Théâtre - Wajdi Mouawad crée Forêts en France
21 mars 2006
Théâtre
Paris — Avec Forêts, sa nouvelle pièce de théâtre, l'auteur et metteur en scène Wajdi Mouawad signe un de ses spectacles les plus ambitieux et les plus maîtrisés.
Créée à Chambéry, en Savoie, il y a deux semaines, Forêts vient d'entreprendre une tournée en France. Vingt et un théâtres (dont 18 français) se sont associés à cette coproduction franco-québécoise, qui prendra l'affiche à Montréal en février 2007.
Fruit d'un travail intense (plusieurs années de gestation, des mois d'écriture entrecoupés de périodes de répétition), Forêts se présente comme le troisième volet d'un cycle qui en comptera finalement quatre et dans lequel Mouawad creuse, de manière de plus en plus complexe, les notions de filiation et d'héritage.
«Mais là, explique-t-il, il ne s'agit pas d'un héritage conscient. Il s'agit de tout ce qu'on se transmet de génération en génération, comme une malédiction, dans le silence et l'ignorance, et qui pourtant déchire notre existence et broie notre destin.»
Dans Littoral, la pièce qui l'a révélé en France, le Montréalais d'origine libanaise évoquait la figure du père disparu, dans Incendies celle de la mère: les denses forêts qu'il explore aujourd'hui, dans un style parvenu à maturité, sont celles de la mémoire individuelle, dont les racines sont inextricablement liées à la grande histoire.
Dans ce spectacle de près de quatre heures, l'auteur raconte le destin tourmenté de six femmes, modelé, entre la guerre de 14-18, la chute du Mur ou le massacre de l'École polytechnique, par des décennies de catastrophes, de tueries et de douleurs.
Mouawad cherche ainsi à montrer que «l'individu n'échappe pas au collectif», malgré ce que croient certains de ses personnages, à commencer par Lou (Marie-Ève Perron), adolescente révoltée, entraînée dans une enquête scientifico-policière sur les origines de sa mère. Celle-ci (Linda Laplante) a été tuée par une tumeur étrange: dans son cerveau, on a découvert une sorte d'embryon, un os appartenant à une autre femme morte dans les camps de concentration.
Sur scène, onze comédiens remarquables (sept Québécois, trois Français, un Belge) interprètent cette fresque bouleversante et souvent très drôle. La flèche du temps file, les époques se télescopent, les naissances et les morts se superposent, une bonne quarantaine de personnages se croisent, sans qu'on perde le fil des récits qui s'entremêlent, ponctués de désertions et d'abandons.
«C'est une pièce sur les promesses, souligne Wajdi Mouawad. Sur ce qui fait qu'on ne tient pas nos promesses. Sur ce qui fait qu'on ne se remet pas des promesses qu'on nous a faites.»
Les femmes sont au coeur de ce drame: l'une d'elles (Véronique Côté) se sacrifie pour qu'une autre vive. On s'attendait à un spectacle sur la filiation, on en découvre un sur l'amitié: «C'est l'amitié, dit Mouawad, qui nous sauve des liens du sang.»
Créée à Chambéry, en Savoie, il y a deux semaines, Forêts vient d'entreprendre une tournée en France. Vingt et un théâtres (dont 18 français) se sont associés à cette coproduction franco-québécoise, qui prendra l'affiche à Montréal en février 2007.
Fruit d'un travail intense (plusieurs années de gestation, des mois d'écriture entrecoupés de périodes de répétition), Forêts se présente comme le troisième volet d'un cycle qui en comptera finalement quatre et dans lequel Mouawad creuse, de manière de plus en plus complexe, les notions de filiation et d'héritage.
«Mais là, explique-t-il, il ne s'agit pas d'un héritage conscient. Il s'agit de tout ce qu'on se transmet de génération en génération, comme une malédiction, dans le silence et l'ignorance, et qui pourtant déchire notre existence et broie notre destin.»
Dans Littoral, la pièce qui l'a révélé en France, le Montréalais d'origine libanaise évoquait la figure du père disparu, dans Incendies celle de la mère: les denses forêts qu'il explore aujourd'hui, dans un style parvenu à maturité, sont celles de la mémoire individuelle, dont les racines sont inextricablement liées à la grande histoire.
Dans ce spectacle de près de quatre heures, l'auteur raconte le destin tourmenté de six femmes, modelé, entre la guerre de 14-18, la chute du Mur ou le massacre de l'École polytechnique, par des décennies de catastrophes, de tueries et de douleurs.
Mouawad cherche ainsi à montrer que «l'individu n'échappe pas au collectif», malgré ce que croient certains de ses personnages, à commencer par Lou (Marie-Ève Perron), adolescente révoltée, entraînée dans une enquête scientifico-policière sur les origines de sa mère. Celle-ci (Linda Laplante) a été tuée par une tumeur étrange: dans son cerveau, on a découvert une sorte d'embryon, un os appartenant à une autre femme morte dans les camps de concentration.
Sur scène, onze comédiens remarquables (sept Québécois, trois Français, un Belge) interprètent cette fresque bouleversante et souvent très drôle. La flèche du temps file, les époques se télescopent, les naissances et les morts se superposent, une bonne quarantaine de personnages se croisent, sans qu'on perde le fil des récits qui s'entremêlent, ponctués de désertions et d'abandons.
«C'est une pièce sur les promesses, souligne Wajdi Mouawad. Sur ce qui fait qu'on ne tient pas nos promesses. Sur ce qui fait qu'on ne se remet pas des promesses qu'on nous a faites.»
Les femmes sont au coeur de ce drame: l'une d'elles (Véronique Côté) se sacrifie pour qu'une autre vive. On s'attendait à un spectacle sur la filiation, on en découvre un sur l'amitié: «C'est l'amitié, dit Mouawad, qui nous sauve des liens du sang.»
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