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    «The Crown 2» — Guerre froide à la cour britannique

    Le torchon brûle entre Elizabeth et Philip à l’heure de la décolonisation

    2 décembre 2017 |Manon Dumais | Télévision
    Le regard que portent sur la reine Jackie (Jodi Balfour) et John F. Kennedy (Michael C. Hall, à gauche), aussi dépeints sans pitié dans «The Crown 2», se révèle plus moqueur que respectueux.
    Photo: Netflix Le regard que portent sur la reine Jackie (Jodi Balfour) et John F. Kennedy (Michael C. Hall, à gauche), aussi dépeints sans pitié dans «The Crown 2», se révèle plus moqueur que respectueux.

    Bien avant que prolifèrent les magazines people, la vie des têtes couronnées a fasciné le bon peuple. Ces derniers jours, les réseaux sociaux se sont enflammés à propos du mariage au printemps du prince Harry, turbulent cadet du futur roi d’Angleterre, avec l’actrice américaine Meghan Markle (roturière, divorcée et métisse !). Et n’allez pas croire que tous ceux qui suivront avec intérêt les préparatifs des noces royales sont monarchistes.

     

    Du tombeur Henry VIII à la prude Victoria, en passant par la toute-puissante Elizabeth 1re, les souverains britanniques ont connu plus d’une incarnation selon l’imagination des artistes. Dix ans après avoir fait l’objet du puissant Sa Majesté la reine (2006), où Stephen Frears traitait de la crise provoquée par la mort de la princesse Diana, tragique princesse des coeurs traquée par les paparazzis, celle qui détient le record du plus long règne sur le trône d’Angleterre est devenue, sous les traits de l’éclatante Claire Foy, la figure complexe d’une somptueuse — et jusqu’à ce jour la plus coûteuse — série sur Netflix.

    Regarder The Crown 2 ou pas? La réponse de Manon Dumais.

     

     

     

     

    Approuvé par la reine

    Photo: Netflix Moins présente que dans la première saison, l’impétueuse cadette d’Elizabeth prendra pour époux le photographe Antony Armstrong-Jones.

    Si The Crown n’a pas suscité autant de passion que Stranger Things lors de sa mise en ligne l’hiver dernier, cette série britannique, évaluée à 100 millions de livres (soit environ 173 millions $CAN), a remporté des honneurs dignes de mention. Produite par le cinéaste Stephen Daldry (Billy Elliott, Les heures, Le liseur) et créée par le scénariste Peter Morgan (Sa Majesté la reine, Deux soeurs pour un roi, Frost/Nixon, l’heure de vérité), The Crown a récolté deux Golden Globes (meilleure série dramatique et meilleure actrice), de même que trois prix Emmy (meilleur acteur de soutien pour John Lithgow, brillant dans le rôle de Winston Churchill, meilleure direction artistique et meilleurs costumes).

     

    Bien que les éléments historiques y soient romancés, évacués et simplifiés, Elizabeth II serait quand même devenue fan de la série, qu’elle a découverte grâce à son plus jeune fils et à sa femme, Edward et Sophie, comte et comtesse de Wessex. Aimera-t-elle autant la deuxième saison ? Ça, ce n’est pas aussi sûr… Et pas seulement parce que Claire Foy, toujours éblouissante, y projette une image plus glaciale, plus rigide et plus guindée du personnage.

     

    De fait, à l’instar de bien des spectateurs, Elizabeth II devait se régaler de chaque rencontre entre la jeune reine et le vieux lion Churchill. Hélas ! Les successeurs du flamboyant premier ministre mis en scène dans la deuxième saison, campée de 1956 à 1964, Anthony Eden (Jeremy Northam) et Harold Macmillan (Anton Lesser), demeurent bien ternes malgré les grands bouleversements politiques qu’ils affrontent. Vivement l’entrée en scène de la Dame de fer dans les prochaines saisons !

     

    Parfum de scandales

     

    Aussi, il serait étonnant que la souveraine apprécie le portrait que l’on fait de son époux, Philip (Matt Smith), duc d’Édimbourg. Plus douchebag que prince charmant, ce dernier est un impénitent coureur de jupons qui suscite peu d’empathie. Par le biais de ce personnage, de même que par celui d’Edward VIII (Alex Jennings, qui incarnait le prince Charles dans Sa Majesté la reine), celui qui abdiqua pour les beaux yeux de Wallis Simpson (Lia Williams), les créateurs de la série exposent sans fard les allégeances nazies des Mountbatten-Windsor.

     

    Bien avant que Diana Spencer et Kate Middleton deviennent d’incontournables bêtes médiatiques, la princesse Margaret (Vanessa Kirby) faisait plus souvent qu’à son tour les manchettes. Moins présente que dans la première saison, l’impétueuse cadette d’Elizabeth prendra pour époux le sulfureux photographe Antony Armstrong-Jones (Matthew Goode).

     

    C’est toutefois par le secrétaire d’État à la Guerre, John Profumo, que le plus grand scandale éclate. Relatée dans Scandal (1989), de Michael Caton-Jones, cette histoire sur fond d’adultère et d’espionnage prend ici une tournure inattendue, laquelle risque de faire avaler de travers son thé à la reine…

     

    Plus politique que domestique

     

    Évitant de se transformer en un élégant soap à la Donwton Abbey, la deuxième saison explore davantage la grande Histoire que les petites histoires de cour. Alors que se poursuit la guerre froide entre les États-Unis et l’URSS, The Crown 2 offre une captivante, quoique sommaire, illustration de l’Empire britannique au moment où celui-ci déclineau profit de la décolonisation.

     

    Ne prenant pas de gants blancs, Peter Morgan et son bataillon de scénaristes offrent l’image d’une monarque médiocre doublée d’une provinciale engoncée dans ses vieux principes. Le regard que portent sur elle Jackie (Jodi Balfour) et John F. Kennedy (Michael C. Hall), aussi dépeints sans pitié, se révèle d’ailleurs plus moqueur que respectueux. C’est sans doute cette approche résolument critique qui rend la série si fascinante et la reine si humaine.

     

    Malgré son caractère plus politique, The Crown 2 ne néglige pas les problèmes matrimoniaux et les envies de maternité d’Elizabeth, qui donnera naissance à Andrew et à Edward. On y découvre aussi la dure éducation qu’a endurée le pauvre Charles. Et Anne dans tout ça ? Peut-être connaîtra-t-on mieux l’unique fille de la reine dans la troisième saison, où Olivia Colman (Broadchurch, Le directeur de nuit) prendra la relève de Claire Foy.

    The Crown 2
    Sur Netflix dès vendredi












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