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Festival - L'alchimie du conte

Frédérique Doyon   1 avril 2006  Théâtre
«Engagez-vous!», qu'ils disaient à l'époque de la conscription. Aujourd'hui, le combat s'est déplacé sur un autre terrain, celui de l'environnement. Mais en lançant l'appel à ses conteurs, le directeur du festival De bouche à oreille, André Lemelin, part surtout en croisade contre la facilité, dominante dans l'univers de l'humour.

«On regarde avec peine la dérive de l'humour vers la facilité, souligne-t-il. Les conteurs ne sont pas à l'abri, alors soyons vigilants.» D'où l'idée de la série «Les Quatre Éléments», l'un des faits saillants de la 4e édition du festival, qui se déroule du 4 au 9 avril. Les quatre soirées conjugueront la parole et la vision du monde des conteurs autour des thèmes du feu, de la terre, de l'air et de l'eau, pour une alchimie contemporaine du conte.

De l'éloge de la terre et de l'air qu'on respire à l'esprit du conte, il n'y a qu'un pas, presque naturel à faire. Après tout, les acteurs de la chasse-galerie bûchent le bois et canotent en l'air jusqu'au village voisin pour fêter le Nouvel An. «Tous nos contes viennent de la campagne, des rangs, de la culture populaire», rappelle le directeur-conteur. Mais à ce penchant naturel, s'ajoute la dimension de transmission d'un savoir-faire dont le conte se fait généralement porteur, mais qui est plutôt évacuée du conte québécois

Dans notre tradition, le «conteux» canadien-français était là pour divertir, réjouir, amuser, ce qui n'était pas le cas dans certaines cultures, notamment amérindiennes, où le conte était porteur d'une sagesse, d'un savoir-faire, d'une manière d'être avec la nature. Le conteur canadien-français n'avait pas cette charge supplémentaire parce que l'élite, qui savait écrire, l'assumait déjà, le conte en était donc libéré. Le danger, pour le conte, serait d'être cantonner exclusivement au pur divertissement.

Après une édition où se bousculaient les têtes d'affiches l'an dernier, André Lemelin mise cette année sur la rencontre de conteurs moins connus. Exit le one man show des piliers du conte québécois, place aux collectifs de conteurs qui, plutôt que de se relayer sur scène aux demi-heures, feront dialoguer leurs histoires, avec entre autres Sur le bord du poêle à bois, soirées de contes intimes chez André Lemelin lui-même, dans le grenier de l'ancestrale Maison du Pressoir, dans le parc de l'île de la Visitation, ou lors de la Veillée chez les géants, qui célébrera les grands exploits.

Tout de même, il y aura Jocelyn Bérubé autour du poêle chez André Lemelin, et Joujou Turenne participera à Paroles de nuit le vendredi, soirée consacrée à des conteurs d'origine antillaise ou africaine. «C'est une parole qui ne se dit pas le jour. Il pourrait même être dangereux de le faire. On pourrait subir un mauvais sort ou une transformation physique. Il y a des pays où on est carrément transformé en carafe.»

Le concours de la meilleure menterie revient, fort du succès récolté l'an dernier. Les concurrents rivaliseront de ruse en racontant une histoire exagérée de la manière la plus vraisemblable possible, sans verser trop facilement dans l'humour de bas étage... Le trophée Capitaine Bonhomme du meilleur menteur est en jeu.

Mais le rendez-vous surprise de cette édition est sans aucun doute la Grande Soirée infernale au Kola Note, jumelant six conteurs à six vidéastes qui écrivent et réalisent à partir du canevas de six des contes canadiens-français les plus connus (La Chasse-Galerie, Rose Latulippe, Le Cheval noir, La Sainte-Catherine, La Corriveau et Le Pont du diable). Ils ont travaillé chacun de leur côté mais, une heure avant la soirée, on permettra aux conteurs de voir le film pour faire quelques ajustements.

«La seule consigne qu'on a donnée, c'est que le vidéaste devait être plutôt urbain et le conteur, traditionnel. Le film est muet et le conteur raconte l'histoire pendant qu'elle se déroule. Ce sera deux histoires en parallèle qui racontent la même chose, mais avec deux sensibilités, deux langages. On ne sait pas ce que ça va donner. Ce sera une surprise pour tout le monde.»

Le festival de conte De bouche à oreille du 4 au 9 avril, www.festivaldeconte.com
 
 
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