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    MC Gilles, brasseur des fondations du «star-système»

    23 décembre 2017 |Philippe Papineau | Télévision
    Celui qui enseigne à l’École de l’humour est bien conscient que plus les choses vont bien pour lui, plus il fait partie de l’écosystème des vedettes d’ici.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Celui qui enseigne à l’École de l’humour est bien conscient que plus les choses vont bien pour lui, plus il fait partie de l’écosystème des vedettes d’ici.

    Avec son personnage décalé qui est tout sauf branché et à la page, avec ses habits country et son ton nasillard, Dave-Éric Ouellet cultive depuis des années, avec son alter ego MC Gilles, une liberté de parole et un esprit critique qui lui permettent de se plonger lui-même dans le star-système québécois pour en ébranler les fondations et en critiquer « avec la clé de l’humour » la culture du paraître.

     

    Le chroniqueur et animateur a beau se décrire comme un clown, l’horaire de l’homme de 44 ans ne peut plus en prendre. À la radio, on peut l’entendre à l’émission de Paul Arcand au 98,5 FM à Montréal et il continue d’animer Va chercher le fusil, son émission fondatrice à CISM, la radio de l’Université de Montréal — qu’il a lui-même déjà dirigée pendant cinq ans. Au petit écran, il est un des piliers d’Infoman, un des chroniqueurs de C’est juste de la TV et l’animateur de Paparagilles.

     

    « Contrairement à ce que je pensais, en étant un peu à côté de la plaque, en disant des choses qui ne plaisent pas, en étant moi, bien le téléphone sonne, confie MC Gilles au bout du fil, quelque part sur la route en direction de son domicile de Sainte-Anne-de-la-Pérade. J’ai des offres partout. Encore tantôt, une radio de Québec voulait que je sois chroniqueur, mais j’ai pas le temps ! C’est curieux parce que, stratégiquement, quelqu’un aurait pu me dire : “Tu vas te planter, tu n’es pas l’ami du milieu.” »

    Je suis dans le système. Après, il faut le faire d’une certaine façon. Moi, ma vie privée, tu n’en sais rien. J’ai un personnage, alors ça m’aide beaucoup. Les gens connaissent MC Gilles et pas la personne en arrière.
    Dave-Éric Ouellet

    Et on comprendrait qu’en étant grinçant, qu’en braquant un miroir révélateur sur les vedettes en jouant le fou du roi, MC Gilles aurait pu se faire des ennemis. En fait, il s’est fait des ennemis, mais il n’en a que faire. Sa liberté, il la chérit, la cultive, et s’en sert pour éclairer ce qui compte pour lui : le contenu.

     

    « Quand je revois les Paparagilles, le message est assez clair. Dans la vie, tu as le futile et l’important, et l’important c’est plus la création et l’art que le star-système, que l’image, les tapis rouges et les vedettes. Qui elles aussi sont souvent prises dans ce système-là. »

     

    Les façades, ils les retrouvent aussi avec Infoman, davantage dans les sphères politiques. Et MC Gilles assure qu’il ne faut pas nécessairement faire beaucoup de « sparages » pour montrer que « le paraître est éphémère, temporaire, inutile ». « Je pense que la vraie vie nous le démontre tous les jours. Les gens nous disent que l’émission d’Infoman de fin d’année, c’est plus drôle que le Bye Bye. C’est triste que la réalité soit plus drôle que la fiction. »

     

    Une vedette avec les vedettes

     

    Celui qui enseigne à l’École de l’humour est bien conscient que plus les choses vont bien pour lui, plus il fait partie de l’écosystème des vedettes d’ici. On lui demande d’être dans le 7 jours et dans l’Écho Vedettes, et il ne serait pas farfelu qu’une émission de Canal Vie lui propose de rénover sa cuisine.

     

    « Je suis dans le système, dit-il. Après, il faut le faire d’une certaine façon. Moi, ma vie privée, tu n’en sais rien. J’ai un personnage, alors ça m’aide beaucoup. Les gens connaissent MC Gilles et pas la personne en arrière. » Cela dit, il croit fermement que « la meilleure façon de dénoncer et de changer le système, c’est d’être dedans ».

     

    Voilà une approche que Dave-Éric Ouellet, un ancien étudiant en sciences politiques spécialisé dans la gestion des licences du CRTC, maintient depuis longtemps, d’abord à CHYZ, la radio de l’Université Laval, puis à CISM. « Dans le milieu étudiant, il y a deux factions, celle qui manifeste et celle qui rentre dans le système et qui change les choses. J’étais plus de la deuxième faction ! Et une radio étudiante, c’est une place où tu brasses des idées, où tu remets en question l’autorité, le pouvoir. »

     

    Prôner par l’exemple

     

    MC Gilles ne fera donc pas rénover sa cuisine gratuitement, pas plus, précise-t-il, qu’il ne fera de publicités. Pourtant, les offres sont là, confie-t-il, et elles sont souvent substantielles. Récemment, une multinationale lui a fait une offre « pas loin des six chiffres ». L’heure qui a précédé son courriel de refus a quand même été remplie de doutes, d’hésitations. « C’est ma toiture de chalet au complet, cette histoire-là, lance MC Gilles en rigolant. Il y a eu un moment où je me suis dit : “T’es un peu épais, t’es un clown, tu te donnes beaucoup de pression.” »

     

    Mais sa liberté de pouvoir se moquer de tout, de parler de tout, n’a pas de prix, explique-t-il. Et il craint l’autocensure, qui frappe durement dans le milieu de la télévision. Il mentionne par exemple qu’il est très difficile de trouver des collaborateurs qui veulent être du quatuor régulier de C’est juste de la TV.

     

    « Il faut quelqu’un qui fait de la télévision pour comprendre c’est quoi, mais qui est assez libre pour critiquer les choses de son propre milieu. Et personne ne veut faire ce show-là, de peur de se barrer des portes, de fâcher du monde […] Mais qu’est-ce que tu veux faire dans la vie, tu veux licher des culs ou tu veux que les gens entendent ce que tu penses vraiment ? »

     

    MC Gilles, lui, a choisi son camp.


    Plus de diversité Le culte de la vedette, la valorisation des gens connus, MC Gilles les déplore aussi à la radio, média qu’il connaît fort bien. Au-delà des quotas francophones et anglophones, l’animateur aimerait que l’on parle aussi des quotas de diversité. « Le problème en radio commerciale, c’est aussi le fait que Céline joue 10 fois par jour, que Ti Cuir [Éric Lapointe] joue 20 fois par jour. C’est ça, le problème, c’est pour ça qu’on ne voit pas apparaître de nouveaux talents, c’est pour ça qu’on a du mal à faire un top 100 des nouvelles chansons parce qu’il n’y en a pas 100 qui jouent ! »












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