À voir le vendredi 3 mai - Témoigner de l’horreur
Zone doc
Le dernier des fantassins
Radio-Canada, 21h
C’est le militaire canadien le plus décoré, un exemple de bravoure qui a survécu au pire bain de sang du XXe siècle, et qui a même choisi de remettre ça quelques années plus tard en allant se battre en Corée. Mais Jean-Charles Bertrand Forbes, décédé en 2010, était surtout un formidable conteur qui se souvenait des horreurs de la guerre avec une humanité des plus émouvantes.
Alain Stanké a réalisé plus d’une trentaine d’heures d’entrevue avec lui. Le condensé des propos recueillis quelques mois avant son décès est présenté ce soir à Zone doc.
Le jeune Jean-Charles Bertrand Forbes, Gaspésien d’origine, s’engage dans l’armée canadienne en 1940, après la défaite éclair de la France face à une armée allemande de loin supérieure. Il faut dire qu’à ce moment, une bonne partie de l’Europe est en voie de se retrouver aux mains des nazis. Même l’Angleterre risque d’être vaincue par la Wehrmacht.
Le lieutenant canadien-français mettra finalement le pied en France un mois après le débarquement de juin 1944. Rapidement, il prend la mesure de la boucherie en cours et, à son plus grand étonnement, se tire très bien d’affaire dans cet univers où la mort peut frapper à tout instant. Il se distingue d’ailleurs à de nombreuses occasions, récoltant même les honneurs aux Pays-Bas en raison de sa bravoure lors de l’opération ratée des Alliés, Market Garden. Il est même porté disparu pendant quelques jours et l’armée expédie un télégramme à sa mère pour lui signifier sa disparition.
Survivant de certaines des phases les plus rudes de cette dernière année de la Seconde Guerre mondiale, il raconte, sous le coup de l’émotion, la difficulté de tuer l’ennemi. «On ne tue pas parce qu’on aime ça. On reste des humains.»
Même plus de 60 ans plus tard, Jean-Charles Bertrand Forbes reconnaît que les souvenirs de la guerre sont toujours aussi vifs. «Tu tournes la page, mais en vieillissant, la page revient», raconte-t-il à la caméra. «Parfois, la nuit, je me réveille en plein combat. J’ai été traumatisé par la guerre.»








