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Théâtre - Délire pulsionnel

Marie Labrecque   28 avril 2007  Théâtre
Une scène de la pièce Chasseurs présentée au théâtre Quat’Sous jusqu’au 19 mai.
Une scène de la pièce Chasseurs présentée au théâtre Quat’Sous jusqu’au 19 mai.
On ne peut reprocher à Éric Jean et à Pascal Brullemans de manquer d'audace ou de s'encroûter dans des façons de faire confortables. Au fil des collaborations, le metteur en scène et l'auteur ont développé une méthode de création particulière, accouchant d'oeuvres atmosphériques portées par la logique du rêve. Spectacle chant du cygne du mythique Quat'Sous, qui sera reconstruit l'an prochain, Chasseurs est ainsi issu d'improvisations dirigées tenues dans divers lieux «réels».

***
Chasseurs
Texte: Pascal Brullemans. Mise en scène: Éric Jean. Au théâtre de Quat'Sous jusqu'au 19 mai.
***

Au fil d'un récit très fragmentaire, on distingue une prémisse: les retrouvailles difficiles entre un jeune homme (Benoît McGinnis) et sa mère (Dominique Quesnel), emprisonnée pendant des années. Son passé remonte à la surface, nous plongeant dans un inquiétant cabaret sis au coeur d'une sombre forêt, lieu de tous les abandons aux sens. Est-ce un rêve, est-ce réel? Les repères sont brouillés dans Chasseurs, pièce installée dans la scénographie protéiforme de Magalie Amyot, très ancrée dans la terre. En cours de route, la pièce devient surtout l'occasion d'un délire pulsionnel dans un climat qui se veut hallucinogène, un jeu dangereux entre proies et chasseurs, sur le mode «l'homme est un loup pour l'homme».

Le pouvoir de séduction qu'exerce ce genre de spectacle impressionniste est fragile, tenant finalement à peu de chose, une clé intangible. Royaume des sens plutôt que du sens, la pièce y est portée par une atmosphère bien avant que d'être soutenue par un récit ou des thèmes. Pour ma part, j'ai été incapable cette fois-ci de pénétrer dans cette oeuvre chargée, aux éléments parfois mélodramatiques. Faut-il blâmer une faune à la limite du cliché des milieux glauques, avec ses drogués, ses escortes et un travesti échappé de la pièce précédente du tandem — Corps étrangers —, des personnages pourtant joués avec une grande sincérité? Ou plutôt accuser une trame narrative qui semble vouloir s'imposer au début mais qui nous laisse totalement en rade, en proie à la confusion?

Le spectacle bénéficie pourtant d'une excellente trame musicale. Et, comme toujours, il n'est pas exempt de visions fortes, tels ces corps qui roulent dans la fosse sous l'effet de la drogue. Mais il manque à l'ensemble cette cohésion, cet univers fort qui, par exemple, faisait tout l'envoûtement d'Hippocampe.

Collaboratrice du Devoir






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