À voir le mercredi 1er mai - Fans pour la vie
Je suis fan
Artv, 22h30
Elles commencent par se nommer. Prénoms seulement: Danielle, Cindy, etc. Puis avouent, comme on dirait «Je suis alcoolique...» dans les meetings des AA: «Je suis fan.» C’est aussi le titre du documentaire de Yanie Dupont-Hébert, l’ex-globe-trotter de MusiquePlus.
Être fan, c’est formidable, nous dit en substance Yanie Dupont-Hébert, par la voix de très jeunes femmes (fans de Simple Plan), de moins jeunes femmes (une Française fan de Roch Voisine) et de femmes qui étaient jeunes au temps où elles sont devenues fans de Paul Anka. Être fan aide à vivre son adolescence, peut susciter des vocations, ça vous accompagne dans les bons et moins bons moments de la vie, souvent toute la vie. Que du bon.
Ces femmes, que la documentariste suit des plaines d’Abraham à New York et de Las Vegas à Tokyo, sont heureuses et contentes d’être heureuses: leurs idoles, il faut le dire, sont gentilles avec elles, affables et attentives, prennent volontiers la pose, les reconnaissent. En entrevue, l’un des gars de Simple Plan (ne me demandez pas lequel) les loue à coups de compliments et se les approprie même un peu: «C’est vraiment eux, avec Twitter et Facebook, qui sont devenus tes milliers de petits P.R. [relationnistes] dans le monde.»
Le portrait est affectueux, et voulu comme tel. On n’est pas dans le film Parlez-nous d’amour de Jean-Claude Lord, pas question ici de montrer le dessous des cartes, encore moins les dessous des jupes: l’aparté consacré aux groupies, assorti d’une entrevue avec la fameuse Pamela DesBarres, qui connut bibliquement les Stones, les Mothers de Zappa, les Who, Led Zep et tutti quanti, est traité sous l’angle du souvenir attendri. Il s’agit bien de montrer que, de génération en génération, c’est pareil: les jeunes filles s’entichent d’un beau chanteur, et le beau chanteur le leur rend bien, et tout ça est très sain, voyez cette mère et sa fille ravies de leur «bonding» dans l’adoration de Simple Plan.
Par ce bout de la lorgnette teintée rose, c’est très réussi: on s’attache à ces fans, leur dévotion émeut, le caractère indéfectible de leur passion rassure. On applaudit presque quand la jeune femme qui a vu Simple Plan tant de fois est appelée sur scène pour aller chercher une guitare basse des mains du bassiste, cadeau des cadeaux. Il manque ce qu’il y avait dans Lonely Boy, le documentaire de l’ONF qui suivait déjà en 1962 les fans de Paul Anka, à peine échantillonné ici: un certain ras-le-bol de la vedette, lasse d’être assaillie tout le temps...








