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    Femmes, femmes: mode d’emploi

    La cinéaste Chloé Robichaud explore l’univers lesbien dans une websérie ludique et dénuée de clichés

    15 janvier 2014 |François Lévesque | Télévision
    La réalisatrice Chloé Robichaud entourée d’actrices de la série : Eve Duranceau, Carla Turcotte, Noémie Yelle et Kimberly Laferrière.
    Photo: Michaël Monnier - Le Devoir La réalisatrice Chloé Robichaud entourée d’actrices de la série : Eve Duranceau, Carla Turcotte, Noémie Yelle et Kimberly Laferrière.

    Lancée mardi soir, la websérie Féminin/féminin est née de deux désirs conjugués : celui de créer une plateforme virtuelle destinée à la communauté lesbienne québécoise, et celui d’offrir une image à la fois réaliste et diversifiée de ladite communauté. Écrit et réalisé par la cinéaste Chloé Robichaud (Sarah préfère la course) à l’initiative de Florence Gagnon, fondatrice du site LSTW (lezspreadtheword.com), Féminin/féminin s’intéresse ainsi aux destins croisés d’un groupe de jeunes femmes, amies dont les péripéties sentimentales et questionnements existentiels se trouvent au centre d’une proposition légère, mais pensante.

     

    « On voit peu l’univers des lesbiennes à la télé et au cinéma, toutes proportions gardées,rappelle Chloé Robichaud avec qui on s’est entretenu au bar Appartement 200, boulevard Saint-Laurent, à l’issue de la présentation du premier webépisode. Évidemment cette année, il y a eu La vie d’Adèle, qui est formidable, mais souvent, il faut se rabattre sur des productions marginales […] Une série comme The L Word, ça demeure très américain, avec des femmes riches et belles. Mon idée était de montrer un côté quotidien, ordinaire dans le bon sens, et avec humour. »

     

    Ce dernier point s’avère important puisqu’il participe d’un souci de s’éloigner des stéréotypes habituels. Tels que ? « Il y a cette idée reçue voulant que les lesbiennes soient forcément masculines, par exemple. Il y en a, mais la communauté n’est pas monolithique. »

     

    La très soutenable légèreté de l’être

     

    Un autre cliché que Chloé Robichaud a voulu éviter est cette image de la lesbienne dépressive et/ou suicidaire, comme si l’homosexualité au féminin impliquait nécessairement un risque d’aliénation, voire une pulsion de mort. Cela a beau être prenant dans des oeuvres telles Les blessures assassines, Butterfly Kiss, Créatures célestes, La tourneuse de pages, Les larmes amèresde Petra Von Kant, Mon été d’amour, Notes sur un scandale, ou encore Sister, my Sister… À force, cela n’en devient pas moins redondant, en plus de cristalliser une perception involontairement négative. Même dans le paroxystique La vie d’Adèle, il n’est pas « facile » d’être lesbienne, comme le note Chloé Robichaud.

     

    « Dès le début, je savais que je voulais casser cette impression-là, confie-t-elle. Je voulais faire en sorte qu’une jeune fille qui voit la websérie puisse se dire que non seulement ce n’est pas la fin du monde d’être lesbienne, mais que ça peut même être facile. Agréable. Et banal. »

     

    D’où le ton amusé et déluré, donc. Et d’où ces segments en mode (faux) documentaire qui ajoutent un surcroît de réalisme, et de ludisme, à l’affaire. À cet égard, la facture éclatée, volontiers godardienne (voir le titre), multiplie les insertions amusantes venant illustrer en un flash tantôt une parole, tantôt un état d’esprit, avec ici une vidéo d’archives montrant l’explosion d’un météore, là avec un extrait sulfureux de la série Dre Grey, leçons d’anatomie.

     

    Féminin/féminin met en vedette Eve Duranceau, Noémie Yelle, Eliane Gagnon, Carla Turcotte et Kimberly Laferrière. Chloé Robichaud a scénarisé huit webépisodes au total. Autofinancé et tourné avec trois fois rien, le premier affiche une facture professionnelle. « J’ai l’habitude ; j’ai toujours travaillé comme ça en court-métrage », rigole-t-elle. La production, qui espère élargir son financement grâce à cet aperçu, fort concluant on le précise, se poursuivra en février, avec une diffusion de la websérie complète prévue en juin.













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