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    Cardinal S1 E4

    Le «Nordic Gris» à la canadienne

    Les fils narratifs commencent à se recouper pour former une trame claire

    16 février 2017 |Stéphane Baillargeon | Télévision
    Les fils narratifs commencent à s’entortiller dans le quatrième épisode de «Cardinal» pour fournir une trame de plus en plus intelligible.
    Photo: Super Écran Les fils narratifs commencent à s’entortiller dans le quatrième épisode de «Cardinal» pour fournir une trame de plus en plus intelligible.

    Le récapitulatif de la minisérie policière Cardinal (CTV et Super Écran) se poursuit, un épisode à la fois.


    Appelons ça un signe de consécration, une sorte d’adoubement par l’instance supérieure : la série Cardinal, en cours de diffusion ici, vient d’être vendue à la BBC Four. Il s’agit d’une première acquisition canadienne pour la chaîne britannique spécialisée.

     

    « Campée dans la beauté sombre du paysage enneigé de l’Ontario nordique, Cardinal est un très fin et nuancé thriller atmosphérique, totalement captivant du début à la fin », a expliqué Sue Deek, chef des acquisitions de la quatrième chaîne publique britannique pour justifier son achat. Mme Deek a négocié les droits de diffusion pour le Royaume-Uni avec le producteur torontois eOne.

     

    Le commentaire, parfaitement justifié, vient d’un des centres névralgiques de création de séries policières. Les Britanniques ont pratiquement inventé et ennobli le crime novel. Leurs séries télé dans le genre sont connues et reconnues partout dans le monde tout comme celles dites du Nordic Noir en expansion.

     

    Ce dérivé scandinave utilise le crime comme révélateur social. Dans cette variante, l’enquête se déroule en même temps que le portrait des meurtriers, des victimes, des enquêteurs eux-mêmes et finalement de toute la société. La fabuleuse série de Maj Sjöwall et Per Walhöö autour de l’inspecteur Martin Beck a donné ce ton sociocritique dans les années 1970. Le célébrissime Wallander d’Henning Mankell et un tas de productions scandinaves (dont The Killing, adaptée de la production danoise Forbrydelsen) descendent de là.

     

    Meurtres et mélancolie

     

    Cardinal semble se rattacher à cette école littéraire et télévisuelle. On y retrouve aussi une tragédie meurtrière, des personnages dessinés par leurs défauts et leurs ambivalences, une atmosphère lourde et mélancolique. La violence gratuite et insupportable que la série expose donne finalement à repenser notre propre monde nordique, presque aussi idéalisé partout dans le monde que les pays scandinaves.

     

    Le Canada de cette production a tout ce qu’il faut pour répondre aux attentes des connaisseurs et adeptes du modèle suédois ou islandais, avec des paysages glacés à revendre et des villes paumées peuplées de naïfs et d’atrabilaires. Les lieux familiers et d’une attristante banalité pour nous (Sudbury sert de décor à l’Algonquin Bay de Cardinal) n’en deviennent certainement que plus exotiques aux yeux des étrangers plus ou moins proches.

     

    En même temps, la série canadienne développe ses propres codes pour finalement composer une sorte d’hybride — à l’image de la société canadienne, quoi —, à cheval entre l’Europe et les États-Unis, le socialisme du Nord et l’individualisme yankee. Il n’y a, par exemple, pratiquement aucune volonté sociocritique dans cette histoire télévisée.

     

    La possibilité semblait pourtant offerte à travers un portrait possible des honteuses et persistantes injustices faites aux Premières Nations. Après tout, la première victime de 13 ans est d’une nation amérindienne et le roman de référence pointait quelques indices dans cette direction sociocritique.

     

    De la grisaille

     

    Mais bon, il y a ce qu’il y a, bourré de qualités. Appelons ça du « Nordic Gris » et poursuivons.

     

    Les fils narratifs commencent à s’entortiller dans le quatrième épisode pour fournir une trame de plus en plus intelligible. La découverte du corps de la jeune Katie Pine remonte à sept jours maintenant ; celle du jeune Todd Curry, à cinq. La police soupçonne qu’une troisième personne, Keith Russel London, a été enlevée deux jours auparavant.

     

    Le couple d’assassins se révèle de plus en plus infernal. Il force le jeune London, déjà amputé d’un doigt par sa tortionnaire, à regarder les vidéos des meurtres précédents. Les marques d’un blépharostat trouvées sur les cadavres s’expliquent.

     

    Une scène permet d’ouvrir un tout petit peu sur les liens tordus liant cette paire. Eric raconte à sa victime un détail sur la mère d’Edie. Pendant une promenade dans les bois, elle lui demande d’arrêter de parler de sa mère. Il réplique en lui disant qu’elle doit plutôt penser à la manière d’achever leur nouvelle proie : « Ce soir, tu dis adieu à la petite fille sur qui sa mère crachait et tu dis bonjour à la femme que tu veux être. »

     

    Et c’est tout. Et c’est dommage. Le roman de Gil Blunt qui fournit l’histoire adaptée brode beaucoup plus autour de cette très inquiétante relation. On y comprend qu’Edie, défigurée et esseulée par son eczéma, est tombée amoureuse d’un maniaque sadique de son âge qui a su comment l’entraîner dans ses actes cruels. Le roman policier fournit même des extraits du journal intime de la jeune femme.

     

    Les enquêteurs Cardinal et Delorme progressent vers le jeune London encore en vie. Ils font la tournée des bars de jeunes et tombent sur un serveur qui se souvient de ce « jeune à la guitare » qui a vomi « après deux bières ». L’indice mène les policiers vers les pharmacies ou les cliniques vétérinaires qui auraient pu fournir malgré elles un cocktail de médicaments.

     

    On comprend finalement pourquoi l’enquête mineure sur les vols à domicile avait de l’importance dans le portrait général. Cette trame, anecdotique au départ, vient croiser la principale quand le voleur Woody s’introduit chez le couple infernal. Edie le surprend alors qu’il tente de délivrer son souffre-douleur. Éric abat Woody au couteau.

     

    On saura au cinquième et avant-dernier épisode de cette série du « Nordic Gris » s’il subira l’effroyable sort décrit dans le roman noir…













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