Théâtre - Traversée des apparences
Il y a 15 ans, la metteure en scène Lorraine Pintal avait dépouillé Hosanna de ses artifices, prouvant avec éclat la dimension universelle du texte de Michel Tremblay. Aujourd'hui, la pièce créée en 1973 est devenue un «classique» qui a les honneurs de notre théâtre de répertoire. Beau destin pour un petit travesti cheap de la Main...
Après l'épure du spectacle de 1991, cette production signée Serge Denoncourt replace la pièce dans les années 70, mais avec une distance. Les personnages sont comprimés dans un cadre, la reconstitution hyperréaliste d'un appartement chargé et de mauvais goût. Le décor de Guillaume Lord rétrécit intelligemment la scène du TNM, si bien que le spectateur a un peu l'impression de regarder un film en version panoramique.
Une illustration du fantasme cinématographique d'Hosanna, un coiffeur qui se rêve en Elizabeth Taylor jouant Cléopâtre. Sans éclairer la pièce sous un nouveau jour, le spectacle met en lumière la brillante métaphore du mal identitaire qu'a écrite Tremblay: en voulant ressembler à quelqu'un d'autre, on perd son unicité, sa singularité. La pauvre Hosanna l'apprendra à ses dépens, réduite à n'être, lors de cette humiliante soirée, que la version la plus pauvre d'une parade de fausses reines d'Égypte (à cet égard, la robe dessinée par François Barbeau semble un peu trop belle, pas assez quétaine... ).
Et à l'heure où l'homosexualité progresse vers une certaine «normalisation» — entre le mariage au Canada et les cow-boys à Hollywood —, la pièce apparaît d'abord comme la mise à nu de deux êtres qui s'aiment mais se font mal. Un couple fané, miné par l'usure, l'installation de la routine, le vieillissement, les trahisons, les déceptions de la vie. Et menacé surtout par la façade qu'ils tentent vainement d'entretenir et qui craque de toute part. Les amoureux n'ont de cesse de déboulonner les illusions et les mensonges de l'autre à coups de réparties cinglantes dignes du meilleur Tremblay. Une partie de ping-pong, entre cruauté et tendresse, bien enlevée par les deux interprètes.
Offrant une prestation honnête, Normand D'Amour affiche la vulnérabilité rentrée et l'immaturité de Cuirette, un faux macho qui se prend pour un rocker. Contrairement à son personnage, Benoît Brière réussit sa métamorphose. On oublie généralement le comédien hypermédiatisé derrière cette Hosanna grimée, cette reine des bitchs qui a le punch d'une vedette de burlesque mais la fragilité d'une jeune fille. Même si quelques longueurs (un manque de rythme?) handicapent son long monologue.
Brière a fait un impressionnant travail de composition. On le voit jusque dans la nudité du personnage alors qu'Hosanna se dépouille de toute parure pour proclamer sa masculinité et qu'on voit son corps conserver une certaine féminité dans la posture. Un émouvant aveu de vulnérabilité.
C'est d'abord ça, Hosanna: la magnifique traversée d'un personnage qui trouve enfin le courage de se montrer tel qu'il est.
Collaboratrice du Devoir
Après l'épure du spectacle de 1991, cette production signée Serge Denoncourt replace la pièce dans les années 70, mais avec une distance. Les personnages sont comprimés dans un cadre, la reconstitution hyperréaliste d'un appartement chargé et de mauvais goût. Le décor de Guillaume Lord rétrécit intelligemment la scène du TNM, si bien que le spectateur a un peu l'impression de regarder un film en version panoramique.
Une illustration du fantasme cinématographique d'Hosanna, un coiffeur qui se rêve en Elizabeth Taylor jouant Cléopâtre. Sans éclairer la pièce sous un nouveau jour, le spectacle met en lumière la brillante métaphore du mal identitaire qu'a écrite Tremblay: en voulant ressembler à quelqu'un d'autre, on perd son unicité, sa singularité. La pauvre Hosanna l'apprendra à ses dépens, réduite à n'être, lors de cette humiliante soirée, que la version la plus pauvre d'une parade de fausses reines d'Égypte (à cet égard, la robe dessinée par François Barbeau semble un peu trop belle, pas assez quétaine... ).
Et à l'heure où l'homosexualité progresse vers une certaine «normalisation» — entre le mariage au Canada et les cow-boys à Hollywood —, la pièce apparaît d'abord comme la mise à nu de deux êtres qui s'aiment mais se font mal. Un couple fané, miné par l'usure, l'installation de la routine, le vieillissement, les trahisons, les déceptions de la vie. Et menacé surtout par la façade qu'ils tentent vainement d'entretenir et qui craque de toute part. Les amoureux n'ont de cesse de déboulonner les illusions et les mensonges de l'autre à coups de réparties cinglantes dignes du meilleur Tremblay. Une partie de ping-pong, entre cruauté et tendresse, bien enlevée par les deux interprètes.
Offrant une prestation honnête, Normand D'Amour affiche la vulnérabilité rentrée et l'immaturité de Cuirette, un faux macho qui se prend pour un rocker. Contrairement à son personnage, Benoît Brière réussit sa métamorphose. On oublie généralement le comédien hypermédiatisé derrière cette Hosanna grimée, cette reine des bitchs qui a le punch d'une vedette de burlesque mais la fragilité d'une jeune fille. Même si quelques longueurs (un manque de rythme?) handicapent son long monologue.
Brière a fait un impressionnant travail de composition. On le voit jusque dans la nudité du personnage alors qu'Hosanna se dépouille de toute parure pour proclamer sa masculinité et qu'on voit son corps conserver une certaine féminité dans la posture. Un émouvant aveu de vulnérabilité.
C'est d'abord ça, Hosanna: la magnifique traversée d'un personnage qui trouve enfin le courage de se montrer tel qu'il est.
Collaboratrice du Devoir
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

