérêt du public pendant 5 heures et demie. Lepage a, en effet, développé cette faculté de dérouler ses histoires pendant plusieurs années et à divers endroits, rendant immanquablement le public impatient de connaître la suite. Les dons de magicien que tant de mes collègues prêtent à ce créateur, il les emploie aussi à cette fin.

Plus concrètement, Lepage aborde dans Lipsynch l'univers de la voix, son pouvoir affectif, ses possibilités d'expression et de transformation de même que ses liens avec l'identité et les origines. Les personnages qui donnent leur nom aux divers actes — il y en a sept dans cette version — ont partie liée avec le phénomène. Ada chante l'opéra, Thomas est un neurologue, spécialiste du cerveau, Marie a souffert d'aphasie, Jeremy cherche sa voie comme cinéaste, Sebastiàn travaille en studio comme technicien de son, tandis qu'Elizabeth répond au téléphone. La voix de Lupe, la jeune Nicaraguayenne, retrouvée morte dans un avion, un enfant dans les bras, résonne, quant à elle, dans un enregistrement réalisé par une documentariste canadienne. Cette dernière compte au nombre des multiples personnages secondaires reliés eux aussi à la nébuleuse de la voix et de la parole autour duquel gravite cette production. L'ambition déclarée de Lepage est d'en faire un spectacle fleuve de 9 heures.

Ces personnages qui se croisent d'un bout à l'autre du monde (Londres, Francfort, Montréal, Espagne, dans les avions et dans les trains) évoluent sur un plateau transformé en un gigantesque Meccano. Les changements de décor, même les plus légers, nécessitent au bas mot l'intervention d'une vingtaine de techniciens dont on ne cherche pas à cacher le ballet incessant. C'est du reste un des aspects fascinants du spectacle que de les voir déplacer cette machinerie scénique impressionnante. La chose n'a pas échappé à Lepage qui a encastré la formule dans le deuxième tiers de l'oeuvre, elle-même constituée de scènes de tournage qui se font et se défont, à plusieurs degrés. Un squelette de voiture circule même sur le plateau, notamment dans le dernier tiers de la représentation, qui adopte la forme d'une intrigue policière, marquée, comme le veut le genre, de force déplacements en auto.

Cela tient-il à cette scénographie assez ludique? Toujours est-il que Lipsynch, version FTA, se présente, à mon sens, comme un Lepage passablement léger. Au mélodrame, teinté de résonance sociale, qui commence et termine cette fable font écho des tensions familiales et amoureuses qui n'ont rien de bien exceptionnel. Des réparties spirituelles, ironiques, voire des aphorismes, sauvent cependant la plupart des scènes de la banalité. Les quatre premiers segments atteignent en outre une fluidité cinématographique. En revanche, l'omniprésence de l'humour étouffe quasiment toute gravité chez ces êtres entraînés dans une mécanique (le destin) qui leur échappe. Telle est pour l'instant l'une des pistes de réflexion sur lesquelles nous met ce Theatrum Mundi.

Il reste, on le sent, beaucoup de travail avant que ne soit creusée l'intériorité de certains personnages et que ne soit approfondi le questionnement sur la voix et la parole qui en est encore à ses balbutiements. Les acteurs des premiers segments, particulièrement Rebecca Blakenship et Rick Miller, se meuvent déjà avec facilité dans Lipsynch. Le défi de tous, Lepage y compris, consiste, à l'instar à la leçon de chant dans le train à laquelle nous assistons, de joindre à une facilité dans l'émission de la voix, une force et des réverbérations, encore limitées dans cette version préliminaire.

***

Lipsynch

Mise en scène: Robert Lepage. Texte: Frédéric Bédard, Carlos Belda, Rebecca Blakenship, Lise Castonguay, John Cobb, Nuria Garcia, Marie Gignac. Sarah Kemp, Robert Lepage, Rick Miller et Hans Piesbergen. Une production d'Ex Machina à la salle Pierre Mercure jusqu'au 7 juin.

***

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