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Théâtre - Jeune homme en colère

Marie Labrecque   16 septembre 2006  Théâtre
Au pays de Guy Laliberté, le cirque est devenu synonyme de réussite spectaculaire. Rien ne pourrait être plus éloigné de l'univers étriqué et minable de Circus Minimus. Ô combien ironique de voir le talentueux Dominic Champagne, créateur du très médiatisé Love, mettre en scène ce monde circassien en décrépitude...

Deux ans après sa création, bien accueillie, cette première pièce du comédien Christian Bégin revient faire un bref tour de piste au Théâtre d'Aujourd'hui, avant d'entreprendre une tournée à travers la province. Avec le recul, l'auteur — qui avait signé précédemment deux spectacles solos, I've Got a Crush on You ou J'ai une orangeade sur toi et Que reste-t-il de mes amours?... — est fier de son baptême dramaturgique.

«J'aime vraiment beaucoup ce show-là, avoue Christian Bégin en riant. J'aime ce que Dominic en a fait, et le propos de Circus Minimus reste pour moi tout à fait d'actualité. C'est un show sur la nécessité de bouger, de faire des choses plutôt que de se complaire dans le confort de notre discours et de chialer tout le temps que le monde ne tourne pas comme on voudrait... J'ai l'impression qu'il faut mettre un terme à cette indignation de salon et se mettre en mouvement. Passer du cynisme à la colère et de la colère à l'action. On se dirige vers un cul-de-sac si on ne bouge pas.»

Mais le comédien estime que le théâtre devrait «dire les choses sans les dire». Il a trouvé dans l'univers du cirque traditionnel, qui «n'existe pratiquement plus», le bon véhicule pour parler «de la fin d'un monde et de la nécessité de passer à un nouveau». Dans une atmosphère surréaliste habilement évoquée, ce drame à l'humour grinçant raconte le chant du cygne de deux saltimbanques. Avant d'offrir son ultime numéro, ce drôle de couple se chicane dans l'exiguë roulotte qu'il partage depuis 13 ans.

À l'opposé de l'homme-canon laconique (sobre Martin Drainville, au jeu très physique) qui prépare silencieusement une action d'éclat, le clown s'enferme dans une longue logorrhée amère.

Christian Bégin trouve «un bel exutoire» dans l'incarnation de ce personnage cynique et odieux. «Dans la vie, je veux trop être un bon gars, parfois, dit-il en rigolant. Dans ce métier, on cherche souvent une approbation, on voudrait être aimé de tout le monde. Il m'arrive de trouver ça lourd à porter. De jouer des rôles antipathiques me permet de toucher des zones où je n'ose pas trop aller dans la vie. Et j'ose espérer qu'on comprend que le clown est avant tout un être souffrant, mais mal outillé pour exprimer ce qu'il voudrait dire. Certains spectateurs ont été totalement rébarbatifs à la langue, à cause du nombre incommensurable de sacres. Mais c'est un choix. C'est une langue inventée et une façon de manifester son incapacité à nommer la colère, la douleur qui grondent en lui.»

La révolte de Bégin, elle, est toujours vivante, mais elle se canalise différemment. «C'est un texte très colérique, et je me rends compte que je ne suis plus au même endroit dans ma colère. Peut-être que je l'exprime avec moins de véhémence. Circus, ç'a été l'explosion, la première mise en forme de cette colère. J'écris actuellement le prochain show des Éternels Pigistes et j'explore un tout autre univers. Mais mon indignation reste la même. Il y a tant de sujets d'indignation, tant d'endroits où se mobiliser.»

Pièce engagée, Circus Minimus? En un sens. «Je crois à la nécessité de l'art comme instrument de changement, même à son utilité dans la prise de conscience. Mais il faut que ce soit accompagné d'actions concrètes qui s'inscrivent dans le quotidien, la communauté.»

Circus Minimus. Texte de Christian Bégin. Mise en scène de Dominic Champagne. Une production du Théâtre Il va sans dire. Au Théâtre d'Aujourd'hui, du 19 au 23 septembre.
 
 
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