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    Netflix, entre menace et stimulant pour la télé québécoise

    23 février 2017 |Philippe Papineau | Télévision
    Netflix «est une menace» pour les plateformes locales, car le portefeuille des téléspectateurs n’est pas un puits sans fond.
    Photo: Elise Amendola La Presse canadienne Netflix «est une menace» pour les plateformes locales, car le portefeuille des téléspectateurs n’est pas un puits sans fond.

    Devant la montée en force de la télévision sur demande et de son plus grand joueur, Netflix, les diffuseurs québécois vivent en ce moment une double émotion, jonglant entre l’inquiétude et la stimulation, selon les discussions qui ont eu lieu mercredi pendant la conférence « Télévision et multiécran », organisée par Infopresse.

     

    Chose certaine, le populaire service américain « n’est pas à prendre à la légère », selon Christiane Asselin, première directrice, contenu et programmation multiécran, webtélé et Tou.tv à Radio-Canada. Elle était entourée de Jacques Mathieu, directeur général contenu et développement chez V Média, et de France Lauzière, vice-présidente au Groupe TVA.

     

    Selon Mme Lauzière, Netflix « est une menace » pour les plateformes locales, car le portefeuille des téléspectateurs n’est pas un puits sans fonds. « On avait la barrière de la langue [pour nous aider], mais ce n’est plus le cas, les jeunes parlent plusieurs langues. Il y a un risque que les consommateurs délaissent nos contenus pour des contenus étrangers. Il faut se battre, il faut avoir une proposition distincte. »

     

    Chez V Média, qui a développé son site Noovo.ca dans les derniers mois, on jongle avec ce que doit devenir la télévision sur plusieurs plateformes. « Il faut rester aux aguets de tout ce qui se passe et s’en inspirer, explique Jacques Mathieu. Mais avant de prendre de grandes décisions, n’oublions pas que les choses passent par vague, pensons au 3D. Et on fait un grand cas de Netflix, c’est une formidable pizzeria, mais quand on veut un tartare, il n’y en a pas. Il y a plein de créneaux qu’on peut mettre de l’avant », comme les jeux, le sport, les téléréalités.

     

    Vers un « Québecflix » ?

     

    Selon Christiane Asselin, de Radio-Canada, suivre Netflix représente une lourde tâche, autant en ce qui a trait à la technologie qu’à la création. « Mais on réussit à tirer notre épingle du jeu, on offre un contenu différent. Ça nous force à nous dépasser, à être meilleurs. L’important c’est d’essayer, d’être dans la parade. »

     

    La production de contenu francophone semble être une des voies choisies par les trois diffuseurs. « Selon les chiffres du CEFRIO, il y a encore près de la moitié des Québécois qui n’écoutent jamais la télé en anglais, il ne faut pas perdre ça de vue », explique M. Mathieu. Il estime aussi que plus les Netflix de ce monde créent de contenu, plus il y a d’émissions à acquérir et à adapter pour le marché québécois.

     

    Quant à l’hypothèse d’un « Québecflix » — un site unique qui rassemblerait Tou.tv, le club illico, Noovo.ca et d’autres plateformes locales —, elle n’a pas été rejetée d’emblée par les trois diffuseurs, mercredi. « Avoir une plateforme pour battre Netflix, ça serait intéressant, mais on est des entreprises différentes, gérées différemment », affirme Mme Asselin. « Nos marchés sont tellement distincts », confirme M. Mathieu.

     

    Quelques chiffres

     

    En début de journée mercredi, Jon Giegengack, président et fondateur de la firme de Boston Hub Entertainement Research, a livré une série de statistiques sur les consommateurs américains. Voici quelques informations éclairantes.

     

    En 2016, 86 % des Américains étaient abonnés à un service de télévision traditionnel. Ce chiffre était de 91 % en 2013.

     

    L’année dernière, 66 % de la population était abonnée à un service de télévision sur demande. Aussi, de plus en plus de gens sont désormais membres de plusieurs plateformes. C’est le cas de 37 % des Américains, une hausse par rapport à 2013 (19 %).

     

    Selon l’étude de Hub Entertainment Research, les consommateurs vont préférer une plateforme de diffusion qui a un vaste catalogue. « Les gens ne se soucient pas trop qu’il y ait de vieux contenus. Pensons à Friends ou Seinfeld, desquels on peut retrouver plusieurs saisons en ligne. C’est un attrait fort pour quelqu’un qui se sent débordé par l’offre. C’est rassurant. »

     

    Devant l’abondance de l’offre, justement, un phénomène de « paralysie décisionnelle » a été observé chez les spectateurs. « C’est dur de choisir quoi écouter en premier, ça créé un genre d’anxiété, note M. Giegengack. Si j’écoute ceci, qu’est-ce que je vais manquer ? C’est un truc réel. Chez les gros joueurs, les outils de recommandations tentent d’éliminer ça. Les algorithmes vont réduire le champ de découverte, mais baisser l’angoisse. À l’inverse, si on les enlève, on a plus de choix, mais il est plus difficile de choisir. »













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